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Reportage international

Extrême-Orient russe : les raisons de la colère anti-Moscou

Audio 02:42
Des manifestants bravent la pluie dans la ville de Khabarovsk pour soutenir leur gouverneur Sergeï Furgal, le 1er août 2020.
Des manifestants bravent la pluie dans la ville de Khabarovsk pour soutenir leur gouverneur Sergeï Furgal, le 1er août 2020. REUTERS/Evgenii Pereverzev

La colère ne s’éteint pas dans l’Extrême-Orient russe, et plus précisément dans la région de Khabarovsk, frontalière de la Chine et située à plus de 6 000 kilomètres de Moscou. En cause, l’arrestation spectaculaire, le 9 juillet 2020, du gouverneur de la région. Sergeï Fourgal avait battu en 2018 le candidat du parti au pouvoir, et pour ses partisans il est aujourd’hui victime d’un règlement de compte politique. 

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« Le premier jour, ils nous ont dit que c’était interdit de manifester, à cause du coronavirus. Alors nous, on a répondu qu’on voulait juste nourrir les pigeons. Et maintenant c’est ce qu’on fait tous les jours. On appelle tout le monde à faire la même chose ! » C’est avec un grand sourire, que Laura nous raconte les premiers jours de manifestations, lorsque plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans la rue, en quelques heures, pour défendre leur gouverneur. Sergeï Fourgal élu à la tête de la région et accusé d’avoir commandité une série de meurtres au début des années 2000. 

« Je ne sais pas si Fourgal est coupable, s’interroge Konstantin Boubane, un avocat de Khabarovsk qui soutient lui aussi le gouverneur déchu. La vraie question, poursuit-il, c’est pourquoi l’ont-ils arrêté maintenant ? Pourquoi l’avoir fait quinze ans après les faits ? » Konstantin Bouban en est convaincu : Sergeï Fourgal a été puni pour avoir battu le candidat du parti au pouvoir en 2018.

« Notre vote a été volé », disent les manifestants de Khabarovsk, qui se sentent insultés par le pouvoir central. Un sentiment d’injustice, nourri par des années de frustration à l’égard des autorités, qui sont accusés d’avoir délaissé l’Extrême-Orient russe depuis la chute de l’URSS : « Nos revenus partent à 80% dans le budget, explique Sergeï Mingazov, le correspondant du journal Vedomosti à Khabarovsk. On entend parler d’investissements, mais cela ne change rien à la vie quotidienne. Le salaire moyen dans la région c’est autour de 30 000 roubles par mois, environ 350 euros. Et ce n’est vraiment pas beaucoup. Ici depuis dix ou quinze ans, les gens n’ont cessé de s’appauvrir. »

Dans la foule rassemblée sur la place Lénine, devant le siège de l’administration régionale, Larissa confirme avec ses mots à elle l’analyse du journaliste. Aujourd’hui retraitée, cette habitante de Khabarovsk nous confie son désarroi face au déclin économique de sa région : « Les gens n’en peuvent plus de vivre comme ça. Dans notre famille, on a toujours travaillé dans l’industrie, mais maintenant il n’y a plus que des boulots de vendeurs ! Mon fils, il est ingénieur et il doit bosser comme agent de sécurité ! Tout a été détruit. Comment peut-on élever une famille si le pouvoir nous ment, et s’il n’y a aucune place pour la vérité ? »

Larissa est en colère contre le pouvoir central, mais aussi et surtout peut-être, contre le président russe. « J’ai toujours soutenu Vladimir Poutine, nous dit-elle, mais maintenant c’est terminé, et j’ai honte d’avoir voté pour lui. »

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