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Invité Afrique

J-B Gallopin: «La déclaration de principes ouvre une perspective de paix réelle» au Soudan

Audio 05:00
Jean-Baptiste Gallopin, chercheur, spécialiste du Soudan.
Jean-Baptiste Gallopin, chercheur, spécialiste du Soudan. © J-B Gallopin

De nouveaux pas vers la paix au Soudan cette semaine, avec la signature d'un accord de paix avec plusieurs mouvements rebelles à Juba ce lundi 31 août, puis d'une importante « déclaration de principes » entre le Premier ministre civil Abdallah Hamdok et le chef d'une rébellion influente dans le sud du pays, Abdelaziz al-Hilu, ce jeudi soir 3 septembre. Les regards sont désormais tournés vers un autre mouvement rebelle, dirigé par le Darfouri Abdelwahid al-Nour, qui a refusé jusqu'à maintenant de négocier son inclusion dans la vie politique civile. Pour mieux comprendre cette semaine importante, notre invité ce dimanche matin est le chercheur Jean-Baptiste Gallopin, spécialiste du Soudan. Il répond aux questions de Léonard Vincent.

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RFI: Après les accords de Juba, en début de semaine, une déclaration de principes communs a été signée, jeudi soir, entre le Premier ministre Abdallah Hamdok et Abdelaziz al-Hilu. Ce n’est pas encore un accord de paix mais est-ce que c’était une étape importante ?

Jean-Baptiste Gallopin: Écoutez, pour moi, c’est un développement qui est très significatif et sûrement plus significatif que les accords qui ont été signés à Juba, puisqu’en effet, Abdelaziz al-Hilu est l’un des deux chefs rebelles à contrôler une partie du territoire soudanais avec ses forces, alors que les groupes qui ont signé l’accord de paix à Juba, dimanche et lundi, en fait, n’ont pas vraiment de forces armées -à l’instar de l’autre faction du MPLS-Nord, qui est le groupe de al-Hilu, et à l’instar également des groupes du Darfour qui principalement sont actifs en Libye où ils travaillent actuellement en tant que mercenaires.

Donc, cette déclaration de principes débloque une situation qui été bloquée depuis de nombreux mois avec Abdelaziz al-Hilu et ça ouvre donc une perspective d’une paix réelle. C’est une étape préliminaire puisqu’il s’agit, comme vous l’avez indiqué, d’une déclaration de principes.

Néanmoins, elle comporte des concessions importantes, notamment, le fait que le gouvernement soudanais, par la signature du Premier ministre Abdallah Hamdok, accepte l’idée d’une séparation entre la religion et l’État dans la Constitution, ce qui était une demande principale de Abdelaziz al-Hilu. Mais de son côté, al-Hilu fait également une concession puisqu’il n’y aura pas de mention explicite de laïcité, « secularism » en anglais, qui était le terme qui a choqué dans les négociations. C’est une déclaration qui résulte, indirectement en fait, des accords de Juba, puisque ces accords ont mis la pression sur al-Hilu pour qu’il fasse des concessions. Et de fait, il est difficile aujourd’hui pour des leaders rebelles de défendre une stratégie d’insurrection, alors même qu’on a un gouvernement qui est en partie composé des anciens opposants à Omar el-Béchir.

Alors ce sont des petits pas. Des premiers mouvements ont signé un accord avec Khartoum en début de semaine. Là, on a une déclaration de principes. Il manque quand même aujourd’hui, et tout le monde y pense, le mouvement d’Abdelwahid al-Nour qui est toujours très écouté dans les camps de déplacés au Darfour. Est-ce qu’on peut s’attendre maintenant, mécaniquement j’allais dire, à une avancée de ce côté-là ?

Écoutez, ça reste à voir. Abdelwahid al-Nour a toujours des positions très radicales, dans une espèce de pureté politique. Néanmoins, sa posture a été source de divisions en interne au sein de son mouvement. Il y a eu des escarmouches entre ses partisans et d’autres officiers de son mouvement à la suite d’une tentative d’organiser un congrès pour changer de leadership au sein du mouvement. Sa posture est difficile à tenir. Je pense que la pression en interne ne devrait que s’exacerber.

On note que tous ces évènements récents sont des avancées dans la normalisation de la situation au Soudan. Ce sont des motifs d’optimisme pour vous ou est-ce qu’il convient de rester prudent ?

Aujourd’hui, on a l’impression que le Soudan tourne une page puisque les groupes du Darfour qui ont signé l’accord de Juba, sont quand même des groupes qui ont joué un rôle important dans la rébellion du Darfour, au début des années 2000. Aujourd’hui, on va avoir les dirigeants de ces groupes rebelles qui vont devenir des politiciens, comme les autres, qui vont revenir à Khartoum et qui vont peser dans le débat politique. Là, on a un changement qui est historique.

En ce qui concerne les perspectives d’évolution de la situation au Soudan, en général, il faut rester très prudent. Aujourd’hui, on a une situation économique catastrophique, avec une hyper inflation et un gouvernement qui a très peu de rentrées de devises internationales et donc une situation qui se détériore d’un point de vue économique.

Par ailleurs, on a aussi une montée de la violence intercommunautaire dans différentes régions du pays, notamment le Darfour qui voit à nouveau des conflits entre nomades et agriculteurs sédentaires au Sud-Kordofan, mais également dans l’est du pays qui était une région assez calme dans les dernières décennies du régime de Béchir, et qui aujourd’hui fait face à une flambée de violences intercommunautaires. Malheureusement, les élites politiques n’ont que peu de prise sur ce qui se passe là-bas.

Enfin, je conclurai sur le fait que la transition a pris beaucoup de retard. Nous n’avons toujours pas de Parlement de transition, nous n’avons toujours pas fait de progrès sur les questions de nouvelle Constitution et d’une Assemblée constituante. Et en attendant, les généraux reprennent du poil de la bête, je dirai, et aujourd’hui s’expriment avec beaucoup de confiance en eux. Donc, on est dans une situation qui est, par ailleurs, inquiétante.

Pour conclure, peut-être une question un peu politicienne: on a l’impression qu’Abdallah Hamdok, le Premier ministre, l’a joué un petit peu solo en obtenant cette déclaration de principes. C’est une drôle de méthode, non ? Est-ce que c’est une bonne méthode de choisir des petits pas ?

Ça reste à clarifier. On va en savoir plus dans les jours qui viennent, quelles ont été les modalités de cette rencontre secrète et surprise entre Hamdok et Abdelaziz al-Hilu. En ce qui me concerne, je considère que ce serait plutôt un développement positif, puisque Abdallah Hamdok a été très en retrait politiquement. Il a plutôt agi comme un administrateur que comme un homme politique. Et cette timidité, pour moi, a joué dans la dynamique que l’on a vu, ces derniers mois, dans laquelle les généraux reprennent confiance en eux et agissent de manière plus agressive et plus autoritaire. De ce point de vue-là, c’est plutôt un élément positif, parce que c’est plutôt susceptible de renforcer le pouvoir des civils dans ce partage du pouvoir avec les militaires et de créer une sorte de leadership politique civil.

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