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Ousmane Diagana: «L'Afrique de l'Ouest et du Centre va entrer en récession à cause du Covid-19»

Audio 05:04
Le Mauritanien Ousmane Diagana, vice-président de la Banque Mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, depuis juillet 2020.
Le Mauritanien Ousmane Diagana, vice-président de la Banque Mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, depuis juillet 2020. © Banque Mondiale

Le Mauritanien Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, annonce qu'il mobilise 50 milliards de dollars pour l'emploi et 12 milliards pour le vaccin anti-Covid-19. En ligne de Washington, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Est-ce qu’on risque la décroissance cette année à cause du Covid-19 en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale ?

Ousmane Diagana : Oui, depuis 25 ans, la croissance économique a été au rendez-vous en Afrique. Malheureusement cette année, la Covid par son ampleur va entraîner une contraction globale au niveau de l’économie, et cela se traduira aussi par une récession. Les pays producteurs de pétrole sont touchés, les pays qui vivent des transferts des populations émigrées et du tourisme sont affectés. Avant cette crise, et surtout sur les 20 dernières années, le niveau de pauvreté en Afrique a baissé significativement, passant d’à peu près 60% en 2000 à 35% en 2018, mais pour la première fois justement à cause de cette crise, nous allons observer une augmentation de la pauvreté pratiquement dans chacun des pays africains. 

Un exemple, le Nigeria, le géant de l’Afrique de l’Ouest ?

Nous sommes toujours dans les calculs, mais je pense qu’il y aura une contraction d’à peu près 3% de la richesse nationale au Nigeria.

Et pour la Côte d’Ivoire ? 

La Côte d’Ivoire, c’est l’un des pays où la croissance économique a été très forte, très soutenue sur les 10 dernières années, enregistrant en moyenne 8% de croissance. Je pense que l’impact de la Covid, évidemment, n’épargnera pas la Côte d’Ivoire également, mais on observera une croissance tout de même positive entre 1,5 et 2% cette année, ce qui n’est pas mal.

Et le Cameroun ? 

Nous sommes dans les estimations, je préfère vous donner un chiffre plus précis dans les jours à venir, pour ce qui concerne le Cameroun. Mais je pense que ça va être autour de 1%.

1% de croissance, ça sera quand même positif...

Voilà.

Alors pour faire face à cette terrible crise sanitaire et économique, la Banque mondiale va déployer jusqu’à 160 milliards de dollars dans l’année qui vient pour aider plus de 100 pays. Quelle part de cette somme va être consacrée à votre zone Afrique de l’Ouest et Afrique centrale, et avec quelles priorités ?

Sur 160 milliards, 50 milliards seront en faveur des pays à revenu faible et donc la plupart de ces pays se trouvent en Afrique subsaharienne. Je dois dire qu’en plus de ces 160 milliards, nous sommes en train aussi de mobiliser 12 milliards de dollars pour aider les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire pour l’acquisition et la distribution des vaccins. 

Alors justement, vous parlez vaccin. Dans ces 50 milliards de dollars essentiellement consacrés à l’Afrique subsaharienne, quelle est la priorité ? Est-ce qu’elle est sanitaire ? Est-ce qu’elle est économique ? 

Les deux. Notre priorité a été de donner des réponses rapides pour le renforcement des systèmes sanitaires, la protection des moyens de subsistance des populations, mais également la création des conditions pour une reprise forte, rapide et résiliente.

 Oui je vois que la Banque mondiale veut soutenir les PME et le secteur informel et que vous avez des initiatives très concrètes, notamment en RCA, au Sénégal et au Ghana...

 Et je dirais partout. Dans chacun des pays depuis la crise, nous avons financé de manière très rapide des opérations dans les secteurs de la santé, l’agriculture, les infrastructures, l’éducation. Et nous avons aussi apporté des financements pour aider les petites et moyennes entreprises à résister. 

 Et je vois qu’en République Centrafricaine, vous financez un programme argent contre travail qui permet déjà de produire plus de deux millions de masques c’est ça ?

 Oui, on a mobilisé 10 millions de dollars, l’essentiel de ces activités a été réalisé par les petites entreprises en Centrafrique, et du coup ça leur a permis de protéger les emplois. 

 Et je vois qu’au Sénégal, au Kenya, au Ghana, vous financez des projets de rénovation de bidonvilles qui crées beaucoup d’emplois ?

 Absolument, je pense que l’essentiel de notre stratégie est véritablement de faire en sorte que ce que nous faisons contribue à créer des emplois.

 Alors 50 milliards de dollars, c’est bien, mais est-ce que ce n’est pas une goutte d'eau comparée au 3 000 milliards de dollars que demande le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour les pays pauvres 

 Vous savez, ces 50 milliards, c’est sur une période bien précise. Nous avons des portefeuilles qui existaient avant la Covid et qui sont des portefeuilles très riches en termes de contenu. Dans chacun des pays, je pense en moyenne en Afrique de l’Ouest avant la crise, alors que je regarde mon portefeuille avant la crise, j’ai eu un portefeuille au moins de deux milliards de dollars par pays, un portefeuille qui existe et qui reste, et ce que nous avons aussi convenu avec la plupart des pays, c’est de regarder ce portefeuille, de le réorienter, le rééquilibrer, pour que les ressources qui existaient puissent être réorientées, vers des besoins prioritaires, selon le résultat de la crise Covid-19 dans chaque pays. Nous étions là bien avant la crise, nous avons intensifié nos interventions pendant la crise et nous avons un tas de partenariats qui nous permettent actuellement déjà de poser les jalons pour un partenariat encore beaucoup plus fort, plus solide afin de soutenir la reprise économique. 

Il y a neuf mois, pour les pays pauvres, un moratoire sur la dette, c’est-à-dire une suspension du paiement des intérêts de la dette, a été décidé par le G20, par les 20 pays les plus riches, mais ce moratoire il va bientôt s’arrêter, alors qu’est-ce qu’on fait l’année prochaine 

Les discussions qui ont été tenues avec le G20, je crois que déjà il faut saluer l’initiative et l’esprit qui ont été portés d’abord par la Banque mondiale et le Fonds monétaire, et qui ont été soutenus par l’ensemble des pays du G20, et qui demandent aussi la participation des créanciers commerciaux pour que son impact soit plus fort.

Les pays endettés demandent le renouvellement de ce moratoire pour toute une année supplémentaire, qu’est-ce que vous en pensez 

Ce sont justement ces échanges-là qui sont en cours, ça a fait l’objet de discussions pendant les dernières assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds, le G20 est en train de se pencher là-dessus.

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