Accéder au contenu principal
Reportage Afrique

Kenya: recrudescence des violences sexuelles pendant le confinement

Audio 02:29
L'équipe de Maisha Girls Safe House.
L'équipe de Maisha Girls Safe House. RFI/Sébastien Nemeth

Au Kenya, l’arrivée du Covid-19 dans le pays s’est accompagnée d’une forte hausse des violences sexuelles. Selon le gouvernement, le premier mois après l’arrivée des premiers cas, une hausse de 42% des crimes sexuels a été enregistrée. Et les centres d’accueil hébergeant les victimes.

Publicité

Vingt-sept filles de 10 à 20 ans sont hébergées au Maisha Girls Safe House. L’organisation leur fournit un toit, à manger, des vêtements et elle les accompagne pour des soins, des rendez-vous avec la justice ou la police. Une mission très complexe car le site accueille dix victimes de plus que la normale. La directrice, Florence Keya, fait un lien avec le coronavirus et les restrictions du gouvernement : « Depuis mars, un grand nombre de victimes ont été agressées par quelqu’un vivant avec elles. Donc quand il y a un confinement, un couvre-feu, la fille se trouve dans une situation encore plus vulnérable. Nous sommes dans une période où les gens devraient faire preuve de compassion. Mais je pense que beaucoup sont désespérés. Et dans ces moments-là, ils peuvent faire n’importe quoi. Les filles sont plus en sécurité à l’école. Mais elles sont fermées. »

Sept bébés, nés suite à un viol, sont aussi pris en charge au centre. Marie a 17 ans, elle est enceinte après avoir été agressée par son voisin : « C’est dur d’attendre. Je veux juste que mon agresseur soit arrêté pour me sentir enfin libre. Mais les procédures sont très longues à cause du Covid-19. Pour qu’il y ait des audiences, il faut un minimum de gens, et beaucoup de tribunaux sont fermés. Mon rêve c’est de retourner à l’école. »

Malheureusement, Maisha Girls Safe House doit refuser des dossiers faute de place, ou en renvoyer certaines chez elles, quand les procédures n’avancent pas. Yvonne Wanjiko, assistante sociale : « Parfois les procédures sont bloquées, ou le violeur n’a pas été arrêté, et à un moment, ça devient difficile pour nous de garder la fille ici. Il y a eu des directives pour décongestionner les prisons, donc les dossiers ne sont pas traités à la vitesse normale. Les agresseurs sont libérés sous caution, retournent dans la même communauté que sa victime. Tout cela créé beaucoup de confusion et d’injustice. Malheureusement, nous avons dû renvoyer des filles chez elles. On doit se contenter de faire un suivi téléphonique. En plus, le Covid-19 rajoute de la peur que le virus les empêche de retrouver un jour leurs anciennes vies, de retourner à l’école. Il y a une peur de l’inconnu. »

Hébergée depuis plusieurs mois, Lucie a 15 ans et tente de se remettre d’un viol perpétré par un groupe d’hommes. Elle n’attend qu’une chose retrouver une vie normale : « Il y a plus de filles qui viennent depuis l’arrivée du Covid-19. Je pense qu’à cause du virus, les gens tombent dans la pauvreté, dans l’oisiveté, ils n’ont plus rien à faire. Moi j’espère juste que mes violeurs seront arrêtés. L’école, mes parents et travailler dans les champs à la maison. C’est ça qui me manque. »

Depuis plusieurs semaines, les mesures de confinement et le couvre-feu ont été allégés, permettant un début de désengorgement. En attendant, l’organisation demande plus de soutiens du gouvernement et la construction d’hébergements supplémentaires.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.