Reportage Afrique

Les baobabs, géants des forêts malgaches, en danger

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Baobabs de la baie de Moramaba. Jonchés sur les rochers, au pied des vagues, les géants des terres dominent la mer.
Baobabs de la baie de Moramaba. Jonchés sur les rochers, au pied des vagues, les géants des terres dominent la mer. RFI/Sarah Tétaud

Six des huit espèces de baobabs existantes sur la planète sont endémiques de Madagascar. Mais la déforestation et sans doute aussi le changement climatique créent des pressions de plus en plus fortes sur ces géants des forêts qui disparaissent petit à petit.

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Ils ont des formes mythiques, reconnaissables entre mille. Et des quatre coins du monde, on vient ici, à Madagascar, pour les admirer. Cyrille Cornu, chercheur au Cirad et réalisateur du documentaire multi-primé sorti en 2014 Baobabs entre terre et mer, étudie les baobabs de la Grande Île depuis plus de 10 ans. « Si on regarde les baobabs, on a vraiment l’impression que ce sont des arbres archaïques, on les imagine aisément du temps des dinosaures, ou en tout cas du temps de la Pangée, du continent unique. Or à cette époque-là, ils n’existaient pas. En fait, le baobab est une espèce très moderne, il est apparu il y a quelques millions d’années », explique-t-il.

Les six espèces endémiques de Madagascar sont apparues entre 10 et moins d’un million d’années. Et pour rappel, le baobab n’est pas un arbre. « C’est une plante géante. Il n’y a pas de bois. On ne peut pas en faire de planches ni de bois de chauffe. Avec cette taille gigantesque, cette capacité à vivre très vieux et aussi ces formes surréalistes qui ont donné ces légendes de l’arbre planté à l’envers, à ce titre-là, c’est un peu une plante extraordinaire. »

« Derrière, il y a des réalités sociales extrêmement complexes »

Une plante extraordinaire en danger. Le charbonnage massif dans le nord du pays et l’agriculture sur brûlis dans l’ouest et le sud-ouest de l’île, nommée localement « hatsake », font des ravages.

« Les baobabs meurent dans ces forêts, dit Cyrille Cornu. Il faut savoir que leur écorce qui est composée en partie de chlorophylle est détruite et en général, très peu s’en remettront. Donc quand on voit un baobab blanchi, il est quasiment condamné à mort. Les conséquences de l’agriculture sur brûlis, c’est à peu près 10 à 30 000 baobabs matures qui disparaissent chaque année. C’est gigantesque », s’exclame Cyrille Cornu.

Il rappelle également les causes de tels actions : « Évidemment derrière, il y a des réalités sociales extrêmement complexes, de gens qui vivent dans un dénuement absolu, sans information. Et l’équation n’est pas simple. Ce n’est pas aussi simple que dire ces gens-là sont responsables de la déforestation, sont responsables de la mort des baobabs. En fait ces gens-là survivent et on a beaucoup de difficulté en tant que scientifiques, à intervenir et trouver des solutions viables dans des contextes extrêmement tendus. »

La piste du changement climatique

Et avec cette destruction d’habitat, c’est également tout le cortège d’animaux qui assurent la pollinisation des baobabs qui disparaît également. Dernière menace probable : le changement climatique. C’est en tout cas l’hypothèse émise par un article scientifique pour expliquer l’origine de la disparition de très vieux baobabs en Afrique.

« L’augmentation des températures a une incidence sur la disponibilité en eau des sols. Les régimes de pluie, aussi, pas simplement la quantité, mais comment la pluie tombe, peut avoir une incidence forte sur le développement des baobabs et globalement cette évolution des températures et des pluies est probablement responsable, peut-être pas de la mort systématiquement des baobabs, mais de contraintes supplémentaires pour ces arbres qui résistent déjà difficilement à la sécheresse », déclare Cyrille Cornu.

Et l’emblématique et très touristique « allée des Baobabs » n’est pas épargnée non plus. En une dizaine d’années, une quinzaine d’individus se sont effondrés. La trentaine de géants encore debout résistent. Mais pour combien de temps ?

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