Les dessous de l'infox, la chronique

Non, le variant breton du Sars-CoV 2 n’est pas une «invention»

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L'hôpital de Lannion, dans l'ouest de la France, où une nouvelle variante du coronavirus SRAS-CoV2 a été détectée.
L'hôpital de Lannion, dans l'ouest de la France, où une nouvelle variante du coronavirus SRAS-CoV2 a été détectée. © Damien Meyer/AFP

La détection d’un nouveau variant en Bretagne, fait le « buzz » sur les réseaux sociaux depuis la mi-mars. Cette souche mal détectée par les tests PCR a suscité la perplexité des internautes au moment où les autorités envisageaient de nouvelles mesures de restrictions sur Paris et l’Île de France. Certains n'hésitant pas à contester la réalité du « variant breton ». Chronique réalisée en partenariat avec Thibaud Hue et Lise Lacombe de l’EPJT.

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À côté des tweets humoristiques invoquant tous les clichés du particularisme breton, l’annonce de l’existence d’un variant breton a également donné lieu à des commentaires relevant de l’instrumentalisation politique. Si bien qu’à l’annonce par les autorités de nouvelles restrictions pour enrayer la circulation du virus, le variant breton est devenu un sujet « tendance » de twitter, avec ce type de publication : « Le truc pour éviter que les Parisiens déboulent en Bretagne », « lexcuse pour justifier un reconfinement total » ou encore « Macron et sa clique ne savent plus quoi trouver pour prolonger le coronacircus jusquaux élections de 2022 ». La plupart de ces tweets émanent de comptes généralement critiques vis-à-vis des mesures barrières et toute autre stratégie de lutte contre la pandémie, quand ils ne sont pas dans le déni de l’existence même du virus.

Parmi les contestataires des mesures adoptées, Florian Philippot, à la tête du mouvement des Patriotes, n’hésite pas à relayer la thèse de l’invention du variant. Le 16 mars 2021, le compte du responsable politique publie ceci : « Cest en France qua été inventé le variant furtif, indétectable au test PCR. Voilà un secret technologique que Macron devrait cette fois sempresser de filer aux Allemands. »

Un variant classé « à l’étude »

Pourtant, le 13 mars 2021, le variant breton a bel et bien été détecté dans un hôpital de Lannion, où un cluster de 78 personnes affectées par le Covid-19 a été repéré. En procédant au séquençage de ces cas de coronavirus, un nouveau variant a été détecté chez huit patients, décédés depuis. Comme dans le cas des variants anglais, sud-africain ou brésilien, la souche a pris le nom du lieu où elle a été détectée pour la première fois. Néanmoins, contrairement à ces variants jugés préoccupants, pour leur de degré de contagiosité notamment, les analyses fournies par la direction générale de la santé, indiquent que rien ne permet de conclure à une gravité ni à une transmissibilité accrue du variant dit « breton ». Les observations sur les cas de Covid-19 à Lannion, montrent que les patients décédés étaient assez âgés, avec des facteurs de comorbidité importants et que les tests pratiqués sur eux se sont avérés négatifs pour sept dentre eux. Aujourdhui, ce variant ninquiète pas particulièrement et il reste ainsi classé dans les « variants à l’étude ».

La thèse infondée du vaccin fabriquant de variants

Parmi les infox circulant sur le variant breton, des publications virales rendent le vaccin responsable de son apparition. C’est le cas du tweet dune personne qui se présente comme une ancienne directrice médicale dun laboratoire anglo-saxon, qu’elle évite cependant de nommer. Selon le « docteur Hamelin » sur Twitter, les huit patients décédés du variant breton avaient reçu le vaccin. Cest pourtant une infox, « debunkée » notamment par l’Agence France Presse, sur son site AFP factuel. Vérification faite, un seul dentre eux avait reçu une première dose de vaccin. Selon lAgence régionale de santé Bretagne, les sept autres navaient reçu aucune injection.

Sous ce tweet, un internaute explique : « Ça fait un moment que nombre de médecins alertent sur la fabrique de mutants à la suite de la vaccination. » Or, la théorie dun variant conséquence du vaccin, circulant depuis lapparition de nouvelles souches en Grande-Bretagne, ne repose sur rien. Selon Yves Buisson, professeur de l’Académie de médecine, contacté par l’AFP, lapparition de variants est un processus naturel des virus qui ne cessent de muter. Alors que la vaccination en Angleterre a démarré en décembre, le variant est apparu au mois de septembre et des cas ont été détectés dès novembre. Par ailleurs, les Anglais, très performants en matière de séquençage, ont détecté la mutation qui peut avoir commencé hors de leur territoire et plus tôt, sans avoir été repérée. Au total, les services de santé britanniques ont identifié plus de 4 000 formes de variants du Sars CoV2. Les mutations du virus n’ont pas attendu l’arrivée des vaccins.

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