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Reportage international

L'exploitation des domestiques éthiopiennes au Liban

Audio 02:28
Des dizaines de domestiques éthiopiennes sont rassemblées devant le consulat éthiopien,  à Hazmieh, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 4 juin 2020.
Des dizaines de domestiques éthiopiennes sont rassemblées devant le consulat éthiopien, à Hazmieh, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 4 juin 2020. AP Photo/Hassan Ammar
Par : Laure Stephan

Au Liban, une violente crise économique et financière frappe de plein fouet la société. Et les migrantes qui travaillent comme domestiques dans les maisons ne sont pas épargnées, elles sont près de 250 000, dont une majorité d’Éthiopiennes. Depuis des années, leur sort est dénoncé par des associations : exploitation, non-versement de salaires, voire violences… À ces abus s’ajoutent aujourd’hui la crise : certaines employées sont abandonnées dans la rue par des familles qui ne peuvent plus les payer. D’autres ont perdu leur travail. Beaucoup rêvent d’un retour au pays.

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Mar Elias, camp palestinien aux portes de Beyrouth, c’est dans ce lieu où les loyers sont moins chers que Zeina, jeune Éthiopienne, partage un logement avec des compatriotes. Agée de 26 ans, elle est venue au Liban sous contrat, vivant au domicile de ses employeurs. Mais elle a perdu son travail il y a huit mois : « Mes employeurs m’ont dit, "on n’a plus d’argent". Ça s’est passé avant la crise du coronavirus, je gagnais 150 dollars par mois… Ils m’ont dit, vois avec ton ambassade si tu veux pour qu’ils te fassent voyager. Je les ai quittés. Qu’est-ce que je peux faire ? Il n’y a pas de possibilité de travail dans une autre maison. Il n’y a plus de dollars. »

Zeina passe depuis ses journées à attendre. La pénurie de dollars, la perte de valeur de la monnaie locale, l’inflation… Tout ce qui paralyse la vie des Libanais affecte réfugiés et migrants, les plus vulnérables dans le pays. À l’étage d’en-dessous, vit Marta, avec d’autres amies éthiopiennes : « Le loyer, ce sont les filles qui le paient. On est quatre ici, mais moi je n’ai plus de travail et pas d’argent. S’il n’y a pas de dollars, il n’y a pas de travail. On a peur… Même la nourriture est devenue très chère. »

Face à la crise, Marta espère rentrer chez elle, mais elle n’a pas de passeport : il a été confisqué, dit-elle, par son ancienne employeuse, quand elle était sous contrat. C’est l’une des violations les plus courantes, parmi celles, nombreuses, dénoncées par les associations qui militent pour les droits des migrantes. Zeina, elle, a ses papiers, mais ne sait pas comment repartir et n’ose pas parler de sa situation à sa famille en Éthiopie : « On veut toutes rentrer chez nous. Si notre État nous aide, s’il finance le rapatriement, alors on pourra voyager. Mais s’il n’y a pas d’aide, qu’est-ce qu’on va faire ? C’est impossible qu’on paie des billets. Notre problème numéro un, c’est l’argent. On n’en gagne plus. »

Au pied du consulat éthiopien, en banlieue de Beyrouth, des jeunes femmes sont venues réclamer de l’aide, vendredi dernier. Elles accusent leurs représentants de ne rien faire. Leur désarroi révolte Tsigweyni, une employée dans une meilleure situation : « Leur sort est de la responsabilité de l’État libanais, puis des employeurs et des bureaux de recrutement. Comme une "madame" a pu faire venir une jeune femme pour travailler, quand tout allait bien pour elle, elle doit assurer son retour aujourd’hui, c’est de son devoir par la loi. Et c’est aussi la responsabilité du consulat de trouver une solution, mais il a ses propres problèmes. »

À plusieurs reprises, des jeunes femmes ont dormi dans la rue sous le consulat : certaines avaient été abandonnées là par leur employeur. Elles sont désormais hébergées dans des abris, et dans l’incertitude.

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