Reportage international

L'Irak fait face à une deuxième vague de coronavirus

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Personnel hospitalier à l'hôpital Kindi à Bagdad, en Irak, lors de la deuxième vague de la pandémie de coronavirus, en mars 2021.
Personnel hospitalier à l'hôpital Kindi à Bagdad, en Irak, lors de la deuxième vague de la pandémie de coronavirus, en mars 2021. © RFI/Lucile Wasserman

Autour de 5 000 cas sont enregistrés chaque jour par le ministère de la Santé – même si ces chiffres pourraient bien être sous évalués, en raison du faible nombre de tests réalisés dans le pays. Face à cette nouvelle vague, les hôpitaux sont submergés. Le défi est énorme dans ce pays qui fait face à des pénuries de médicaments, de médecins et de structures depuis des décennies, et qui n’a reçu que 50 000 doses de vaccins à ce jour. Reportage dans l'une des unités de soins intensifs à Bagdad, gérée par Médecins sans frontières.

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Nouvelle urgence dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Kindi. Sur un brancard, entourée d'une dizaine de médecins, une Irakienne d'une soixantaine d'années arrive dans un état grave. Le transfert vers son lit d'hôpital doit être rapide et précis. Masque à oxygène, injection de médicaments par intraveineuse, prise de tension, etc. Il n'y a pas de temps à perdre car cette malade est à bout de souffle.

L'unité est gérée par Médecins sans frontières (MSF). Les soignants sont Irakiens ou étrangers. Maxime Pirard, un Belge, est le responsable des soins infirmiers. Il commente l'état de la nouvelle arrivante. « C'est une patiente qui est arrivée aux urgences avec des symptômes depuis plusieurs jours. Elle arrive dans un état critique, comme on voit souvent les patients arriver ici. Ils arrivent avec des besoins en oxygène qui sont déjà assez importants », nous dit-il.

Il y a 51 lits dans ce service qui prend en charge les formes les plus graves du coronavirus à Bagdad. La nouvelle arrivante occupe le dernier lit disponible. « Ça fait 4 ou 5 jours en continu que nos soins intensifs sont complets, donc à chaque fois qu'un patient décède ou est renvoyé à la maison, il y a un autre patient qui arrive dans l'heure », affirme Maxime Picard.

Après une heure de combat, cette Irakienne ne fait malheureusement pas partie des cas heureux et rend son dernier souffle à 11h30 du matin. En Irak, beaucoup de malades arrivent trop tard à l'hôpital. Ils n'ont aucune confiance en leur système de santé et préfèrent rester chez eux, quitte à atteindre des formes sévères. « Le système de santé irakien est vraiment précaire. Ma mère était dans un autre hôpital avant et elle a développé une insuffisance rénale. Ils n'avaient même pas la machine pour soigner ça », nous confie Bashar Jafar, le fils d'une patiente.

Géré par MSF, ce service est loin des standards irakiens. Ici, les machines sont disponibles et la synergie opère entre les équipes. Reste quelques particularités, non négociables en Irak : les familles peuvent rester aux côtés de leurs proches. Souvent sans protection, au mépris des risques, comme en témoigne cette femme. « Non non, je n'ai pas peur ! Je suis restée ici les deux derniers jours et les deux dernières nuits. Mes filles arrivent pour prendre le relais. » Sana al Rubaie a 66 ans, elle est restée aux côtés de son mari souffrant qui a fini par être emporté par la maladie.

Depuis plusieurs semaines, le nombre de morts monte en flèche en Irak. Et pourtant à l'extérieur de l'hôpital, toutes les mesures pour freiner l'épidémie ont récemment été allégées.

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