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Reportage Afrique

Madagascar: les habitants de Diego-Suarez se sentent abandonnés

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La baie de Diego-Suarez, l'une des plus grandes au monde, abandonnée de ses touristes. Avant le confinement et la fermeture des frontières, l’ancienne garnison française au charme suranné vivait essentiellement du tourisme.
La baie de Diego-Suarez, l'une des plus grandes au monde, abandonnée de ses touristes. Avant le confinement et la fermeture des frontières, l’ancienne garnison française au charme suranné vivait essentiellement du tourisme. RFI/Sarah Tétaud

À la pointe nord de Madagascar, dans la ville de Diego-Suarez, les habitants serrent les dents. Sans aucun touriste depuis mars ni aucune de l’aide de l’État jusqu’à présent, la cité côtière peine à trouver le souffle et les ressources nécessaires pour procurer aux plus de 170 000 Diégolais la force de patienter, encore, avant le retour à une vie plus normale.

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Dans les rues du centre-ville, le balai des touk-touks toujours aussi virevoltant qu’avant est presque trompeur. Pour se rendre compte de la crise économique qui est passée par là, il faut aller dans les bazars, beaucoup moins achalandés désormais et sur les plages, désertes.

À Ramena, le village balnéaire et touristique par excellence qui jouxte Diego, le temps s’est comme suspendu. Fatima est masseuse sur la plage. Elle n’a pas eu un client depuis six mois. « Depuis le 20 mars jusqu’à maintenant, c’est trop difficile pour nous les gens de Ramena, parce qu’il n’y a pas de travail. Avant, on emmenait les touristes à la mer d’Émeraude, et après les femmes se faisaient masser. Maintenant, il n’y a plus personne », se désole-t-elle.

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Pour survivre, elle a dû se résigner à changer temporairement de métier. « On travaille dur maintenant. On casse les cailloux pour essayer de les vendre aux gens qui construisent les maisons. » Conséquence directe : des revenus en chute libre. Sa consommation de riz a diminué de moitié et ses enfants, malades, n’ont pas pu se faire soigner à l’hôpital.

« Une perte de 80-90% du chiffre d’affaires »

La société Tropicale minière, spécialisée dans la vente de pierres précieuses, est, elle aussi, très impactée. « On a une perte de 80-90% du chiffre d’affaires », déclare Simionato Ruggero, le gérant.

Jusqu’à présent, il a réussi à ne licencier aucun de ses 20 salariés, en jonglant avec les congés techniques. Mais il vient d’atteindre la limite autorisée par la loi. Il attend donc beaucoup de ces prochaines semaines. « On espère avoir un souffle avec la reprise des vols intérieurs et à partir d’octobre une liaison internationale. S’il y a du tourisme, il y a plus de pouvoir d’achat localement, et c’est ça qui fait tourner l’économie aussi », espère-t-il.

Dans l’attente d’aides du gouvernement

Des prêts à taux 0 garantis par l’État ont bien été proposés aux employés du secteur privé, mais c’est tout. Aucune aide, aucun don du gouvernement n’est encore arrivé jusqu’ici. Ce qui agace Élisa, une vendeuse dans une boutique rue Colbert. « Il y a beaucoup de gens qui se plaignent de ne rien avoir. Ils ont vu qu’à Antananarivo, on distribue les Vatsy Tsinjo (aides de l’État en nature, ndlr), tout ça, mais pourquoi pas ici à Diego ? Est-ce à cause de l’indifférence [de nos gouvernants] ? On ne sait pas pourquoi. Ici, on n’a plus rien à manger, on se sent délaissés », dit-elle.

Le gouverneur de la région Diana, Daodo Marisiky tempère. « Ce n’est pas que le Nord est oublié, mais c’est une question d’organisation. Nous avons déjà entamé le recensement des personnes vulnérables au niveau de chaque quartier et on a déjà des résultats de recensement. Donc là, on attend juste l’arrivée des produits pour qu’on fasse la distribution. Je ne peux pas vous dire à quelle date exactement, mais je peux vous dire que cela va être fait », assure-t-il.

Le numéro un de la région balaie aussi d’un revers de la main les critiques, de plus en plus insistantes, de la population diégolaise, qui soutiennent que les Côtiers sont discriminés par rapport aux habitants des Hauts-Plateaux.

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