À la Une: faux départ pour le procès du dossier Sankara

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À peine ouvert lundi 11 octobre 2021, le procès de l'assassinat en 1987 du père de la révolution burkinabè, Thomas Sankara, alors président du Burkina Faso, a été renvoyé au 25 octobre pour permettre aux avocats de la défense de consulter davantage le dossier.
À peine ouvert lundi 11 octobre 2021, le procès de l'assassinat en 1987 du père de la révolution burkinabè, Thomas Sankara, alors président du Burkina Faso, a été renvoyé au 25 octobre pour permettre aux avocats de la défense de consulter davantage le dossier. AFP - OLYMPIA DE MAISMONT
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9 h 10, hier : ouverture des débats… 15 h 33 : suspension d’audience…

Le procès reprendra le 25 octobre, à la demande de certains avocats de la défense, commis d’office, qui voulaient plus de temps pour mieux prendre connaissance du dossier.

Trente quatre ans après les faits, on n’est pas à 15 jours près… En tout cas, les débats ont été « houleux » hier matin, note le site d’information burkinabé WakatSéra : « Le tribunal a été 'constitué avec un peu de difficulté', a reconnu son président, Urbain Méda. »

Du mal à trouver des juges accesseurs…

En effet, précise Le Faso, « il a fallu désigner les juges accesseurs et leurs suppléants, soit trois titulaires et trois suppléants. Cette tâche a pris beaucoup de temps. Malgré le choix porté sur leur personne, certains ont décliné 'l’offre' pour des raisons de santé ou d’affinité avec certains accusés et les fonctions qu’ils occupent actuellement. Il a fallu deux suspensions d’audience pour arriver à constituer l’équipe des juges accesseurs (cinq hommes et une femme). »

Et puis « à la reprise de la troisième suspension d’audience, poursuit Le Faso, la défense a donc émis une requête de renvoi afin de mieux préparer ses dossiers. Quant à la partie civile, elle a souhaité un enregistrement de ce procès qu’elle juge historique pour le Pays des hommes intègres. »

Pas d’enregistrement vidéo du procès

« Oui » à la première requête, le procès reprendra donc le 25. « Non » à la seconde : le procès ne sera pas filmé.

Déception des parties civiles, note le site Burkina 24 :

« Nous avions espéré que, pour des questions mémorielles et pour l’histoire, l’enregistrement soit fait. Ça nous paraissait de plein droit d’enregistrer mais le tribunal en a décidé autrement, nous en prenons acte », a commenté l’un des avocats de la partie civile. « Le débat a été long et houleux, rapporte Burkina 24. La défense a réfuté catégoriquement cette requête, jugée 'non conforme à la loi. (…). Le tribunal n’a pas pour vocation de constituer les archives de l’histoire. Il est là pour rendre la justice'. »

L’ombre de Compaoré

En tout cas, grand absent de ce procès : Blaise Compaoré… Dommage, soupire Le Pays : « si 34 ans d’attente n’ont pas réussi à émousser la patience et l’intérêt des Burkinabè pour ce procès tant attendu, l’absence de Blaise Compaoré apparaît comme une occasion manquée pour le président déchu, de s’expliquer devant son peuple. Ne serait-ce que pour donner sa part de vérité dans cette affaire qui cristallise encore les passions, au moment où la question de la réconciliation nationale se pose comme un défi au peuple burkinabè. (…) Le risque est grand pour Blaise Compaoré, en cas de condamnation, poursuit Le Pays, de se voir rejeter davantage dans les poubelles de l’histoire pour une absence qui, aux yeux de certains, est synonyme d’aveu. C’est dire qu’en brillant par son absence, Blaise Compaoré ne rend pas service à l’histoire, ne se rend pas service et ne rend pas service à la réconciliation nationale. » 

Diendéré va-t-il « se lâcher » ?

Du coup, pointe, le quotidien Aujourd’hui, « présence remarquée (dans le box des accusés) du général Gilbert Diendéré, 'l’accusé VIP' de ce procès, dixit Laetare Basile Guissou, ex-ministre des Affaires étrangères de Sankara. Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando absents, sur les 12 physiquement présents dans le box des accusés, 'Golf ' surnom de Diendéré, paraît (en effet) le seul à pouvoir donner certaines informations sur la tragédie du Conseil de l’Entente de ce jeudi 15 octobre 1987. Encore faudrait-il qu’il accepte de se lâcher. Hier en tout cas à l’ouverture, c’est un Gilbert Diendéré apparemment détendu, un peu souriant, qui était là avec les autres co-accusés. »

Harmoniser justice et réconciliation

Alors, conclut Aujourd’hui, « voilà le Burkina sur le chemin de la vérité intimement liée à la justice. Voilà le Burkina qui emprunte la route qui devrait le conduire au calme des cœurs (…). Rien ne présage de ce que seront les verdicts, mais nombreux sont ceux qui se demandent quelle sera la pirouette pour harmoniser justice et réconciliation, surtout s’il y a condamnation à des peines lourdes. La grâce présidentielle ? Une loi amnistiante ? Et quelle sera la réaction des familles des victimes ? Alors, procès souhaité (…) certes, mais pour la réconciliation, beaucoup de choses restent nébuleuses, chacun le sait. »

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