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Invité Afrique

Marie-Christine Saragosse, PDG de FMM: «La famille RFI s’agrandit en Afrique»

Audio 04:57
Marie-Christine Saragosse, PDG de FMM
Marie-Christine Saragosse, PDG de FMM © RFI

Avec le lancement officiel ce jeudi 14 janvier d’un nouveau programme en fulfulde, quatrième langue du continent africain sur RFI, et d’un temps d’antenne multiplié par deux en mandenkan, la radio du monde développe son offre éditoriale en Afrique. Pour Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France Médias Monde, il s’agit de renforcer l’accès à une information fiable et indépendante en Afrique de l’Ouest et Centrale avec une rédaction d’une trentaine de journalistes basée à Dakar, respectant la parité femme homme, pour deux heures d’antenne quotidiennes dans chaque langue et une radio de proximité.

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RFI : Pour les auditeurs, que représente cette nouvelle offre éditoriale ?

Marie-Christine Saragosse : Pour les 80 millions de locuteurs, au total, de mandenkan ou de fulfulde, cela représente l’opportunité d’avoir un condensé de RFI dans sa langue maternelle. Et donc c’est aussi un signe de reconnaissance. Nous, qui travaillons en permanence avec l’Afrique, comment peut-on appréhender le continent sans parler les langues qui structurent ce continent et les cultures de ce continent ? Je pense que cela leur permettra d’avoir accès à une information équilibrée, qui est à la fois de proximité, mais aussi ouverte sur le monde. Cela va ouvrir vraiment des horizons nouveaux. D’ailleurs, ce dont on se rend compte, c’est que, même des gens qui sont très imparfaitement francophones, quand ils ont écouté, par exemple, un journal dans leur langue maternelle, ils ont plutôt envie de le suivre aussi en français. Cela crée des liens entre les langues, plutôt que des effets d’éviction, d’ailleurs. Et c’est pour cela qu’on met à chaque fois à disposition d’une langue africaine qu’on met en onde, une méthode d’apprentissage, aussi, du français, parce que c’est une façon d’apprivoiser aussi le français à partir de sa langue maternelle.

C’est, développer un accès à l’information, aussi, dans ces pays, en plus de celui en français ?

Bien sûr. Une information qui pourrait aller chercher la proximité et qui sera dans des règles de déontologie qui seront celles de la maison. C’est-à-dire, une information vérifiée, équilibrée, honnête, indépendante… Et donc une information qui n’est pas partisane et qui permet, au contraire, plutôt de dialoguer, même de ne pas être d’accord, parce qu’il y a de l’info, mais il y a des débats aussi. Finalement, on se rend compte que c’est un pilier démocratique, que de canaliser le débat, y compris quand on n’est pas d’accord. Mais préférer le débat au combat, cela me semble aussi un axe important de ce projet.

Et sur quels territoires seront diffusés ces programmes ? Vous parlez de 80 millions d’auditeurs. Qu’est-ce que cela représentera pour RFI ?

C’est la grande région sahélienne. C’est un peu plus d’une dizaine de pays qui vont être couverts avec des émetteurs FM -28 émetteurs FM- des décrochages… Au sein des programmes de RFI en français, on va décrocher par demi-heures, tantôt en mandenkan, tantôt en fulfulde, selon les zones. Il y a 125 radios partenaires. Des radios communautaires, des radios de toute la zone, des radios rurales, sont partenaires et vont pouvoir reprendre ces productions. Et puis bien sûr, il y a le numérique, parce qu’on vise les jeunes et d’ailleurs ils sont très présents. Donc tout sera dans l’univers numérique. Du coup, ce sera accessible à la diaspora aussi. Et ce qui était très drôle, c’est que, je pense que sur le premier Appels sur l’actualité en fulfulde, il y a eu un appel en fulfulde pour participer à Appels sur l’actualité. Et là, c’était un grand moment de bonheur.

C’est une manière pour RFI d’augmenter son audience ou cela va, au contraire peut-être, concurrencer les éditions en français ?

Non, vraiment, je suis une militante du plurilinguisme et du frottement des langues les unes avec les autres, des passerelles… Je trouve que, quand on est dans une démarche mono linguiste, on a souvent un risque de « penser en rond » et que les autres et les autres langues nous apportent un petit décentrement de soi qui permet de réfléchir un peu plus large. Je ne pense pas que les langues se concurrencent, je pense qu’elles s’enrichissent, et qu’au contraire, les gens qui vont écouter en fulfulde ou en mandenkan vont mieux comprendre le français. Ils vont avoir envie d’aller plus loin en français. Inversement pour les journalistes francophones. Par exemple, ici dans la rédaction Afrique, ils vont avoir des interlocuteurs qui seront porteurs d’autres trajectoires que la leur. C’est ce débat fructueux, fécond, qui me semble être au cœur du projet de RFI, dans son ensemble.

Au-delà de l’information dans les journaux, il y a aussi des chroniques, des magazines… On retrouve tout cela sur Internet. C’est donc une offre complète ?

Oui, il y a aussi des émissions spécifiques. Sur le chemin de l’école, par exemple, puis Échos de campagne, où on va aller chercher nos radios partenaires pour qu’elles puissent s’exprimer, ce sont des spécificités. Et bien sûr, on va retrouver Priorité santé, Appel sur l’actualité, 7 milliards de voisins… C’est-à-dire, toutes des émissions très interactives, pour que les citoyens de ces zones qui parlent ces langues, participent à l’élaboration de nos contenus.

Dans l’avenir, y aura-t-il un nouveau renforcement de l’offre éditoriale en Afrique ? Peut-être même le lancement d’une rédaction dans une cinquième langue africaine pour la radio ?

Si on a le droit de rêver, puisque c’est le début de l’année et de faire des vœux… Là, je pense que pour moi ce serait vraiment mon rêve. Vraiment, j’adorerais pouvoir démultiplier encore cela, parce que je pense vraiment que c’est très, très important. À la fois moralement, humainement et sur le plan de la démocratie, sur le plan de l’égalité des droits, pour le développement durable… Pour plein de choses, je pense que c’est fondamental. Et j’aimerais bien une langue touarègue, ou de Somalie, parce qu’il y a plein de locuteurs, ou bien le lingala… Il y a plein de langues qui me viennent à l’esprit. Après, il y a des contraintes financières et je suis bien consciente qu’on ne pourra sans doute pas tout faire. Mais si ce projet fonctionne bien, comme j’en suis sûre -en fait je suis sûre qu’on va faire un tabac- peut-être que cela entrainera l’envie d’aller plus loin. Je l’espère, en tout cas. C’est cela mon vœu pour ce début d’année 2021.

 

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