Reportage international

Hongrie, football sous influence

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En Hongrie, le football a, en plus de sa dimension sportive, une dimension politique.
En Hongrie, le football a, en plus de sa dimension sportive, une dimension politique. © AP/Laszlo Balogh

À vingt-quatre heures de la fin de la phase de groupes de l’Euro de football, la Hongrie est encore en course pour les huitièmes de finale après son match nul samedi 19 juin contre les Bleus. Les Hongrois tout proches de passer la phase de groupe, comme en 2016, de quoi susciter de la fierté dans un pays où le football est devenu un enjeu politique pour le Premier ministre Viktor Orban.

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De notre envoyé spécial à Budapest,

Alors que sous 35 degrés, les supporters hongrois n’avaient cessé de chanter samedi pour soutenir leur équipe dans son exploit face aux Français, l’occasion était trop belle de réveiller les souvenirs du Onze d’Or des années 1950. L’équipe mythique de Sandor Kocsis et Ferenc Puksas championne olympique en 1952 et vice-championne du monde deux ans plus tard.

Une mémoire devenue très politique depuis l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir, selon Christophe Szabo, journaliste spécialiste du football hongrois. « Il existe toute une narration de la part du pouvoir politique, explique-t-il. Le pouvoir essaye de construire sur cette nostalgie des années 1950 en disant que tout est fait pour recréer l’atmosphère des grands temps de l’équipe magyare ».

La figure de Ferenc Puskas

Un souvenir entretenu notamment à Kispest, quartier sud-est de Budapest. Ici vit Dezső Fenyvesi et en 1952, alors tout jeune, il se rendait au Stade des Héros de Budapest, applaudir le Onze d’Or. Aujourd’hui, il dirige la Fondation Ferenc Puskas qui décerne chaque année des prix à de jeunes footballeurs. « Puskas, c’était un gamin de Kispest. Son frère vit encore ici », explique Dezső Fenyvesi qui a très bien connu le mythique attaquant hongrois, mort en 2006.« C’était quelqu’un de très simple et le Onze d’Or est un exemple très positif qui peut aider la jeunesse et pas seulement dans le sport. Dans l’avenir grâce à l’exemple de Puskas on pourra développer plus de talent dans le foot hongrois ».

Et pour trouver cette relève, Viktor Orban, le Premier ministre, s’est lancé en 2010 dans la construction d’une vingtaine de nouvelles enceintes partout dans le pays. À Flescùt, sa ville natale, l’Académie Puskas doit former les futurs cracks de la sélection. Orban dont la mainmise sur le football est devenue tentaculaire, explique Basile Blin, spécialiste de la Hongrie sur le site Footballski : « Cette emprise elle est énorme. Sur les douze clubs de l’OTP Bank Liga (la première division hongroise, NDLR), dix sont tenus par des proches d’Orban, politiciens ou hommes d’affaires hongrois. Au moment du retour d’Orban au pouvoir, ils se sont vraiment construit un empire et ont racheté les clubs, en soutenant le Fidesz et donc avec le soutien d’Orban. »

Le Premier ministre hongrois à travers l’État chapeaute les investissements de l’État, directs ou non. Selon Christophe Szabo, « la télévision d’État paye 11 millions d’euros par an pour un championnat très peu suivi, même en Hongrie. Il y a des sponsors privés, mais les plus gros partenaires du foot, ce sont des entreprises publiques, géant gazier ou société de paris. Ils versent des sommes considérables. » Des partenariats qui comme les constructions ou rénovations de stades sont régulièrement dénoncés par les associations anti-corruption. Des soupçons qui en Hongrie se perdent dans les chants des supporters notamment de la Brigade des Carpates aux idées proches de l’extrême droite.

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