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Reportage international

Le foot féminin haïtien prend la défense du président de la fédération, accusé de viols

Audio 02:36
Melchie Daelle Dumornay, de l'équipe de football féminine haitienne est confinée au centre sportif de Croix-des-Bouquets, le 12 mai 2020.
Melchie Daelle Dumornay, de l'équipe de football féminine haitienne est confinée au centre sportif de Croix-des-Bouquets, le 12 mai 2020. PIERRE MICHEL JEAN / AFP

A l’arrêt en raison de la pandémie, le monde du foot haïtien est tout de même en ébullition car, selon des allégations publiées fin avril dans le Guardian, Yves-Jean Bart, le président de la fédération aurait ces dernières années, commis des viols sur des joueuses mineures. Au centre d’entraînement national, les jeunes athlètes défendent autant le dirigeant que leur réputation.

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Depuis deux mois, à cause de l’épidémie de Covid-19, tous les joueurs des sélections nationales sont confinés avec entraîneurs et cadres de la fédération au centre situé à la Croix-des-Bouquets, en périphérie de la capitale. Sans surprise, l’enquête du Guardian y a été largement discutée. Star de la sélection nationale, Melchie Daelle Dumornay, surnommé Corventina, a attiré l’attention car une vidéo d’Yves Jean Bart et elle, assis sur un canapé, a refait surface, sans raison selon l’adolescente de 16 ans.

« Ils ont prétexté que j’avais une relation avec le président en utilisant une vidéo où on célébrait ma réussite à un stage à l’étranger. Ça m’a vraiment choquée parce que je suis une victime de cette attaque, explique la jeune femme. On a été déçues et on a eu honte parce qu’ils nous ont manqué de respect alors qu’on travaille pour représenter valablement et dignement le pays. Je pense que ça nous a fait vraiment mal. »

Les joueuses nient toute forme de crimes sexuels

Les jeunes joueuses ont même organisé une manifestation à l’intérieur du centre pour défendre leur image, comme le précise Mélissa Shelsie Dacuis, 20 ans. « Notre concept n’était pas de défendre le président ou quelqu’un d’autre. L’idée était de nous défendre nous. On se lève tôt, on s’entraîne dur pour montrer une autre image du pays et une autre image de nous-mêmes car le sport nous aide. »

Même si l’enquête du Guardian ciblait le président Jean Bart et non pas tout le foot haïtien ou bien Haïti, les joueuses tiennent à se défendre.
« Ils ont dit " Le président a fait ceci "  mais il l’a fait sur qui ? Sur nous ! Donc, on a jugé qu’il était important de dire non. Tout ce que vous dites : non non non, ça ne nous est pas arrivé ! », insiste Mélissa Shelsie Dacuis.

Toutes les jeunes femmes rencontrées tiennent à affirmer n’avoir rien à voir avec les présumés crimes sexuels. Témoignant de cette « culture du viol » selon laquelle des victimes seraient en partie responsables de ce qui leur arrive, la gardienne Kerly Théus déplore les commentaires auxquels elle fait aujourd’hui face. « Avant quand on postait une photo ou une vidéo de nous, les gens étaient fiers. Ils commentaient en disant "Elle c'est ma joueuse préférée, ma gardienne à moi". Mais aujourd'hui, à cause de ce qui est sorti, dès qu'on publie une photo, ils disent "voilà la femme du président". Demain, à un entretien d’embauche, ils pourraient ne pas nous recevoir ou bien ils nous demanderaient de coucher avec eux et si on refuse on pourrait s'entendre dire "Ah, tu ne veux pas le faire aujourd'hui mais pourtant, avant, tu le faisais". C'est dans ce sens que ça pourrait nous porter préjudice », déplore-t-elle.

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