Reportage Afrique

Ouganda: la lente réhabilitation des anciens enfants soldats (1/4)

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La grande majorité des habitants du village de Rwot Obilo, à une vingtaine de minutes de Gulu, sont d'anciens enfants kidnappés par la LRA pendant la guerre civile.
La grande majorité des habitants du village de Rwot Obilo, à une vingtaine de minutes de Gulu, sont d'anciens enfants kidnappés par la LRA pendant la guerre civile. © RFI/Lucie Mouillaud

Ancien commandant de la LRA, ce groupe rebelle à l’origine d’une insurrection dans le nord de l’Ouganda qui aura duré près de 20 ans, entre 1986 et 2006, Dominic Ongwen est jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité devant la CPI. Parmi les charges retenues contre lui, l’utilisation de plusieurs milliers d’enfants comme soldats. Quinze ans après la fin de la guerre, ces anciens enfants-soldats éprouvent encore des difficultés à se réintégrer dans leurs communautés.

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De notre envoyée spéciale à Gulu,

Assis à l’ombre du seul arbre du village de Rwot Obilo, Koumbera compte sur son corps les cicatrices qui lui restent de son passé d’ancien enfant-soldat de la LRA. Enlevé à 10 ans, il a réussi à s’échapper après plusieurs années de captivité. Mais à son retour, il a dû affronter un nouveau combat.

« Mes voisins parlaient de moi, c’était très douloureux parce que ça me ramenait à tout ce que j’avais vécu en captivité. On me donnait des noms, par exemple, on m’appelait le rebelle, ou on m’appelait Joseph Kony, du nom du leader de la LRA. C’est moins le cas aujourd’hui, mais ça me fait toujours beaucoup de peine », se désole Koumbera.

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Fuir la société qui les rejette

À leur retour, beaucoup d’enfants ont été rejetés par leur famille et leur village. C’est le cas de Grace. Kidnappée par la LRA à 8 ans, elle a participé aux pillages perpétrés par les rebelles avant de réussir à s’échapper. Mais impossible pour elle de revenir à sa vie d’avant.

« À chaque fois que j’allais à l’école, ou à un événement du village, on me pointait du doigt, on me traitait d’assassin. C’était très difficile pour moi. Donc j’ai quitté l’école, et mon père a décidé de m’emmener en ville, à Gulu, pour que je puisse commencer une nouvelle vie là où personne ne me connaissait », explique Grace.

Tentative de dialogue

Dans le village, ils sont une cinquantaine à avoir décidé de vivre en groupe pour se protéger des discriminations. C’était la seule solution, selon Simon, qui a passé cinq ans sous l’emprise de la LRA. Aujourd’hui, il essaie, malgré les difficultés, de dialoguer avec les autres communautés.

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« En général, quand j’entends des gens parler de toutes les atrocités commises par des enfants de la LRA, j’essaie de leur faire comprendre que ces crimes ont été commis par des victimes. Mais c’est encore très difficile de discuter ouvertement de ces problèmes », dit Simon.

Si quelques nouveaux habitants les ont désormais rejoints, ailleurs, d’anciens enfants de la LRA vivent encore complètement isolés des autres. D’après les estimations, le groupe rebelle a entraîné comme soldats plus de 30 000 enfants pendant la guerre civile.

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