Les habitants du nord du Liban tombés dans l'oubli et la privation

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Un homme regarde le site où des réservoirs de carburant ont explosé dans le village de Talil, dans le nord du Liban, tuant plus de 30 personnes et brûlant près de 80 autres, le 16 août 2021. (Image d'illustration)
Un homme regarde le site où des réservoirs de carburant ont explosé dans le village de Talil, dans le nord du Liban, tuant plus de 30 personnes et brûlant près de 80 autres, le 16 août 2021. (Image d'illustration) dpa/picture alliance via Getty I - picture alliance

Au Liban, les pénuries s’aggravent depuis trois mois. Dans les régions périphériques, comme le Nord, frontalier de la Syrie, les privations sont particulièrement aigües : à cause d’incidents, les camions-citernes y limitent leur entrée. Le Nord a toujours été délaissé par l’État et le sentiment de marginalisation s’aggrave.

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De notre correspondante à Beyrouth,

Arida est une petite bourgade à la frontière avec la Syrie avec ses maisons d’agriculteurs et ses barques de pêcheurs. Ici, les habitants se sont toujours sentis négligés par l’État libanais. En ces temps de crise, leur isolement est renforcé.

« Tout est à l’arrêt, dit Ammar, un jeune du village. J’ai une petite épicerie, fermée depuis environ un mois. Il n’y a pas de travail, pas d’électricité. Ce matin, j’étais à la frontière : j’aide les voyageurs venant de Syrie. Plein de jeunes et d’enfants d’Arida sont là-bas. Ils cherchent qui veut de l’aide, une bouteille d’eau en échange d’un billet. Beaucoup de jeunes travaillaient à Beyrouth, moi y compris, mais avec la crise, il n’y a rien pour nous là-bas. »

Au poste-frontière, c’est en effet l’effervescence. Elle contraste avec l’arrêt total, lors de notre visite, à un autre passage frontalier, celui d’Aboudiyeh. Des camionneurs syriens y sont bloqués. C'est l’effet de la paralysie qui s’installe. « Ça fait cinq jours qu’on est là, la frontière est fermée, indique Maamoun, originaire de Hama. On ne sait pas quel est le problème, les agents disent que le système informatique ne fonctionne pas. Le poste-frontière d’Arida est ouvert, mais je dois sortir par le même point par lequel je suis entré au Liban. La situation au Liban est très difficile, on n’est pas tranquilles. »

D'après les habitants, à Arida, des jours entiers passent sans électricité ni téléphone. Pour recharger le sien, Ammar le dépose au bureau du poste-frontière. Internet est accessible par intermittence. À cause du manque d’essence, les déplacements sont réduits. « Il y a un bout de temps, jusqu’à il y a encore un mois, des gens amenaient un peu d’essence, raconte Ammar. Mais ça s’est arrêté quand la crise s’est aggravée, que les prix ont augmenté et qu’il y a eu toute l’anarchie autour de l’essence au marché noir. Désormais, franchement, si quelqu’un amène un peu de carburant, c’est pour faire fonctionner les barques de pêcheurs et pour l’agriculture. »

Le marché noir dont il est question est pourtant bien visible dans d’autres localités. À l’entrée de la ville de Halba, par exemple, des galons de plastique remplis d’essence ou de mazout sont posés au bord de la route, au vu et au su de tous. « Les clients sont soit des gens qui ne peuvent pas sortir de la région, car leur voiture n’est pas en règle, soit des paysans pour les tracteurs ou l’agriculture, explique Georges, un vendeur. L’État ne subventionne pas correctement l’essence. S’il le faisait, il y aurait du carburant aux stations. C’est l’État le problème. Pourquoi n’envoie-t-il pas des forces de sécurité pour encadrer les distributions d’essence aux stations ? »

Cet homme préfère accuser l’État plutôt que de reconnaître que le marché noir aggrave les pénuries. Les ventes au bord de la route ne sont qu’une partie de ce marché : des acteurs plus puissants stockent des carburants, par spéculation.

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