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Mahamat Ahmat Alhabo: «Le procureur doit ouvrir une enquête» sur les manifestants tués au Tchad

Audio 04:58
Contrairement à d'autres opposants, Mahamat Ahmat Alhabo (PLD) a accepté de participer au gouvernement de transition. Il est ministre de la Justice.
Contrairement à d'autres opposants, Mahamat Ahmat Alhabo (PLD) a accepté de participer au gouvernement de transition. Il est ministre de la Justice. © David Baché/RFI

Au Tchad, la composition du gouvernement de transition a été annoncée dimanche soir. Il comprend 40 ministres, très majoritairement liés au défunt président Idriss Déby Itno, mais également quelques opposants. L’entrée la plus notable est celle de Mahamat Ahmat Alhabo, secrétaire général du PLD, qui devient ministre de la Justice. S'il a accepté de jouer le jeu du gouvernement d’union, il se montre pourtant très critique quant à la composition de cette équipe et, plus globalement, au début de la Transition. Le nouveau ministre de la Justice promet notamment des enquêtes sur les personnes tuées ou arrêtées lors des manifestations qui ont suivi l’installation du Conseil militaire de transition.Mahamat Ahmat Alhabo répond aux questions de David Baché, envoyé spécial à Ndjamena.

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Rfi : Vous entrez au gouvernement de transition, vous n’y êtes pas le seul membre de l’opposition. Pour vous, c’est un vrai gouvernement d’union ?

Mahamat Ahmat Alhabo : Quand je fais le décompte, je trouve qu’il y a un déséquilibre. L’ancien parti du président Déby s’est taillé la part du lion.

Mais vous y êtes entré quand même…

Oui, j’y suis.

Est-ce que vous avez posé des conditions ?

Non, la grosse volonté exprimée par les partis, c’est de vouloir changer le système, redessiner le Tchad pour qu’in fine, on se retrouve tous autour d’une table - tous les Tchadiens - que l’on s’entende pour ne plus s’entretuer. Vous savez, cette guerre a emporté un président de la République ! Donc c’est cela, le plus gros objectif et le plus gros challenge : réunir tous les Tchadiens, quels qu’ils soient.

Justement, est-ce que ce gouvernement a vocation à durer les dix-huit mois prévus pour la transition ou juste le temps de préparer ce dialogue national, avant de céder la place ?

Oui, de mon point de vue, l’objectif immédiat de ce gouvernement, c’est de préparer ce dialogue national inclusif. Et naturellement, à l’issue d’un tel dialogue, d’un tel regroupement, nous avons l’expérience de la Conférence nationale souveraine, à l’issue de laquelle on a choisi nos dirigeants et on a adopté les textes qui devraient amener les gens jusqu’aux élections.

Cela veut dire que vous - ce gouvernement - vous êtes là pour deux, trois, quatre mois ?

Oui, peut-être, oui…

Est-ce que les dirigeants de la transition au Conseil militaire de transition ou au gouvernement doivent s’engager à ne pas participer à la prochaine présidentielle ?

Dans la charte actuelle, rien n’est dit par rapport à cela. Mais logiquement, on doit exiger que tous les acteurs majeurs de la transition ne doivent pas prendre part. On ne peut pas être juge et parti.

Est-ce que vous avez eu l’occasion d’échanger sur ces sujets, ou sur d’autres, avec le chef du Conseil militaire de transition et de l’État, Mahamat Idriss Déby ?

Non, je n’ai pas échangé avec lui, mais j’ai beaucoup parlé avec le Premier ministre de transition, monsieur Pahimi Padacké Albert. On a fait un tour assez large.

Il partage ces points de vue ?

Vous lui demanderez, il vous dira ce qu’il en pense. Je ne suis pas habilité à parler en son nom.

Si vous avez accepté d’entrer au gouvernement, j’imagine que oui…

Pas absolument. Posez-lui la question.

Il y a une semaine vous appeliez à manifester et condamniez la répression de ces manifestations. On parle de six à onze morts, au moins, selon les sources, et plus de 700 personnes arrêtées. Il y a aussi des centaines de Tchadiens arrêtés au moment de la campagne présidentielle, pour avoir protesté contre la nouvelle candidature d’Idriss Déby. En tant que nouveau ministre de la Justice - ces morts, ces personnes toujours incarcérées - que comptez-vous faire à leur sujet ?

Pour moi, il faut appliquer la loi ! Aujourd’hui, la chartre reconnaît le droit de manifester. Le porte-parole de la Police nationale a déclaré que la Police nationale n’a pas tiré à balles réelles sur les manifestants. Si ce n’est pas la police qui a tiré et qui a tué… C’est qui alors ? Dans un pays de droit le procureur doit ouvrir une enquête.

Vous allez veiller à ce qu’une enquête soit ouverte ?

Naturellement, c’est la première chose que l’on va demander, que monsieur le procureur ouvre une enquête, pour savoir qui a tiré sur les manifestants et pourquoi il a tiré. Qui a donné l’ordre à cette personne de tirer ? Et les gens qui ont été arrêtés dans les différentes villes du Tchad, on doit également très rapidement voir leur cas. S’il n’y a aucune charge contre eux, il faut qu’ils soient tout de suite élargis.

Comme nouveau garde des Sceaux, est-ce que vous pensez pouvoir relancer l’enquête sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’ancien secrétaire général de votre parti - le PLD - enlevé à son domicile le 3 février 2008 ?

La justice a déclaré un non-lieu. Mais vous savez que tout assassinat est par nature imprescriptible. Ibni n’est plus, nous pensons que c’est le président Déby qui a ordonné son enlèvement et sa disparition forcée. Dès l’instant où un nouvel élément vient s’ajouter au dossier, le dossier s’ouvre automatiquement. Je n’ai même pas besoin de demander, pourvu qu’un élément nouveau vienne s’ajouter.

Peut-être que d’ici demain, les langues vont se délier, les gens vont commencer à parler… Les parlementaires français ont obtenu que tous les télégrammes diplomatiques que l’on voyait depuis l’ambassade de France à Ndjamena, pendant tout le mois de février 2008, soient déclassifiés et rendus publics. Et peut-être que d’autres choses pourraient éventuellement sortir.

Beaucoup de rumeurs circulent à côté de la version officielle sur les circonstances de la mort d’Idriss Déby. L’Union africaine elle-même explique enquêter en ce moment-même à Ndjamena sur le sujet. Est-ce que la justice tchadienne doit aussi ouvrir une procédure ?

Il faudrait que l’opinion nationale sache la vraie version des faits. Si l’Union africaine peut édifier cela… Ou bien le système des Nations unies, également, pourrait peut-être contribuer à une enquête internationale pour éclairer un peu. On ne peut pas s’y opposer.

Une date est déjà programmée pour le premier Conseil des ministres du gouvernement de transition ?

Je ne suis pas encore saisi.

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