Reportage international

L'Église de Suède: les femmes pasteurs plus nombreuses que les hommes

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Eva Brunne est la première évêque au monde ouvertement lesbienne, en charge du diocèse de Stockholm, en Suède.
Eva Brunne est la première évêque au monde ouvertement lesbienne, en charge du diocèse de Stockholm, en Suède. © AFP

La Suède, on le sait, est à la pointe en ce qui concerne l’égalité homme-femme. Mais ce phénomène touche aussi son Église. L’Église luthérienne de Suède, qui fut église d’État jusqu’en 2000, ne fut pas la première héritière de la réforme à donner des responsabilités aux femmes. L’Allemagne et la Suisse ont été parmi les premiers pays à avoir des femmes pasteurs. En Suède, il aura fallu attendre 1960. Mais la Svenska kirkan, c’est comme ça qu’on l’appelle, est allée beaucoup plus loin.

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En 2020, avec 1 533 femmes contre 1 527 hommes, elle est devenue la première grande Église au monde dont le Clergé est majoritairement féminin.

« Bienvenue à l’église de Danderyd, c’est dimanche, et on va célébrer la messe… »

À Danderyd, banlieue chic de Stockholm, la messe du dimanche est un rendez-vous qu’on ne saurait rater. Les paroissiens, assis sur de confortables bancs chauffants, voient s’avancer vers l’autel deux pasteurs : un homme, Peter Sandin... et une femme, Kristina Molander.

Comme un symbole de cette parité enfin atteinte, les deux, ensemble, vont expliquer la Parole, et célébrer la cène. Mais le chemin pour en arriver là n’a pas été sans heurts, comme s’en souvient Berit, une des fidèles de Danderyd :

« Dans les années 50 ? j’étais dans un groupe de jeunesse où tout le monde était absolument contre les femmes. Selon eux, l’apôtre Paul dit que les femmes ne doivent pas prendre la parole dans l’église. Alors je suis partie… Je ne pouvais pas supporter que mes amis soient devenus si stupides. »

Les trois premières pasteurs suédoises sont finalement consacrées en 1960. Mais les hommes réfractaires bénéficient alors d’une clause de conscience qui leur permet de ne pas officier avec des femmes, et les débuts sont très lents. Eva Brunne, première évêque au monde ouvertement lesbienne, en charge du diocèse de Stockholm, fut un témoin privilégié de ces soubresauts.

« Certains n’étaient pas d’accord car ce n’est pas dans la Bible. Il y avait aussi des conservateurs dans leur vison du genre : les hommes ont leur place, et les femmes la leur, dans la maison avec les enfants. La chose la pire que j’ai vécue? c’était quand on distribuait le journal du séminaire aux étudiants. Certains hommes ne voulaient pas le prendre avec leurs mains, comme si c’était sale. »

Aujourd’hui, Les femmes sont largement majoritaires dans les séminaires suédois, La formation même du pasteur en a été changée. Ingrid est une des enseignantes :

« Si le pasteur il y a cinquante ans était un homme, assez grave, et peut-être un représentant de l’État. Maintenant je crois qu’on voit le prêtre plus comme une personne qui est dans l’égalité, plus proche… »

En 1990, un rapport estimait qu’il faudrait encore un siècle pour que les femmes obtiennent la parité au sein de l’Église de Suède. L’objectif a finalement été atteint avec 70 ans d’avance.

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