Éthiopie: la région Afar ravagée après trois mois d'occupation

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L'hôpital Target, à Konnaba, a été utilisé comme camp puis détruit par les soldats tigréens du TPLF, le 5 mai 2022.
L'hôpital Target, à Konnaba, a été utilisé comme camp puis détruit par les soldats tigréens du TPLF, le 5 mai 2022. © RFI/Noé Hochet-Bodin

En Éthiopie, alors qu’une trêve humanitaire a été décrétée fin mars, les rebelles tigréens du TPLF continuent d’occuper une partie de la région Afar, proche de Djibouti. Ils ont laissé derrière eux une province en ruine : les bâtiments, les usines, les infrastructures sont détruits. La dévastation de la région rend le retour des plus de 300 000 déplacés presque impossible. Reportage à la frontière du Tigré. RFI est le premier média à s’y être rendu.

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De notre envoyé spécial à Erebti,

Bloc opératoire dévasté, ustensiles détruits, médicaments volés. L’hôpital Target est en ruines. Situé dans la ville de Konnaba et hôpital de référence pour près de 200 000 personnes, il a servi de camp de base aux rebelles tigréens du TPLF jusqu’à fin avril. Ils l’ont vandalisé en quittant les lieux.

Osman Nouru est administrateur de la ville. Il nous parle accoudé à une couveuse, elle aussi fracassée par les occupants. « L’hôpital servait beaucoup de personnes. On ne peut plus rien utiliser maintenant. Ils ont volé les machines. Ce qu’ils n’ont pas pu prendre, ils l’ont détruit volontairement », explique Osman Nouru.

Dévastation totale

De Konnaba, on peut apercevoir les positions du TPLF, à une dizaine de kilomètres. La dévastation est totale. Les véhicules sont détruits ou volés, une usine de sel a été sabotée, et les quelques mines d’or et de sel vandalisées. Pour Osman Khalil, maire de la ville voisine de Berhal, « ici, la destruction est très vaste », montre-t-il. « On ne peut pas évaluer précisément les dégâts. Ça va prendre du temps. Ce n’est uniquement dans cette ville, mais aussi dans tout le secteur qu’il y a eu des destructions. C’est indescriptible. »

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Il se tient debout, au milieu de la banque commerciale de Berhale, entièrement brûlée par les forces tigréennes. « Ils ont fait ça pour nous ramener, nous les Afars, au point zéro du développement. Toutes les maisons ont été détruites. Il n’y a plus d’endroit où dormir, il n’y a rien à manger ni à boire. On n'a aucune raison de demander aux gens de revenir, car il n’y a plus rien à faire ici. »

Erebti, ville fantôme

Dans cette région musulmane, même les mosquées ont fait les frais de l’occupation. À Erbeti, les corans ont été arrachés, les vitres cassées et on peut voir du sang sur le sol. C’est désormais un milicien, Mohammed Dersa, qui se charge de mener la prière, fusil sous le bras. « Je fais l’appel à la prière, car l’imam a fui pour se mettre en sécurité. Je le remplace en attendant qu’il revienne. »

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Erebti est aujourd’hui une ville fantôme. Aucune infrastructure ne tient debout, pas même les circuits d’eau, alors que les températures dépassent quotidiennement les 42 degrés. Idriss Gumhed est maire de la ville. « Ça, c’était le château d’eau pour approvisionner le village et les environs. Le TPLF l’a détruit. Maintenant, nous sommes exposés à la soif. »

Il estime à deux années le temps nécessaire à la reconstruction du nord de la région Afar.

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