Reportage international

Covid-19: les soignants philippins durement touchés par la pandémie à travers le monde

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Une fresque en hommage aux personnels soignants philippins, le 22 février 2021 à Manille.
Une fresque en hommage aux personnels soignants philippins, le 22 février 2021 à Manille. © AP/Aaron Favila

Près d’un tiers des infirmiers décédés du Covid-19 aux États-Unis étaient originaires des Philippines. La moitié, au Pays de Galles. En octobre, craignant une pénurie dans les hôpitaux philippins, le président a limité de façon drastique le nombre de soignants autorisés à partir travailler à l’étranger.

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De notre correspondante à Manille,

Le frère de Ding, Faustin, travaillait comme infirmier dans une unité de soins intensifs respiratoires d’un hôpital de Dallas, aux États-Unis. Il a exercé pendant une vingtaine d’années. Il est mort en décembre dernier. Il avait 56 ans.

« Il traitait les cas de Covid-19 les plus graves de l’hôpital dans lequel il travaillait. Il m’avait envoyé des photos sur lesquelles on le voyait habillé d’une double protection. Mais à peine deux semaines avant que le vaccin soit disponible, il a contracté le virus et il est décédé », raconte Ding Velasco. Faustin était d’un grand soutien pour leur famille. « Il envoyait régulièrement de l’argent à notre mère. C’était vraiment un homme bien », ajoute-t-il.

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Des soignants en première ligne

Comme Faustin, de nombreux soignants philippins travaillent à l’étranger. D’après Catherine Ceniza Choy, professeure d’études ethniques à l’université de Berkeley, les pays qui manquent de soignants se tournent vers les Philippines à cause de leur système de santé tiré du modèle américain.

« Les États-Unis ont colonisé les Philippines de 1898 à 1946. Pour justifier cette colonisation, ils ont mis en place une politique d’assimilation bienveillante, dont l’instauration d’une formation médicale calquée sur le modèle américain. Cette formation ajoutée à une maîtrise parfaite de l’anglais a préparé les soignants philippins à aller travailler aux États-Unis et dans d’autres pays », explique-t-elle.

Selon la chercheuse, ils sont particulièrement touchés parce qu’ils se trouvent souvent en première ligne. « Ils se concentrent dans des zones spécifiques des hôpitaux : aux urgences, dans les unités de soins intensifs et au chevet des malades », note Catherine Ceniza Choy.

Un manque d’opportunités aux Philippines déploré

Après leur avoir interdit de quitter le pays, le gouvernement philippin a fixé à 5 000 par an le nombre de soignants autorisés à partir travailler à l’étranger. Une limitation que déplore Reigner Antiquera, président d’une association de jeunes soignants.

« C’est le manque d’opportunités et les conditions de travail difficiles, qui vont parfois jusqu’à l’exploitation, qui poussent les infirmiers philippins à quitter leur pays », dit Reigner Antiquera. Puis d’ajouter : « À cela s’ajoutent aujourd’hui les conséquences de la pandémie. Les soignants ne sont pas assez nombreux et manquent d’équipement médical y compris de protection. Ils sont même parfois victimes de discrimination. »

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Aux Philippines, le salaire moyen d’un infirmier est de moins de 200 euros par mois. Alors malgré le risque encouru face à la pandémie, beaucoup d’entre eux continuent à vouloir partir travailler à l’étranger.

 

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