Les dessous de l'infox, la chronique

La Chambre des représentants contre le conspirationisme QAnon aux États-Unis

Audio 04:06
Marjorie Taylor Greene, élue à la Chambre des représentants, proche de la mouvance QAnon, porte un masque où l'on peut lire « censurée ».
Marjorie Taylor Greene, élue à la Chambre des représentants, proche de la mouvance QAnon, porte un masque où l'on peut lire « censurée ». © REUTERS
Par : Sophie Malibeaux
9 mn

La députée américaine Marjorie Taylor Greene, siégeant à la Chambre des représentants depuis le 3 janvier vient de perdre son siège en commission du Budget et de l’Éducation, pour avoir contribué à répandre les théories conspirationistes QAnon. Son acte de contrition face aux députés a été jugé peu convainquant par la majorité démocrate et quelques députés du camp républicain.  

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Marjorie Taylor Greene milite depuis des années sur les réseaux sociaux en faveur des armes à feu, c’est le combat de sa vie. Ses relais sont nombreux au sein du Parti républicain et du lobby pro armes à feu, et sur les réseaux, le sulfureux Alex Jones, lui apporte un soutien sans faille sur sa chaîne Info Wars. La jeune femme l’a emporté haut la main dans le 14e district de Georgie. Mais son arrivée au Congrès le 3 janvier dernier a semé le trouble.

Ceux qui ne la connaissaient pas, ont alors vu remonter sur internet les preuves de son appartenance à la mouvance conspirationniste, avec des vidéos de désinformation sur le 11 septembre 2001, et des appels à la haine, contre les juifs, contre les musulmans qui seraient en train d’envahir le pays, contre les Démocrates accusés sans preuve d’organiser des sacrifices d’enfants et autres actes pédopornographiques.

C’est en puisant dans ce registre propre aux adeptes de QAnon qu’elle a mené campagne et réussi à éclipser un autre candidat conservateur dans ce district du nord-ouest de l’état de Géorgie.

La provocation de trop aura été la nomination en Commission de l’Éducation de celle qui a longtemps prétendu que les massacres de Parkland et Sandy Hook n’étaient que mise en scène.  

Craignant d’accroitre la fracture avec la base du parti, les républicains n’ont pas jugé bon de la sanctionner, préférant laisser la majorité démocrate œuvrer à leur place, lors du vote qui s’est tenu à la chambre ce jeudi 4 janvier.

Du déni au militantisme pro-armes à feu

Dans un ultime discours visant à sauver son siège en commission parlementaire, Marjorie Taylor Greene a fini par reconnaître la réalité des tueries de masse qui affectent le pays depuis des années. Néanmoins, la députée maintient son objectif premier, la défense du 2e amendement de la constitution des États-Unis autorisant la détention d’armes à feu.

Pour Marjorie Taylor Greene et ses soutiens, il est hors de question de toucher à ce texte datant de 1791. Pour préserver le droit de port d’arme sans restriction, elle est allée jusqu’à expliquer que les événements de Parkland, et Sandy Hook, étaient des attaques sous faux drapeaux, montées de toute pièce pour susciter l’émotion et mobiliser les adversaires du port d’arme.

Si elle prend désormais ses distances avec cette version complotiste, sous la pression d’une expulsion, ce récit a néanmoins contribué à sa notoriété sur les réseaux, lui permettant notamment d’attirer plus de 330 000 abonnés sur Twitter. Elle a ainsi fait partie d’une mouvance très active sur les réseaux, avec des tweets niant l’existence même des victimes, accusant les familles de faire parti du complot. Au lendemain de la tuerie, certains s’indignaient sur tweeter, qu’un vigile du lycée qui n’avait pas su protéger les élèves, ait reçu une pension de l’état. Réaction de twittos : « C’est sa récompense pour n’avoir rien dit sur cette fausse attaque », « exactement » réplique alors Marjorie Taylor Greene, toujours volontaire pour relayer l’infox.

Une vidéo circule par ailleurs, où on la voit harceler en pleine rue le jeune David Hoog, survivant de la fusillade, qui a pris l’initiative du mouvement anti-arme. Loin de regretter cette action, Marjorie Taylor Greene en profite pour relancer sa croisade en faveur de la détention d’armes.

D’un mensonge à l’autre

Parce que sous couvert d’excuses, la députée fraichement élue porte le blâme sur tous les autres, la société, le gouvernement et les médias, qu’elle rend « aussi coupables que QAnon ». Rien n’est vraiment sa faute, à l’entendre.  Elle affirme par ailleurs que d’autres ont pu écrire à sa place sur son compte tweeter. Ne pouvant faire disparaître la vidéo devenue virale, où on la voit poursuivre David Hoog, elle se justifie autrement. « Oui les tueries de masse sont une réalité », mais la meilleure façon de lutter contre, selon elle, c’est d’armer le personnel dans les établissements scolaires.

Peu importe qu’elle ait tenté de pervertir la réalité, elle maintient son cap, en faveur du lobby des armes. Entre temps, pour l’aider à garder son siège au congrès, elle affirme avoir récolté 175 000 dollars de ses partisans et s’en félicite…toujours sur Twitter.

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