Reportage Afrique

Conflit du Tigré: au cœur d'une cellule de combattants TDF [2/5]

Audio 02:25
Des membres des TDF font une ronde dans la ville de Hawzen, dans le Tigré, en mai 2021.
Des membres des TDF font une ronde dans la ville de Hawzen, dans le Tigré, en mai 2021. © AP/Ben Curtis

En Éthiopie, le conflit dans le nord du pays dure depuis novembre. Au bout de trois semaines, le pouvoir fédéral avait crié victoire, mais les combats continuent. Des leaders de l’ancien pouvoir du TPLF sont toujours en fuite et son bras armé, les TDF (Tigray Defence Forces), continuent d’affronter les forces fédérales éthiopiennes et érythréennes déployées au Tigré. Pour la première fois, un journaliste a pu rencontrer une cellule de combattants des TDF.

Publicité

De notre envoyé spécial au Tigré,

Les TDF vivent dans des zones reculées du Tigré. Pour les rencontrer, il faut faire des kilomètres dans les campagnes, passer des villages où les habitants servent d’informateurs et avertissent les combattants du moindre danger. 

Cette cellule des TDF vit au milieu des populations. Les combattants sont équipés d’AK47 et de grenades. Face aux forces fédérales, aux soldats érythréens, aux milices Amharas, aux canons et aux tanks, les TDF n’ont l’avantage ni en nombre ni en matériel.

La guerre du Tigré est asymétrique, mais le chef du groupe, le colonel Mabratu estime que les rebelles l’emporteront. « Nous ne faisons que nous défendre. Ce n’est pas une question de moyens. Même s’ils ont des tanks, nous sommes prêts à nous battre à mains nues, parce qu’on défend notre liberté. Nous lançons des assauts de nuit. On tue des soldats, on vole leur matériel, qu’on réutilise contre eux. Nous avons nos propres codes, avec des leaders et un commandement. Pour communiquer, nous passons par notre communauté, car cette guerre est aussi la sienne », explique-t-il.

► À lire aussi : Conflit au Tigré: Adwa, une ville sinistrée ravagée par la guerre

Un soutien d'une partie de la population

Un camion vient décharger de la nourriture donnée par les habitants. Les TDF ont l’appui d’au moins une partie des Tigréens dont certains, comme Halami, ont rejoint le groupe même s’ils n’ont jamais porté d’arme.

« Mon père était diabétique. À cause des pénuries de médicaments, il est mort. Tout cela était préparé. Beaucoup d’exemples prouvent qu’on est dans un nettoyage ethnique. Donc, certains rejoignent la lutte pour simplement rester en vie. Le quotidien ici est dur. J’ai les mêmes sous-vêtements depuis cinq mois. Mais peu importe, je suis prêt à donner ma vie pour sauver mon peuple », soutient Halami.  

Les combattants affirment qu’après les défaites des premiers mois, le groupe se réorganise et s’apprête à lancer la contre-attaque. En tout cas, il continue de recruter, au sein de la population.

« Il faut se battre pour survivre »

Biniam est un fonctionnaire de 37 ans. Il vient de prendre le maquis. « Les soldats tuent n’importe qui. Donc plutôt que de rester chez soi et d’être massacré, il faut se battre pour survivre. Nous sommes prêts à manger uniquement du sable si ça permet de libérer notre peuple »,  dit Biniam. 

Parmi les civils, certains ont une expérience militaire, notamment depuis les guerres éthiopiennes passées. Tega était infirmière. Mais elle a remis son uniforme pour rejoindre la rébellion. « Je suis une ancienne combattante du TPLF. Je suis triste d’avoir laissé mes patients. Mais quand l’ennemi est là pour vous tuer, vous n’avez pas le choix. Je continue de soigner pour que mes frères d’arme ne meurent pas », explique Tega.

Aujourd’hui, les experts estiment que le conflit n’a pas de solution militaire et que seul un dialogue mettra fin à la guerre. Le colonel Mabratu ajoute même que leur chef, Debretsion Gebremichaël serait toujours vivant, et toujours au Tigré.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail