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Reportage Afrique

Tunisie: des jeunes artistes de Tataouine soutiennent le mouvement Kamour

Audio 02:19
Manifestation pour demander la libération de protestataires arrêtés par la police, le 23 juin 2020 à Tataouine.
Manifestation pour demander la libération de protestataires arrêtés par la police, le 23 juin 2020 à Tataouine. FATHI NASRI / AFP

À Tataouine, dans le sud de la Tunisie, la révolte gronde depuis plus de deux mois. Après des manifestations dans la ville, des chômeurs ont investi une station de pompage à 100 kilomètres dans le désert et ont fermé la vanne du site pétrolier le 16 juillet, en protestation contre le manque d’action du gouvernement.

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Il y a trois ans, ils avaient fait la même chose pendant plus de deux mois et avaient obtenu des accords promettant des embauches et une aide au développement de 25 millions d’euros. Peu de promesses ont été réalisées depuis selon leurs dires, mais à Tataouine, d’autres jeunes soutiennent le mouvement Kamour sans y participer directement. Ce sont de jeunes artistes qui tentent de travailler et de vivre de leur art dans une ville où le taux de chômage atteint les 30 %.

Le soir au centre-ville de Tataouine, Saber Kouiri, artisan-menuisier refait le monde avec ses amis dans son atelier… Les décorations murales en bois et les meubles inachevées sont éparpillés dans la pièce, au milieu de la sciure

« Ça, c’est une chaise en bois de palette. Avec le bois de palette, je fais de nombreux articles décoratifs, des chaises, des tables ou encore comme celui-ci des meubles d’entrée, des porte-manteaux. Je prends du bois déjà utilisé ou ancien et j’en fais un recyclage artistique. »

Cet ingénieur de formation aurait pu travailler dans le pétrole, qui représente dans la région près de 40 % de la production nationale. Mais il n’a pas eu de travail après avoir pourtant fait des démarches pour un contrat… Alors il s’est débrouillé pour se reconvertir… Cela n’a pas été facile de s’affirmer comme artiste, dans une ville où les jeunes ont peu accès à l’art ou la culture….

« C’est très difficile, à cause, des mentalités, les artistes souffrent beaucoup ici, car ils ne peuvent pas réellement exprimer leur créativité. Parfois, si tu fais quelque chose en pensant t’exprimer librement, quelqu’un peut venir te bloquer »

Comme les jeunes chômeurs du mouvement Kamour qui manifestent pour du travail, les artistes de Tataouine se sentent souvent marginalisés, mais certains veulent aussi être porteurs de solutions… Rami Labaar fait de la céramique… Il avait cette passion depuis tout petit lorsqu’il jouait avec l’argile… Aujourd’hui, il expose ses œuvres dans le pays et vit de son art… Il veut donner l’exemple à d’autres jeunes.

« Nous n’avons pas forcément choisi de travailler dans le milieu artistique ou d’être artistes, mais cela s’est imposé à nous, car nous avons pu supporter la pression face aux préjugés. Nous avons créé nos propres solutions en alliant ces métiers et en acceptant les difficultés financières qui vont avec »

Comme beaucoup de chômeurs du sit-in de Kamour, Faouzi Attallah, graffeur, ne croit plus vraiment en l’aide de l’Etat…Il ne la réclame d’ailleurs plus contrairement aux manifestants qui continuent de sortir dans la rue pour leurs droits.

« Les foires ou les événements culturels organisés par les ministères ne nous apportent pas grand-chose, et nous en sommes souvent exclus. J’ai appris à travailler par moi-même, dans ma chambre, dans mon atelier, et à promouvoir mon travail sur ma page personnelle sur les réseaux sociaux »

Entre débrouille et engagement, les artistes de Tataouine restent peu visibles derrière les mouvements de contestation qui secouent la région mais ils expriment aujourd’hui un même sentiment de révolte face à l’injustice sociale.

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