Reportage international

New York, bientôt l’Amsterdam de la côte est américaine?

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Une personne roule un «joint» lors de la NYC Cannabis Parade & Rally en faveur de la légalisation de la marijuana à des fins récréatives et médicales, le 1er mai 2021 à New York.
Une personne roule un «joint» lors de la NYC Cannabis Parade & Rally en faveur de la légalisation de la marijuana à des fins récréatives et médicales, le 1er mai 2021 à New York. © AFP - ANGELA WEISS

Et si New York devenait l’Amsterdam de la côte est américaine ? Le cannabis y est désormais légal. Il faudra attendre au moins un an et demi avant de voir des commerces ouvrir. Un business qui pourrait rapporter 350 millions de dollars en recettes fiscales annuelles à l'État. Mais cette légalisation ouvre la voie à une nouvelle industrie, elle vise aussi à mettre fin à certaines discriminations. 

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À Washington Square Park, à quelques mètres des musiciens de rue, ils sont désormais installés à la vue de tous. « Ils », ce sont les fumeurs de cannabis comme Kwan et Banes. « C’est trop bien parce qu’en plus, on est tous les deux dealers aussi et là, on n’a plus à avoir peur des policiers. On peut vendre en paix »,expliquent-ils.

En mars dernier, New York est devenu le 15e État à légaliser le cannabis à usage récréatif. Les adultes peuvent acheter, consommer et même faire pousser des petites quantités de marijuana. Techniquement, les licences pour la vente ne seront attribuées que l’année prochaine, mais Kwan sait qu’il peut déjà souffler un peu. Pour lui, comme pour d’autres, cette légalisation est une opportunité. « Je pense que les Noirs devraient se lancer parce qu’on a tellement été criminalisés pour la consommation de cannabis. Donc, mettons de l’argent de côté, prenons une licence et ouvrons des magasins. On fera de grandes choses ! »

Permettre aux communautés les plus affectées par la guerre contre le cannabis de bénéficier de ce nouveau marché, c’est justement l’un des volets les plus importants de la nouvelle loi. « Les recherches montrent bien que le cannabis est consommé de façon égale par toutes les communautés. Pourtant, dans l’État de New York, les arrestations pour les délits liés au cannabis visaient en grande majorité les noirs et les latinos. » indique-t-il. En 2019, 95% des arrestations liées au cannabis visaient des Noirs et des Latinos. 

Eli Northrup fait partie d’un groupe d’avocats installés dans le Bronx, qui a milité pour que le volet justice sociale soit inscrit dans la loi. « La loi dit que nous n’avons pas seulement besoin de légaliser, dire "ok la marijuana est légale aujourd’hui", mais aussi "dire nous avons besoin de réparer le mal qui a été fait". Une grande partie du texte prévoit que si vous avez une condamnation liée au cannabis, au lieu que ce soit un handicap pour obtenir une licence, c’est un plus ! », avance-t-il.

La nouvelle loi prévoit ainsi l’annulation, de façon rétroactive, de toutes les condamnations liées au cannabis. La moitié des licences pour la vente sera notamment réservée aux communautés les plus discriminées. 40% des revenus fiscaux seront réinvestis dans ces quartiers. Pour Melissa Moore, de la Drug Policy Alliance, c’est une victoire importante, même s’il reste beaucoup à faire : « Le fait que des gens n’ont pas pu faire des études, ou avoir accès à des logements ou des emplois stables durant tellement d’années à cause de condamnations, cela a créé un vrai fossé et de vrais problèmes dans de nombreuses communautés à New York. Ce ne sera pas réglé du jour au lendemain. Mais ça met l’accent sur ces problèmes surtout qu’on se remet aussi tout juste du Covid. »

Les communautés noires et latinos font effectivement partie des plus touchées par la crise du coronavirus. La légalisation du cannabis devrait permettre la création de dizaines de milliers d’emplois. 

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