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Invité Afrique

Coronavirus en Afrique: «La catastrophe ne s'est pas produite»

Audio 04:14
Des voyageurs attendent le résultat de leur test de Covid-19 au contrôle frontalier sud-africain à Beitbridge, le 8 janvier 2021.
Des voyageurs attendent le résultat de leur test de Covid-19 au contrôle frontalier sud-africain à Beitbridge, le 8 janvier 2021. © AFP/Guillem Sartorio

Toute cette journée du 11 janvier, RFI marque le premier anniversaire de la pandémie de Covid. Quel bilan tirer de cette année, de la façon dont le virus a été géré sur le continent africain ? Pour en parler Fred Eboko, directeur de recherche à l'IRD, politiste et sociologue, répond aux questions de Laurent Correau.

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RFI : Quel bilan faites-vous de l’épidémie du Covid en Afrique ? Un an plus tard, la catastrophe que certains craignaient ne s’est pas produite ?

Fred Eboko : La catastrophe que certains craignaient ne s’est pas produite. Effectivement, on constate que la pandémie à coronavirus a été plus lente et d’une amplitude plus faible sur le continent africain. Il y a plusieurs facteurs qui ont joué, plusieurs hypothèses aussi qui sont en cours. Le premier facteur interne de décès est lié à la pyramide des âges au niveau du continent africain où les populations sont plus jeunes qu’ailleurs. Donc, les décès ont été moins nombreux. Si on compare à l’Europe, aux États-Unis et à l’Amérique latine où ce sont surtout les populations âgées qui ont été frappées en termes de décès. En termes de nombre de cas de manière générale, l’hypothèse qui est la plus plausible, c’est la mobilité des populations européenne, asiatique et américaine en général qui est extrêmement forte. Il faut penser aux métros, aux trains, aux autobus, etc., qui concentrent un nombre très élevé de personnes dans ces régions du monde.

Qui sont des facteurs de propagation de l’épidémie…

Qui ont été, en tout cas pour la première vague en Asie, en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine, les principaux facteurs de propagation, cela est évident. La faiblesse des structures du même type sur le continent africain a entraîné aussi une espèce de cantonnement de la pandémie sur le continent africain.

On parle beaucoup de l’ampleur de l’épidémie au Maghreb et en Afrique australe. Est-ce qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre, tous les pays ont globalement été touchés de la même manière ou est-ce que certains pays ont été plus touchés que d’autres ?

Si vous prenez le cas de la Côte d’Ivoire où je suis en ce moment, en termes de cas cumulés au 6 janvier 2021, on a un peu plus de 23 000 cas et on a 138 décès. Quand vous prenez le Sénégal qui a un nombre de cas qui n’est pas très éloigné, qui est d’un peu plus de 20 000, on a beaucoup plus de décès soit 438. Un dernier exemple, le Cameroun : on a plus de 26 000 cas pour 448 décès. Donc, on a une population où en nombre de cas cumulés, on peut avoir des chiffres en proportion des populations qui sont relativement proches. Et on va avoir un différentiel qui est plus accusé en termes de nombre de décès.

Qu’est-ce que vous retenez de la façon dont les États africains ont réagi au cours de l’année passée au Covid ?

L’anticipation. La majorité des États africains ont pris des mesures avant d’avoir un seul cas de décès et parfois même, avant d’avoir un seul cas de Covid sur leur territoire. Les autorités africaines ont tout fait pour anticiper et prendre des mesures avec les moyens que chaque État avait.

Il y a eu immédiatement une prise de conscience de la gravité potentielle de cette épidémie ?

Il y a eu une prise de conscience de la gravité potentielle, même avant que la pandémie ne soit diagnostiquée et répertoriée sur les différents territoires. Et cela est lié au discours ambiants au niveau international sur la catastrophe annoncée sur le continent africain d’une part, et d’autre part, sur la manière avec laquelle ces États ont géré les pandémies et les épidémies précédentes, notamment Ebola, et j’insiste y compris pour des pays qui n’avaient pas été touchés par un seul cas d’Ebola.

Comment est-ce que cette réponse a évolué au cours de l’année qui s’est écoulée ?

Les premières mesures ont été assez strictes en termes de couvre-feu dans certains pays avec l’état d’urgence, etc. et après, la pression économique et sociale a entraîné une espèce d’assouplissement des mesures qui a entraîné ce à quoi on assiste aujourd’hui dans certains pays, pas dans tous, une espèce d’arrivée d’une deuxième vague. Donc, il y a eu une évolution, il faut s’attendre à ce que de nouvelles mesures soient prises pour endiguer cette deuxième vague de l’épidémie. Donc, on rentre dans certains pays dans une deuxième phase de la réponse des sociétés et des États africains.

Est-ce que vous diriez que, un an après le début de l’épidémie, les systèmes de santé africains se sont préparés à une éventuelle accélération de la circulation du virus ?

Il y a une adaptation des systèmes de santé africains avec la participation des partenaires internationaux. Il y a des efforts considérables qui ont été faits en termes de tests, en termes de sites et de prise en charge. Mais il n’empêche qu’il faut quand même remarquer que les systèmes de santé africains restent dans une fragilité catastrophique. Pour vous donner juste une indication -que la pandémie du Covid-19 n’a pas changé-, c’est qu’on a quand même plusieurs pays où l’on compte à peine un médecin pour 1 000 habitants. C’est une situation qui est vraiment catastrophique et qu’on connaît très bien, dont on parle depuis des années et à laquelle il faudrait penser à remédier par des investissements massifs.

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