Inde: le fleuve Brahmapoutre devient incontrôlable sous l’effet du climat

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La crue géante du Brahmapoutre en Inde en septembre 2021.
La crue géante du Brahmapoutre en Inde en septembre 2021. © RFI / Côme Bastin

Chaque année, les habitants de la vallée font face à des crues monstres qui dévastent villages et récoltes. Un phénomène amplifié par la bétonisation de l’Himalaya et qui menace désormais des millions de paysans. Reportage dans l’État indien de l’Assam.

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De notre envoyé spécial dans l'État de l'Assam,

Après une heure de route depuis la capitale Guwahati, on croise des abris de fortune sur le bas côté d’une voie express surélevée. À 33 ans, Anjuma Begum survit là, avec son mari et ses trois enfants, depuis deux semaines. 

« Nous avons été surpris par la montée soudaine des eaux qui a englouti notre village. Nous sommes une centaine de familles à vivre ici comme des rats ! Pas d’électricité, pas de toilettes, pas d’eau potable. Mon bébé a attrapé la fièvre à cause des moustiques et j’ai peur qu’il se noie, donc je l’ai attaché aux meubles. » 

Comme quelque 600 000 habitants, Anjuma et sa famille sont victimes des inondations monstres qui frappent cet État après une semaine de pluies intenses. En ce début du mois de septembre, quelque 1 200 villages seraient sous l'eau du Brahmapoutre.

« Durant le confinement, nous n’avons pas pu travailler. Maintenant, c’est notre récolte de riz qui est en danger. Nos vaches et chèvres ont été emportées par les flots. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir. »

Probin Pegu, 26 ans, nous fait monter dans une barque pour aller voir ses champs engloutis. « Regardez cette eau à perte de vue, lance-t-il. Tout est fichu cette année. On plante toujours vers la fin août, parce que les grandes crues sont normalement finies. Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Cette situation est devenue la norme dans le bassin du Brahmapoutre, explique Dadu Dutta, coordinateur pour l’ONG NEADS :

Le problème, ce ne sont pas tant les inondations que le fait qu’elles sont désormais irrégulières et soudaines. C’est directement lié au changement climatique. Un autre problème majeur est l'érosion des sols. Des terres cultivables sont grignotées lors de chaque inondation. La rive que vous pouvez voir ici a reculé d’une dizaine de mètres depuis 2020.

Expert en conflits transfrontaliers, Mirza Zulfiqur Rahman juge que c’est aussi le trop-plein d’interventions humaines sur le fleuve qui explique le désastre.

Pour protéger les grandes villes, les raffineries et les plantations de thé, on a construit des digues dans l’urgence. Aujourd’hui, cela exacerbe les inondations. Par ailleurs, la Chine revendique la souveraineté de l’État d’Arunachal Pradesh. L’Inde veut y marquer son territoire avec des infrastructures géantes comme les barrages. Cette course industrielle entre l’Inde et la Chine est en train de détruire le cycle hydrologique et écologique de la région.

En plus du changement climatique, le grand fleuve paie les frais de cette rivalité géopolitique et d’une approche trop technicienne de l’écologie de la région. Les habitants de l’Assam en sont les victimes impuissantes.

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