Reportage international

Législatives en Arménie: journée de réflexion après une campagne houleuse

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Le Premier ministre arménien Nikol Pashinian lors de son dernier meeting avant le scrutin, à Erevan, le 17 juin 2021.
Le Premier ministre arménien Nikol Pashinian lors de son dernier meeting avant le scrutin, à Erevan, le 17 juin 2021. via REUTERS - Vahram Baghdasaryan/Photolure

Sept mois après la défaite contre l’Azerbaïdjan dans la guerre du Haut-Karabakh, les Arméniens sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections législatives anticipées. La campagne s’est déroulée dans un climat de tension, avec une surenchère d’invectives de la part des principaux candidats.  

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De notre envoyée spéciale à Erevan,

Des amis sirotent un café frappé sur une terrasse. Des groupes de lycéens en chemise blanche célèbrent la fin des cours. Il règne comme une ambiance de fête dans les rues d'Erevan. Pourtant, la guerre et ses conséquences sont encore dans les têtes. La société est divisée, constate Hayk Martyrossian, venu des États-Unis faire campagne pour un parti pro-occidental. « Il ne faut pas juger par la présence des gens dans les cafés, les restaurants, etc. L’ambiance est en dépression totale, pas d’espoir... », observe-t-il.

Dans la capitale arménienne, les photos des candidats sont partout. Et pour cause : 25 partis ou alliances de partis prennent part à l’élection. « Il y en a trop pour un pays aussi petit. Deux partis, cela aurait été largement suffisant. C’est un cirque ! », déplore Maria Drakhanian, enseignante.

« Arménie juste », « Liberté », « République » ou « mouvement 5165 » en référence à la hauteur du mont Ararat, les électeurs ont le choix. L’organisation Transparency International qui déploie des observateurs pour ce scrutin a entrepris un recensement de tous ces partis, mais s’est heurtée à des obstacles, comme le raconte Sona Ayvazyan, la directrice de la branche arménienne de l’organisation : « Plusieurs d’entre eux n’ont pas de page Facebook ou pas de site web, ou pas même d’adresse publique connue pour que l’on puisse leur rendre visite. Ces partis ne sont pas de vrais partis, ce sont là pour faire du sabotage. En ce moment nous avons beaucoup de partis qui font de la propagande pro-russe »

Une campagne polluée par la manipulation et le mensonge

Propagande, mais aussi manipulations et mensonges ont aussi inondé la campagne. Des centaines de faux comptes ont été créés sur les réseaux sociaux. C’est ce qu’a constaté l’équipe de fact-checking de l’ONG Union des citoyens informés.

« Le plus souvent, ces comptes sont liés aux anciens présidents Robert Kotcharian et Serge Sarkissian. Leur but est de discréditer la démocratie et la lutte contre la corruption, explique Daniel Iohannisyan, le directeur de l'ONG. Ils envoient le message suivant : pendant 30 ans, nous avons eu de la corruption, mais nous avions le Haut-Karabakh. En 2018, on a commencé à lutter contre la corruption et on a perdu le Karabakh. Ça n’est étayé par aucun fait. C’est pire que du populisme. Mais c’est dangereux pour la société arménienne. C’est dangereux quand la société pense qu’elle peut avoir des problèmes à cause de la lutte contre la corruption ou à cause de la démocratie ».

L’ancien président Robert Kotcharian, dont la figure reste associée aux schémas de corruption de l’ancien régime, figure parmi les concurrents les plus sérieux au Premier ministre sortant, Nikol Pachinian en baisse de popularité. Pendant la campagne, Robert Kotcharian a déclaré qu’il prévoyait de « mettre en place des contrôles stricts » sur le travail des organisations financées par des donateurs étrangers.

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