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Christopher Fomunyoh: «Les pays africains seront mieux traités sous Biden que sous Trump»

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Christopher Fomunyoh.
Christopher Fomunyoh. Halifax International Security Forum/wikimedia.org

C'est aujourd'hui mercredi que Joe Biden prête serment. Une journée qui fera de lui officiellement le 46e président des États-Unis. Biden et sa vice-président Kamala Harris affichent leur volonté de rupture avec les années Trump. Cette rupture va-t-elle concerner également la politique africaine des États-Unis ? Que sait-on des orientations que veut suivre la nouvelle administration concernant l'Afrique ? Christopher Fomunyoh, directeur Afrique au National democratic institute répond aux questions de Laurent Correau.

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RFI : Joe Biden et Kamala Harris avaient constitué une équipe pour réfléchir à la politique africaine qu’ils pourraient mener s’ils étaient élus. Que sait-on des conclusions de ce groupe ?

Christopher Fomunyoh : Je crois que le groupe avait recommandé un vrai engagement avec l’Afrique. D’abord, une considération pour le continent, pour l’Afrique et les Africains, ce qui serait vraiment un départ substantiel de l’approche qui avait été menée par [Donald] Trump pendant les quatre dernières années. Donc, il y aura beaucoup plus de consultations avec les Africains dans la prise de décisions concernant le continent. Ensuite, certains appuis qui manquaient aux Africains par le passé, par exemple un soutien à la démocratisation, un soutien à la société civile, seront remis sur la table. Et même les questions d’assistance technique dans le règlement des conflits pourront être prioritaires.

Est-ce qu’on sait déjà si, sur certains dossiers bilatéraux, la nouvelle administration souhaitera mener une autre politique ?

Cela est évident, parce que par exemple, nous avons vu comment l’administration Trump a malmené un pays africain comme le Nigeria. Tout récemment, Trump a imposé une interdiction de voyage sur le Nigeria, ce qui va vraiment dans le sens opposé de ce qu’on aurait dû souhaiter. Je crois que les pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Ghana, même le Sénégal et la Côte d’Ivoire, des pays qui attirent quand même des investisseurs américains seront mieux traités pendant l’administration Biden que pendant l’administration Trump.

Est-ce qu’on peut s’attendre notamment à une remise en cause de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ?

Là, c’est peut-être un dossier beaucoup plus complexe, mais je pense que ce n’est pas exclu que Biden remette cela en cause. Biden a déjà signalé que dans les jours à venir, l’une de ses premières actions serait de passer en revue tous les décrets, tous les ordres exécutifs qui avaient été pris par Trump, ces derniers mois, pour les corriger.

Qui sont les responsables qui seront chargés de l’Afrique au sein de l’exécutif ? Quels sont les noms qui circulent déjà à Washington ?

Nous attendons de connaître qui sera le nouveau sous-secrétaire pour les Affaires africaines au niveau du département d’État, parce que c’est un poste clé, étant donné que c’est cette personne qui va gérer au quotidien les relations entre les États-Unis et le continent. Mais nous savons déjà que Biden a nommé madame Dana L. Banks, qui est une diplomate de carrière, qui connaît le continent, comme directeur Afrique au niveau du Conseil national de sécurité. Ce qui voudrait dire que déjà, au niveau de la Maison Blanche, il y aura un africaniste, quelqu’un qui connaît le continent qui va appuyer le département d’État dans la mise en œuvre de la politique africaine.

Ce qui n’était pas le cas jusqu’ici ?

Ce qui n’était pas le cas pendant l’administration Trump au niveau du Conseil national de sécurité, l’Afrique était très mal représentée. Et avec des personnalités, comme l’ambassadrice Linda Thomas-Greenfield qui sera aux Nations unies, et l’ambassadrice Samantha Power qui sera le directeur de l’Agence internationale pour le développement qui est un instrument de taille dans les relations bilatérales entre les États-Unis et l’Afrique. Cette équipe pourra faire vraiment du progrès par rapport à ce que nous avons vécu ces quatre dernières années.

Le Congrès américain sous Trump avait dénoncé à différentes reprises des violations des droits de l’homme dans certains pays du continent. Mais ce Congrès ne trouvait pas d’écho au sein de l’exécutif. Peut-on s’attendre à ce que cela change avec la nouvelle administration ?

Oui, justement, parce que non seulement [Joe] Biden est un ancien sénateur. Donc, il a une affinité avec le Congrès, mais aussi parce que les démocrates passent à la majorité. Donc, la plupart des législateurs qui par le passé prenaient des positions assez tranchées, assez connues, sur le continent. Maintenant qu’ils vont passer à la majorité et qu’ils auront au niveau de la Maison Blanche un allié de taille, il n’est pas exclu que la voix du Congrès pèse davantage.

Et d’un point de vue économique, a-t-on une idée du type de politique que la nouvelle équipe pourrait impulser vis-à-vis de l’Afrique ?

Je crois d’abord que des mécanismes existants comme la voie qui favorise les libres échanges entre le continent et l’Afrique devrait être maintenue et renforcée. D’autres initiatives qui avaient été adoptées pendant la période de Barack Obama, comme Power Africa [vaste plan d'électrification de l'Afrique subsaharienne], devront être renforcées. Cela devrait favoriser davantage des échanges économiques pour renforcer et consolider le développement économique du continent.

 

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