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Macky Sall: «L'Afrique attend de ses partenaires traditionnels que les vaccins soient partagés»

Audio 08:00
Le président sénégalais Macky Sall, le 22 février 2021.
Le président sénégalais Macky Sall, le 22 février 2021. © RFI
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Vidéo par : Alain Foka
14 mn

Le Sénégal a commencé sa campagne de vaccination contre le Covid-19. Mais ce n'est pas le seul problème auquel ce pays d'Afrique de l'Ouest doit faire face. En effet, la lutte contre le terrorisme, reste l'une des priorités du gouvernement sénégalais. Le chef de l’État évoque également l’affaire Sonko, le député de l’opposition accusé de viol qui secoue la classe politique local. Le président sénégalais Macky Sall répond aux questions d'Alain Foka.

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RFI: Nous sommes à Dakar qui vit au rythme depuis quelques jours du vaccin. Pourquoi un vaccin chinois ? C’est la question qui revient souvent puisque cela sème des doutes dans l’esprit d’un certain nombre de personnes ici ?

Macky Sall : Depuis la découverte des vaccins, nous nous sommes évertués dans le concert des nations à travailler avec l’initiative Covax. Mais nous avons constaté, au moment où les pays développés ont commencé la vaccination, que l’initiative n’avait pas encore pu mobiliser les vaccins, encore que d’ici le mois de mars, on pense que les premières doses Covax pourront atterrir dans notre pays. Évidemment, en tant que président de la République, je ne peux pas attendre simplement que ces premiers vaccins Covax nous parviennent. J’ai en même temps développé des initiatives au plan bilatéral avec tous les pays producteurs de vaccins ou avec les groupes pharmaceutiques. C’est ainsi que je me suis adressé à la Chine. Et finalement, nous avons pu acquérir ces doses avec Sinopharm, grâce aussi au soutien du président Xi Jin Ping. Je me suis adressé à la Russie, au président (Vladimir) Poutine également. Nous sommes en discussion pour pouvoir obtenir également des Spoutnik V. Tout comme nous avons déjà lancé des initiatives vers Johnson & Johnson, même Pfizer. Nous essayons d’avoir…

Tous azimuts…

Tous azimuts. Ce n’est pas une question d’idéologie.

Cela fait plus d’un an que le monde est quasiment arrêté en raison de cette pandémie du Covid-19. Les économies sont dans un état lamentable. Comment envisagez-vous la suite ? Est-ce que l’Afrique va s’en sortir ?

Il est clair que l’Afrique, à l’image du monde, va garder des traces très dures après le Covid. L’enjeu pour nous aujourd’hui, c’est de réussir la relance, nous avons besoin de beaucoup de ressources pour financer la relance : accompagner le secteur privé, préserver les emplois à travers différents mécanismes.  Et pour cela, l’Afrique, qui n’a pas là aussi malheureusement les mêmes leviers que les pays développés, nous avions plaidé pour un échelonnement des intérêts de la dette, une initiative que le G20 a bien voulu faire sur l’année 2020, c’est une initiative louable, mais qui est encore insuffisante. Ce que nous demandons maintenant à nos partenaires, c’est qu’il nous faut mobiliser des ressources pour cela. Nous pensons que l’un des moyens efficaces serait de créer de nouveaux droits de tirage spéciaux (DTS) au niveau du Fonds monétaire international. 500 milliards de dollars (413 milliards d'euros) pourraient permettre (un sursaut) avec l’appui des pays développés, parce que l’Afrique toute seule aura autour de 25 milliards de dollars sur ces nouveaux droits de tirage, tout le reste appartient aux grands pays. Il faut que les grands pays qui n’en ont pas forcément besoin, lâchent une partie de leurs DTS…

Droit de tirage spécial…

Voilà, du Fonds monétaire, pour nous permettre d’avoir au moins une cagnotte 70 à 100 milliards de dollars pour accompagner la relance économique, préserver les emplois en Afrique et pouvoir assurer véritablement la relance.

L’autre sujet principal qui réunissait un certain nombre de pays il y a quelques semaines, c’était le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) avec la question du terrorisme dans la région. Le Sénégal aussi semble menacé, parce qu’on vient d’attraper 4 présumés partisans d’Amadou Koufa, ,leader peul de la coalition de groupes jihadistes, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), qui sont en prison au Sénégal. Est-ce qu’aujourd’hui, vous êtes partisan de ceux qui estiment qu’on doit donner les moyens aux Africains pour que ce soit eux qui se battent sur le terrain ?

Il faut d’abord donner des moyens, mais nous ne serons pas seuls, parce que la bataille, ce n’est plus la bataille des gladiateurs. Il faut aussi de la coopération, il faut de l’intelligence, il faut du renseignement. Pour les gens arrêtés au Sénégal oriental, oui, nous ne sommes pas épargnés.

Vous craignez une contagion ?

Oui. Nécessairement. Leur objectif, c’est d’atteindre l’océan Atlantique. Donc, que ce soit le Sénégal ou les autres pays côtiers qui sont les derniers remparts, il faut qu’on se prépare à rentrer dans la bataille.

Faut-il discuter avec les terroristes, maintenant qu’on n’avance pas ?

Non, je ne pense pas. Je suis contre une discussion avec des terroristes.

On ne peut pas terminer sans évoquer la politique intérieure, où aujourd’hui l’un des principaux opposants à votre régime, Ousmane Sonko, est accusé de viol. On essaie de lever son immunité parlementaire. Les gens se retournent vers vous en disant : est-ce que le président Macky Sall est en train de tuer son principal opposant ?

C’est toujours la même chose. D’abord, c’est un sujet sur lequel je n’ai pas à me pencher, parce que, même avec la presse nationale, je ne me suis pas prononcé. Donc, vous voyez le mal que j’aurais à parler sur votre antenne de ce sujet-là. Encore une fois, c’est une affaire regrettable. Je ne sais pas ce qu’il en est dans le fond. Je ne peux pas souhaiter à mon pire adversaire une telle situation. Maintenant, il y a une accusation, il y a des procédures. Vraiment, il ne faut pas qu’on mêle le président à des choses qui ne le regardent pas.

Le président n’y est pour rien ?

C’est clair. Je crois que j‘ai suffisamment de choses à faire que de comploter des choses aussi basses.

 

 

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