Les dessous de l'infox, la chronique

Infox et ratés de la communication sur le vaccin AstraZeneca

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Philippe Poinsot, le coordonnateur du Système des Nations-Unies pour le développement en Côte d’Ivoire, se fait vacciner contre le Covid-19, le 22 mars 2021, à Abidjan.
Philippe Poinsot, le coordonnateur du Système des Nations-Unies pour le développement en Côte d’Ivoire, se fait vacciner contre le Covid-19, le 22 mars 2021, à Abidjan. © Benoît Gohoun - Nations Unies Côte d'Ivoire

Accélérer la campagne de vaccination est devenu une priorité pour les autorités de santé dans le monde entier, alors que près de 2 900 000 personnes sont mortes du Covid-19. Mais l’information des populations n’est pas une tâche facile. Une grande défiance persiste au sujet du vaccin d’AstraZeneca, pourtant le plus répandu, notamment en Afrique.  

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Plus de 200 millions de personnes ont reçu une injection du vaccin d’AstraZeneca dans le monde. Si ce vaccin est à ce stade le plus répandu, c’est qu’il est plus facile à gérer que d’autres en termes de logistique, car il peut se conserver entre 2 et 8 C°, contre - 60°C à - 80°C pour le Pfizer. Mais ce sont ses effets indésirables -bien que rares- qui défrayent la chronique et alimentent la psychose. Ce mercredi 7 avril 2021, l’EMA, Agence européenne du médicament a évoqué un lien « possible » entre la vaccination et la formation de caillots sanguins associé à un faible taux de plaquettes, observés chez des personnes de moins de 60 ans. Des décès ont été signalés, au Royaume-Uni notamment, où l’on a signalé 19 décès sur 20 millions de vaccinés, phénomène rare, comparé au nombre de décès provoqués par des formes graves du Covid-19.

Néanmoins l’EMA, aussi bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estiment que les bénéfices restent largement supérieurs aux risques générés par la vaccination. D’autant qu’à ce stade, l’OMS estime le lien entre ce vaccin et certaines formes de thromboses comme « plausible », mais toujours à confirmer.

Le temps d’y voir plus clair sur les effets éventuels liés au sérum du géant pharmaceutique anglo-suédois, il est désormais recommandé par l’EMA de répertorier les caillots sanguins comme effet secondaire « très rare ».

Différences d’approche selon les États

Un autre facteur nourrit la défiance dans l’opinion à l’égard de ce vaccin, ce sont les différences d’approche des États quant à sa prescription de ce vaccin. La commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides est la première à le déplorer. Elle réclamait dans un tweet ce mardi 6 avril une « approche coordonnée ». « Nous devons parler d’une seule voix à travers l’UE afin de conforter la confiance du public dans la vaccination » expliquait-elle.

 Alors que le régulateur n’indique pas de risque spécifique lié à l’âge par exemple, certains pays recommandent de l’utiliser à partir de 30 ans, d’autres plus tard, à 50, 55 ou 60 ans. Sans que l’on sache trop sur quelle base reposent ces recommandations.

Communiquer pour rassurer

Pour rassurer, des personnalités importantes ont donc tenu à se faire vacciner en public, mais, malheureusement, la démonstration n’a pas toujours rempli ses objectifs.  Depuis le 22 mars, on voit circuler sur les réseaux sociaux un extrait de journal télévisé en Côte d’Ivoire, où l’on est censé assister à la vaccination de Philippe Poinsot, Coordonnateur du Système des Nations-Unies pour le développement en Côte d’Ivoire. Or le geste filmé ne montre pas ce que l’on devrait voir. L’infirmière fait mine de piquer le bras du responsable onusien, mais elle n’injecte rien, n’appuie même pas sur la seringue. Depuis ce 22 mars, la séquence est devenue virale. L'extrait incriminé est relayé sur les réseaux, avec un ralenti sur le moment le plus critique et des commentaires indignés : « Regardez bien. Le représentant de l'ONU semble avoir été vacciné; Seulement l'infirmière a oublié d'appuyer sur le poussoir de la seringue qui injecte le liquide. Donc le Mr n'a pas réellement été vacciné - On veut par duperie et force nous éliminer. »

Vérification faite

Après vérification, il s’avère que l’équipe onusienne et son principal représentant, se sont réellement fait vacciner ce jour-là. Ils ont d’ailleurs été pris en photo pendant et après. On peut les voir à la sortie du palais des sports de Treichville, brandissant le certificat rose en bonne et due forme. Nous en avons eu la confirmation de plusieurs sources, et pas seulement par les principaux intéressés. Outre le certificat de vaccination, des photos en attestent, montrant cette fois l'injection réellement pratiquée.

Philippe Poinsot et six collègues de l'ONU posent devant le centre de vaccination au palais des sports de Treichville, à Abidjan, après s'être fait vacciner contre le Covid-19, lundi 22 mars 2021.
Philippe Poinsot et six collègues de l'ONU posent devant le centre de vaccination au palais des sports de Treichville, à Abidjan, après s'être fait vacciner contre le Covid-19, lundi 22 mars 2021. © Benoît Gohoun - Nations Unies Côte d'Ivoire

Le faux pas exploité sur les réseaux

Alors pourquoi cet extrait vidéo pour le moins troublant ? Joint au téléphone, l’équipe de tournage plaide l’incident technique. Elle a d’ailleurs pu filmer pour son reportage la vaccination bien réelle d’autres membres de l’équipe- mais la caméra n’ayant pu saisir le moment précis de la piqûre du responsable onusien, il a été décidé de refaire le plan. Monsieur Poinsot s’est donc fait vacciner -pour de vrai- dans un premier temps, puis il s’est prêté à une simulation pour la caméra ultérieurement. Malheureusement cela s’est vu. S’agissant de montrer l’exemple, la manœuvre s’est avérée pour le moins contre-productive. Sur internet et sur les réseaux, au-delà des antivax, la séquence a été relayée par des médias peu scrupuleux, qui n’ont pas cherché à en savoir plus, de quoi semer le doute même chez des internautes de bonne foi. D’autres, soucieux de démêler le vrai du faux, comme le site Benbere, ont tenté de rétablir la vérité, en renvoyant sur la page internet du Bureau du Coordonateur résident, qui a dû publier un communiqué afin de dissiper les rumeurs. Mais comme souvent, le démenti est plus dur à faire passer que l’infox, qui continue de circuler sur les réseaux, en particulier sur WhatsApp.

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