Revue de presse française

À la Une: Emmanuel Macron a-t-il été espionné?

Audio 03:49
Le numéro de téléphone du président français Emmanuel Macron figurerait dans la liste des 50 000 numéros visés par le logiciel espion Pegasus.
Le numéro de téléphone du président français Emmanuel Macron figurerait dans la liste des 50 000 numéros visés par le logiciel espion Pegasus. © Ludovic MARIN POOL/AFP

 

Publicité

La peur des grandes oreilles est partout dans les kiosques ce matin. « Macron, dans la ligne de mire du Maroc », titre Libération. « Un téléphone de Macron dans le viseur du Maroc », précise la Une de L’Humanité. Tous les journaux reprennent évidemment les nouvelles révélations du Monde et du consortium international de médias qui ont enquêté sur le logiciel Pegasus. Le Parisien Aujourd'hui en France y consacre également sa Une, montrant Emmanuel Macron un téléphone à l’oreille, un autre dans la main. Mais naturellement, la légende ne dit pas s’il s’agit d’un des téléphones qui a été potentiellement espionné.

Le président et son gouvernement visés

Le Parisien nous explique que « le président et l’ensemble de son gouvernement de 2019 auraient été visés par le logiciel israélien Pegasus. Le commanditaire serait le Maroc ». « La démocratie attaquée », déplore l’édito du Parisien. Il n’y a aucun moyen pour les médias de savoir si le téléphone présidentiel a bel et bien été infecté par Pegasus – un ancien haut responsable du renseignement français dit d'ailleurs au Parisien qu’il sera « très difficile d'avoir des preuves » –, mais le numéro d’Emmanuel Macron est bien « un numéro de plus dans une liste qui en compte 50 000 », confirme Libération. Le quotidien souligne que, de toute façon, ces technologies de surveillance sont elles-mêmes « trop peu surveillées » et que « depuis des années, des ONG réclament un contrôle plus strict ».

Certains proches du roi marocain concernés

Les Français ne sont pas les seuls concernés. Le Maroc serait ici le commanditaire, or, les révélations du Monde nous apprennent que ce cyberespionnage « s’étend jusqu'à la famille et à l’entourage du roi Mohammed VI ». « Les numéros de plusieurs personnes clés de l’entourage royal ont en effet été entrés dans l’outil, excluant la possibilité qu’il s’agisse d’incidents isolés », développe Le Monde. Hicham Alaoui, cousin du roi en personne, prince déchu et critique régulier du régime marocain, visé lui aussi par Pegasus, témoigne auprès du Monde. Pour lui, l'espionnage côté marocain relèverait « de phénomènes de cour » et serait une conséquence des pleins pouvoirs accordés à la DGST marocaine, la Direction générale de la surveillance du territoire.

Inquiétude réelle à l'Élysée

En tout cas, l'affaire suscite désormais une inquiétude réelle à l'Élysée. D'autant qu'Emmanuel Macron est « un président accro à ses portables », souligne Le Parisien, et les inquiétudes dépassent largement le cas du Maroc. « Peur sur la présidentielle », souligne le quotidien, « l'hypothèse d'un espionnage du téléphone d'Emmanuel Macron conforte les craintes des États-majors sur la possible manipulation dans la campagne présidentielle de 2022 ».

Encore plus quand, à l'Élysée, « personne n'a oublié les Macron Leaks » : quelques heures avant le scrutin de 2017, « s'étaient répandus sur la toile des notes internes de la campagne d'Emmanuel Macron, des factures, des éléments de comptabilité et des photos... ». Un piratage qui avait pour origine « des hackeurs liés au renseignement russe », nous rappelle Le Parisien. Le journal rappelle par la même occasion que les trois précédents locataires du palais de l'Élysée, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient déjà été écoutés, cette fois par le renseignement américain.

L'inquiétude de l'Union

L'inquiétude de l'Union européenne se lit également dans la presse ce matin. « Justice, médias, corruption : Bruxelles tance la Pologne et la Hongrie », affiche Le Figaro. La Hongrie, justement où Viktor Orbán « est accusé de traquer des citoyens » grâce à Pegasus. « Une dictature [qui pousse] à l'intérieur de l'Union, telle une tumeur », écrit Le Figaro en reprenant les mots de l'eurodéputé belge Guy Verhofstadt.

Inquiétude, car dans son rapport annuel sur l'État de droit dans l'UE, la Commission européenne a justement pointé hier Budapest et Varsovie, s'inquiétant de « dérives systémiques » et de « tendances népotiques », observe Le Figaro. Et « au-delà des valeurs dont l'UE se réclame, l'objectif est aussi de garantir un bon usage des fonds européens », nous dit-on. L'argent, c'est donc toujours là que le bât blesse finalement.

L'Europe et son « inhumanité »

La Croix nous interpelle une fois de plus sur le sort des migrants. « Au moins 1 146 personnes ont péri » en Méditerranée au cours du premier semestre. C’est bien plus que par rapport aux années précédentes constate le quotidien catholique et « ce drame, pour une large part, tient au fait que l'Europe a restreint les possibilités de sauvetage en mer », déplore-t-il. Alors, La Croix nous interroge à juste titre : « Peut-on accepter une telle inhumanité aux portes du continent qui se conçoit comme une référence dans le domaine des droits de l'homme ? »

Mais qu'on se rassure, le principal est sauf. La Une du Figaro nous apprend pour sa part que le tourisme « repart » en Europe. « En ordre dispersé », mais il repart tout de même. Youpi !

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail