Invité Afrique

Djibril Tamsir Niane et le renouveau de l’histoire africaine

Audio 04:35
Djibril Tamsir Niane en septembre 2018 à Conakry.
Djibril Tamsir Niane en septembre 2018 à Conakry. © Carol Valade/RFI

L'historien et écrivain guinéen Djibril Tamsir Niane est mort lundi dernier du Covid-19, à Dakar, au Sénégal, à l'âge de 89 ans. Il fut l'un des pionniers du renouveau de l'histoire africaine, après les indépendances. C'est ce que rappelle l'historien sénégalais Mamadou Diouf, professeur à l'université de Columbia aux États-Unis, qui répond aux questions de Claire Fages.

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RFI : l’historien Djibril Tamsir Niane était votre aîné, comment l’avez-vous connu ?

Mamadou Diouf : Je le connaissais parce qu’un moment nous étions collègues à l’université de Dakar. Et puis il est retourné en Guinée et je suis parti aux États-Unis. Mais j’ai gardé le contact et nous nous sommes souvent retrouvés dans des colloques et des séminaires qui discutaient d’histoire, de traditions orales et de culture africaine.

Comment définiriez-vous cet intellectuel ?

Djibril Tamsir Niane fait partie de cette génération de l’indépendance, qui a été formée à la fois dans un contexte colonial, qui a utilisé les ressources, la langue, les méthodes apprises à l’école française, pour ouvrir de nouveaux champs et recouvrer les cultures africaines et les mettre, comme je dis souvent, dans le temps du monde.

Son nom est associé à l’écriture de l’Histoire générale de l’Afrique, lancée au milieu des années 1960. Sa contribution est majeure.

C’est quelqu'un qui a participé à l’un des moments les plus importants de ce chantier de réécriture de l’histoire après la période coloniale. Il a été effectivement un acteur très actif dans le groupe qui a été mis en place par le directeur général de l’Unesco pour la production des huit volumes de l’histoire générale de l’Afrique. Il a dirigé les volumes sur l’histoire médiévale de l’Afrique.

Soundjata, livre de référence

Il a joué un rôle très important lorsqu'il a publié l’épopée de Soundjata. Je ne sais pas dans le monde francophone, mais ce livre est un des piliers des cours d’histoire africaine aux États-Unis. Il n’y a pas une année où il n’est pas sur la liste des livres des bibliographies qui sont soumises aux étudiants qui font de l’histoire africaine ou qui font de la littérature comparative. C’est un livre qui, aux États-Unis, est au moins chaque année dans une trentaine à une cinquantaine de cours.

Que raconte l’épopée de Soundjata ?

Elle raconte la construction de l’empire du Mali et l’importance de cet empire, non seulement dans l’imaginaire des Sahéliens mais dans l’imaginaire de toute l’Afrique à ce moment précis où l’Afrique sort de la nuit coloniale. Et ça a donné un statut d’une très grande importance à la poétique des traditions orales. Parce que ce n’est pas seulement un texte historique. Il est porté par une poésie qui est extraordinaire. C’est aussi de la littérature.

Comment a-t-il travaillé sur cette période ? Avec quels matériaux ?

Il a recueilli des traditions orales mais il s’est aussi lancé dans un travail beaucoup plus systématique en utilisant les traditions écrites, en particulier les traditions arabes, soit écrites par des voyageurs arabes ou par des Africains islamisés, les clercs, ou soit les traditions portugaises. Il a aussi utilisé les renseignements que l’archéologie a développés.

Djibril Tamsir Niane est donc décédé à Dakar, mais il s’était beaucoup impliqué dans la vie culturelle en Guinée, à son retour d’exil ?

J’ai toujours eu un énorme respect et j’ai toujours apprécié le travail qu’il faisait quand il est retourné en Guinée : le fait d’avoir créé un espace culturel, un espace de débat, mais aussi une librairie. Je pense qu’il a essayé effectivement de contribuer à une reconstruction de l’espace intellectuel et de l’espace public guinéens, à la mort de Sékou Touré.

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