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Reportage Afrique

Au Maroc, le secteur culturel est en berne

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Vue de Casablanca (image d'illustration).
Vue de Casablanca (image d'illustration). Getty Images/appassionato fotografo viaggiatore
Par : Nina Kozlowski
6 mn

Au Maroc, la culture est le troisième secteur le plus impacté par la crise sanitaire liée au Covid-19. Sur place, on parle même d'année blanche. Depuis le confinement, les transactions liées à la culture ont baissé de 60%. Cet été, les musées ont rouvert leurs portes : une bonne nouvelle pour les artistes plasticiens ou les photographes. Mais les salles de spectacles, de théâtre et de concerts, sont toujours fermées et les festivals ont tous été annulés, ce qui pénalise lourdement les artistes du spectacle vivant, et l'ensemble des opérateurs du secteur, souvent non déclarés.

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Le ministère de la Culture a déboursé une enveloppe d'environ 3,5 millions d'euros pour soutenir la création artistique. Malgré cela, nombre d'artistes n'ont reçu aucune subvention et souhaitent avant tout reprendre leur activité. Recrudescence de l'épidémie oblige, la reprise des spectacles ne semblent pas être pour demain.

Dans les dédales du très contemporain Musée Mohammed VI de Rabat, Fouad Bellamine, artiste-peintre, revit. Il a vécu son confinement comme un lion en cage et a dû reporter deux fois sa rétrospective. Fouad Bellamine : « Je suis issu d'une génération qui n'avait jamais connu d'épidémie, comme ça. Comme je travaille dans un atelier qui est à 4 kilomètres de chez moi, je me suis arrangé pour avoir une autorisation afin de pouvoir me rendre à mon atelier et travailler, ça m'a sauvé, quelque part. »

Le vernissage de son exposition a finalement eu lieu le 19 novembre, sous restrictions. Ce qui aurait dû être une célébration avec plusieurs centaines d'invités a finalement rassemblé une quinzaine de personnes. Fouad Bellamine : « Comme l'expo va durer longtemps, je pourrais faire des visites, surtout d'étudiants, c'est ce qui me tient à cœur. »

En amont, l'organisation de cette exposition, qui retrace cinquante ans de peintures, a été un véritable tour de force, alors que ses retombées économiques risquent d'être moins bonnes que d'habitude. Latifa Seghini, commissaire de l'exposition, en témoigne : « On a eu des gros problèmes d'acheminement des œuvres, à partir de musées français, madrilènes et qataris, par exemple. Les musées, pour la plupart, ont annulé l'acheminement. Et puis le gros problème, il est surtout économique. Ce sont des œuvres qui sont très très coûteuses, et les personnes habituées à faire ce genre d'acquisitions appartiennent au monde des affaires. Et le monde des affaires va mal. »

À l'arrêt depuis un an, le spectacle vivant va mal lui aussi. La troupe du Kabaret Cheikhates continue de répéter chaque semaine, sans avoir aucune visibilité quant à une éventuelle reprise de ses activités. Ghassan El Hakim, metteur en scène et comédien, pointe du doigt un désintérêt de l'État pour la culture : « Déjà, avant l'époque du confinement, il n'y avait pas d'intérêt à ce secteur, alors imagine aujourd'hui, ça arrange tout le monde que les théâtres soient fermés. »

La troupe donnera une prochaine représentation fin juin 2021, en France, à condition que les Marocains puissent à nouveau voyager. Ghassan El Hakim : « S’il faut, on prendra des pateras ou des zodiacs. Je ne sais pas si les gens comprennent que c'est existentiel pour nous. »

Existentiel, comme pour les centaines de milliers de travailleurs, qui vivent de la culture.

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