Invité du matin

Claire Hédon: «On n'est pas là pour faire plaisir mais pour dire le droit»

Audio 07:23
Claire Hédon, nouvelle défenseure des droits.
Claire Hédon, nouvelle défenseure des droits. AFP/Ludovic Marin

Claire Hédon, Défenseure des droits, revient sur sa nomination et explique les raisons pour lesquelles elle l'a acceptée. Elle détaille aussi sa mission et comment elle mènera son combat.

Publicité

RFI : Avant de s’attarder sur les pouvoirs du Défenseur des droits, en quelques mots, pourquoi pensez-vous avoir été choisie par le président de la République ?

Claire Hédon : Parce que, en tant que présidente de ATD Quart Monde (mouvement de lutte contre la pauvreté, ndlr), mon but était de batailler sur l’accès aux droits, et l’accès à tous les droits pour toutes les personnes. Et j’ai toujours défendu cela. La précarité ce n’était pas simplement un manque de revenus financiers, c’était des problèmes d’accès aux droits. Et quand on se bat pour l’accès aux droits, on se bat pour l’accès aux droits de tous. Je vous donne un exemple : la dématérialisation, le simple fait de faire ces démarches uniquement par informatique, ça pénalise des personnes en situation de précarité qui n’ont pas d’ordinateur, mais ça pénalise aussi des personnes âgées qui ont des difficultés d’utilisation d’ordinateur et des personnes qui sont en zone blanche dans des endroits où il n’y a pas internet. Donc, on voit bien comment se battre pour l’accès aux droits et à tous les droits peut concerner tout le monde. Comme je me suis battue pour ça, je pense que c’est pour cela qu’on a pensé à moi.

RFI : Peut-être faut-il commencer par rappeler ce qu’est le Défenseur des droits. Quel est son rôle ? De quels droits parle-t-on ?

On parle de tous les droits.

RFI : Oui, mais on n’a pas tous les droits.

On a un certain nombre de droits en France qui peuvent aller de questions de l’accès à un logement, de l’accès au travail, qui peuvent être des difficultés de relation avec Pôle emploi quand on doit toucher le chômage, avec la Caisse des allocations familiales quand on a les allocations familiales, avec la sécurité sociale, etc. Ce sont les différents liens avec les services publics, la défense des droits, toute la question de la lutte contre les discriminations, la partie sur la déontologie des forces de sécurité qui est une partie aussi très importante et les lanceurs d’alerte, et les droits des enfants, absolument capital. C’est tout cela.

C’est vrai que dans le grand public, on ne sait pas bien qu’on peut saisir le Défenseur des droits. Mon prédécesseur, Jacques Toubon, a fait un travail formidable et je veux saluer à la fois son travail et le travail des équipes.

RFI : Il a donné une visibilité nouvelle à la fonction…

Incroyable, mais on sent qu’il faut faire encore plus aujourd’hui.

RFI : C'est une chance ?

C’est une chance inouïe.

RFI : Ce n’est pas une difficulté ?

Au contraire, passer après quelqu’un qui a fait le travail de façon formidable est une chance et va me permettre de poursuivre dans la lignée. Et quand je vais vous quitter, je vais tout de suite en Seine Saint-Denis qui est quand même un des départements qui a été le plus touché par cette épidémie pour essayer de voir ce qui est fait en terme à la préfecture d’accès aux droits, d’aller voir une association de protection de l’enfance, rencontrer les délégués territoriaux. Tous ces points-là sont absolument importants. Je veux être proche des gens. Je le suis de fait, par mon histoire, je veux le rester. Je veux rendre de plus en plus accessible cette institution.

RFI : Quels sont les pouvoirs du Défenseur des droits ? Est-ce que vous avez un pouvoir de recommandation ou est-ce que vous avez un pouvoir de sanction ?

On n’a pas de pouvoir de sanction, mais on a un pouvoir de recommandation. Et les recommandations doivent être suivies. On peut faire des rappels quand ce n’est pas suivi. Et dans la médiation, le but c’est d’obtenir un accord entre les deux parties. Quand je vous ai parlé de difficultés par exemple avec la sécurité sociale, on peut fonctionner dans ces difficultés avec une médiation.

C’est vraiment une institution qui est au service de la population. Et à l’heure actuelle, on sent de plus en plus d’atteintes ou de scepticisme par rapport à notre démocratie. Cette question de l’effectivité de l’accès aux droits est un élément fondamental de notre démocratie et de cohésion sociale. Et le deuxième point qui est capital, c’est que c’est une autorité indépendante des pouvoirs publics. 

RFI : Je crois que vous êtes nommée par le président de la République, mais il ne peut pas vous révoquer si ça lui chante ?

Je suis nommée pour six ans exactement, pas révocable. C’est une autorité qui est indépendante et c’est cela qui fait sa force. On n’est pas là pour faire plaisir à qui que ce soit, mais on est là pour dire le droit.

RFI : Très simplement, comment saisit-on le Défenseur des droits ?

S’il y a quelqu’un qui est en difficulté, il peut soit s’adresser au délégué territorial qui est près de chez lui, dans des maisons de service public, ou à la préfecture. Il y a le site internet, le courrier, le téléphone. Vous permettez de le donner, évidemment c’est pour ceux qui sont en France.

RFI : Vous le répétez deux fois, vous savez bien…

Oui, c’est ça : 09 69 39 00 00.

RFI : Et le Défenseur des droits a le pouvoir de s’autosaisir. Et c’est important...

C’est très important. Quand on voit des situations qui sont inadmissibles d’accès au droit, on peut s’autosaisir quand on voit des dysfonctionnements à plusieurs endroits, ou sur une préfecture ou sur un service de sécurité sociale ou dans un hôpital, on peut rendre un avis plus général et donner des préconisations.

RFI : Vous n’avez pas l’intention de hiérarchiser les droits. Vous voulez les mettre tous sur un pied d’égalité. En revanche, est-ce qu’il y a à vos yeux des priorités en termes d’urgence ?

Pourquoi je ne veux pas hiérarchiser ? Parce que les droits sont indivisibles et interdépendants. C’est-à-dire qu’on a très souvent affaire à des personnes qui ont des atteintes aux droits, mais pas seulement dans un domaine. C’est souvent dans un cumul de problèmes d’atteintes aux droits. Et quand une personne nous saisit pour un problème de discrimination ou pour un non-accès à un logement, pour elle, c’est la chose la plus importante. Donc, hiérarchiser ce serait dire à des personnes que ce qu’elles vont déposer, n’est pas le plus important. C’est pour cela que je ne veux pas hiérarchiser, que l’ensemble de ces droits est absolument capital et qu’il faut travailler sur l’ensemble et en même temps.

RFI : Il y a deux sujets d'actualité assez brûlante, la question des violences commises par des représentants des forces de l’ordre dont on parle beaucoup depuis des mois, et celle qui arrive la semaine prochaine à l’Assemblée nationale, la loi bioéthique qui comporte notamment les nouvelles dispositions sur la procréation médicalement assistée (PMA). Est-ce que ce sont deux sujets sur lesquels vous avez commencé à réfléchir, la PMA avec tout ce que cela comporte sur les droits de l’enfant ?

Je me situe complètement dans la lignée de ce qui a été fait c’est-à-dire tout ce qui a été fait dans les dernières années et ces derniers mois. Je suis en accord complet avec ce qu’a pu défendre Jacques Toubon. Quand vous parlez de la question de la déontologie des forces de sécurité, c’est pour moi un point absolument capital. Cela fera partie de mes premières sorties. Jeudi prochain, je serai justement dans une école de formation de police où on forme à ces questions de déontologie des forces de sécurité, c’est un point de vigilance pour moi et un point sur lequel il faut faire attention. Je pense qu’il faut réconcilier la population avec sa police dans les deux sens. Et je pense que le droit est un des moyens de réconciliation et la réalité de l’accès aux droits. Et sur la loi bioéthique, effectivement, on va être très vigilants sur ce qui se passe. C’est très important pour nous de suivre justement les évolutions législatives dans tous ces domaines. Oui, bien sûr, on suit tout ce qui se passe.

RFI : Un mot plus personnel, est-ce qu’on vous reverra un jour à la radio ou c’est une histoire qui est terminée ?

J’ai « été obligée » de démissionner complétement de mes fonctions parce que justement, je vous ai dit qu’on était indépendants et que pour être indépendante, il faut démissionner. Je voulais dire un mot sur l’international, on est sur des réseaux francophones de médiateurs et vous imaginez bien qu’il y a toujours un lien avec l’Afrique francophone et que je serai très vigilante. Vous savez mon attachement.

RFI : On vous y reverra sans doute, mais comme défenseure des droits puisque c’est un mandat de 6 ans.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail