Accéder au contenu principal
Grand reportage

USA: la droite religieuse, base fidèle de Donald Trump

Audio 19:30
Des fidèles prient lors d'un meeting à la megachurch évangélique King Jesus de Miami, le 3 janvier 2020.
Des fidèles prient lors d'un meeting à la megachurch évangélique King Jesus de Miami, le 3 janvier 2020. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

C'est la base électorale la plus fidèle de Donald Trump. Les évangéliques blancs ont voté pour lui à plus de 80% en 2016. Pendant ses quatre années au pouvoir, le président américain n'a cessé de prendre les décisions dont la droite religieuse américaine rêvait depuis des années. À l'approche de la présidentielle, ces ultra-conservateurs semblent toujours faire bloc derrière le président américain.

Publicité

C’est l’un de ces grands meetings politiques comme Donald Trump les aime tant. Une particularité néanmoins. Cette fois-ci, sur scène, le président des États-Unis est entouré de 7 pasteurs évangéliques. Tous ont les mains posées sur lui et prient pour sa réélection, le 3 novembre 2020. Nous sommes dans une megachurch, comme les appellent les Américains à Miami, la méga-église apostolique King Jesus du téléévangéliste, Guillermo Maldonado, ardent soutien de Donald Trump. Dans cette méga église de Floride, 7 000 personnes sont venues écouter leur héros, le président américain. Beaucoup sont enroulés dans des drapeaux Trump 2020 et portent sur la tête la fameuse casquette rouge « Make America Great Again ». Nous sommes en janvier 2020, avant la pandémie de coronavirus. Ce meeting politico-religieux sonne le lancement de la coalition des évangéliques pour Donald Trump. Le président milliardaire a fait le déplacement en personne pour soigner cette droite religieuse devenue le cœur de sa base électorale, et le pasteur Maldonado ne s’y trompe pas. Dans sa prière de bénédiction enflammée, main sur la Bible, il appelle ses milliers de fidèles à voter pour lui confier un second mandat.

Pasteur Maldonado : « Notre Père, nous prions pour que tu donnes du courage au président ». Une prière aux accents très politiques devant 7 000 fidèles. Tous ont les mains levées tournées vers le président Trump, tête baissée, yeux fermés en signe de piété.
« Quatre années de plus à la Maison », chantent en chœur les fidèles. Car tous ici en sont convaincus, Donald Trump est leur meilleur allié, mais comment ce président trois fois marié, ce président qui propose d’attraper les femmes par leurs parties génitales, ce président accusé de multiples agressions sexuelles, qui achète le silence d’actrices pornographiques qui l’accusent de relations sexuelles extra-maritales, comment ce Donald Trump incapable de citer la Bible est-il parvenu à s’ériger en égérie des chrétiens ultra-conservateurs américains ?
Dans sa prière, le pasteur Maldonado offre un début d’explication : « Oh non, il ne prétend pas être parfait, dit le pasteur, mais Seigneur, dit-il, fais qu’il soit pour nous le Cyrus de notre temps ».
Ce religieux compare Donald Trump à une figure oubliée de l’Ancien Testament,  le roi Cyrus de Perse, un roi lui aussi très imparfait, mais un roi choisi par Dieu pour sauver le peuple juif. La comparaison a été théorisée par Lance Wallnau,  figure évangélique américaine. Elle est depuis reprise par toute la droite religieuse. Selon cette théorie de Cyrus, non seulement ses nombreuses imperfections ne disqualifiraient pas Donald Trump, mais au contraire ses outrances sont la preuve que Dieu l’a choisi pour en faire son messager, comme il l’avait fait avec Cyrus.

Explications avec André Gagné, professeur en Études théologiques à l’Université Concordia au Canada, auteur d’un récent ouvrage sur le sujet : Ces Évangéliques derrière Trump.

« Comparer Trump à Cyrus, ça légitime l’idée que Dieu peut choisir quelqu’un d’imparfait pour accomplir sa volonté. Ces évangéliques qui soutiennent Trump sont très conscients que Trump n’est pas parfait. On a vu des figures importantes du monde évangélique comme Franklin Graham, par exemple, tenter de défendre Trump en disant que Trump n’est pas parfait, mais que Dieu choisit justement des individus pêcheurs. Certains comparent aussi Trump au Roi David. Ce très grand roi de la Bible avait commis l’adultère, et avait même tué le mari de la femme avec laquelle il avait commis l’adultère. Là encore, il s’agit de prouver que Dieu peut choisir des individus imparfaits comme Trump pour accomplir sa volonté. Et c’est le but de cette lecture typologique, analogique des textes bibliques ».

André Gagné, professeur en Etudes théologiques à l’Université Concordia de Montréal, auteur du livre «Ces Evangéliques derrière Trump».
André Gagné, professeur en Etudes théologiques à l’Université Concordia de Montréal, auteur du livre «Ces Evangéliques derrière Trump». RFI/Eric de Salve

Retour dans la megachurch King Jesus de Miami, c’est au tour d’une femme pasteure de mener la prière. Dans sa robe rose montée sur ses escarpins, Paula White, blonde platine, électrise la foule comme une chanteuse pop. C’est elle la figure évangélique la plus proche de Donald Trump. Paula White affirme être à l’origine de son retour à la religion. Entre eux, tout a commencé en 2002 par un simple coup de fil après l’une de ses interventions sur une chaîne de télévision chrétienne.

Pasteur Paula White, conseillère spirituelle du président Trump : « Il y a presque 19 ans, j’ai reçu un appel à l’improviste, c’était Monsieur Trump qui n’était encore qu’un entrepreneur. Il venait de me voir sur une chaîne chrétienne. Non seulement j’ai eu le privilège de prier pour l’accompagner dans sa destinée, mais je l’ai aussi entouré de personnes de foi jusqu’à le voir devenir le 45ème président des États-Unis ».  
Nommée conseillère spirituelle personnelle du président, Paula White a désormais son bureau à la Maison Blanche.

Pasteur Paula White, conseillère spirituelle du président Trump : « C’est l’œuvre de Dieu. C’est certain ». C’est elle qui a eu l’honneur de prononcer la prière, lors de l’investiture du président en 2016. Quelques mois avant sa victoire, Paula White avait réussi à fédérer, malgré leurs divergences, plusieurs grands noms de l’évangélisme américain derrière la candidature de Donald Trump. Pourtant, Paula White est loin de faire l’unanimité dans le milieu. Certains évangélistes l’accusent même d’être une hérétique et un charlatan. Car Paula White appartient à un courant très contesté, la théologie de la prospérité. Un télévangélisme, pur produit du capitalisme américain au mantra très simple : les fidèles doivent enrichir leur pasteur pour recevoir en retour une rétribution financière de Dieu. C’est le message que Paula White envoie tous les jours ou presque à ses fidèles en leur demandant de lui envoyer de l’argent, lors de ses interventions sur les chaînes cablées évangéliques, un argent que la loi américaine exempte de toute imposition.

Paula White : « Beaucoup donnent une journée de salaire, certains une semaine, d’autres donnent un mois de salaire ! Parce que nous savons que tout revient à Dieu. Pour votre premier don de 50 dollars ou plus, je vous donnerai un exemplaire de mon livre et un objet pieux. Mais si vous donnez 75 dollars ou plus, alors je vous donnerai en plus un calendrier très spécial avec un rappel de toutes les promesses de Dieu tout au long de l’année. Car Dieu a un projet de vie pour vous. Que ce soit pour vos amis, vos finances, vos rêves et tout dans votre vie. Alors cliquez vite sur ce lien pour honorer Dieu avec une première donation ».

Paula White est un pasteur millionnaire qui vit dans un immense ranch en Floride, n’hésite pas à s’afficher au volant de sa Lamborghini décapotable, ni à voyager en jet privé. Le luxueux train de vie de la sulfureuse conseillère spirituelle du président lui a valu de faire l’objet d’une enquête du Sénat américain, en 2007, pour détournement de fonds mais, selon l’universitaire André Gagné, Paula White et Donald Trump avaient tout pour s’entendre.

André Gagné : « Paula White est une outsider qui a réussi à percer. Et Donald Trump lui aussi est un outsider politique. C’est intéressant de voir comment ces deux outsiders ont réussi à s’allier pour arriver finalement à influencer politiquement les États-Unis en ralliant des pasteurs qui ne sont pas nécessairement du même point de vue théologique, mais qui ont une cause commune : le retour aux valeurs judéo-chrétiennes, la lutte contre l’avortement, l’opposition aux droits des personnes LGBTQ, c’est ça qui constitue la droite chrétienne ».

Cette alliance entre Donald Trump et la droite religieuse ressemble à un échange de bon procédés. En 2016, 81% des évangéliques blancs ont voté pour lui, la proportion semble équivalente au bout de ses 4 ans à la Maison Blanche car, dans son exercice du pouvoir, le président a scrupuleusement soigné cette droite religieuse, comme il le rappelle ce jour-là dans la megachurch de Miami.

Donald Trump : « Les évangéliques et les chrétiens de toutes dénominations savent qu’ils n’ont jamais eu meilleur défenseur que moi à la Maison Blanche. Jamais. Nos opposants veulent éliminer Dieu de l’espace public pour pouvoir imposer leur agenda extrémiste, anti-religion et socialiste. Mais nous, Dieu est de notre côté. Le 3 novembre 2020, c’est la date ! Nous allons remporter une nouvelle victoire monumentale. Une victoire pour Dieu et la famille. Pour la foi et la liberté. »

André Gagné : « Trump a réussi à les embobiner. Et en même temps, leur rapport est quand même vraiment transactionnel. Trump écoute cette base électorale et toutes ses décisions politiques sont influencées par la droite chrétienne. Trump n’a pas le choix s’il veut rester au pouvoir car il dépend énormément de cette base évangélique. Il ne faut pas oublier qu’aux États-Unis, il y a actuellement environ 95 millions d’évangéliques. Alors tous bien sûr n’ont pas voté pour Trump, mais  ceux qui l’ont fait ont réussi à placer Donald Trump au pouvoir sans même gagner le vote populaire. Il ne faut pas sous-estimer cette base électorale que constitue pour Trump la droite chrétienne, sa capacité de mobilisation est phénoménale ».

Donald Trump : « Dès le jour de mon élection, la guerre du gouvernement contre la religion s’est brutalement arrêtée ! »

Et dans la sphère évangélique américaine, Donald Trump compte un autre soutien de poids. Robert Jefress, pasteur de la First Baptist Chruch de Dallas, chante les louanges du président presque tous les jours sur Fox News, devenu le principal canal de propagande trumpiste aux États-Unis. Et quand on demande au pasteur Jefress pourquoi les évangéliques blancs soutiennent aussi fermement Donald Trump. Le pasteur texan répond en trois points.sans hésiter.

Robert Jefress : « C’est en raison de ses mesures pour la liberté religieuse, du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et de ses nominations de juges conservateurs. On est engagé dans une bataille. Ce n’est plus juste une bataille entre démocrates et républicains, mais c’est une bataille entre le Bien et le Mal. Regardez les démocrates, tous leurs candidats sont pour l’avortement sans limite. Nous, on pense que ce n’est pas seulement mauvais, c’est barbare. C’est pour ça qu’on a besoin d’un président comme Donald Trump qui est pro-vie, pro-religion et du bon côté de Dieu. Et je l’ai dit au président, vous aurez une victoire encore plus large chez les évangéliques en 2020 qu’en 2016 ».
Très proche de Donald Trump, le Pasteur Jefress est membre de la White House Faith Intiative, une structure créée par l’administration Trump pour conseiller le président sur les questions religieuses, notamment en matière de politique étrangère. Comme la plupart des évangéliques américains, Robert Jefress est un chrétien sioniste. En 2018, il était d’ailleurs l’un des deux pasteurs invités à prononcer la prière inaugurale de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, un évènement constamment cité comme l’un des plus marquants du mandat Trump par les évangéliques qui le lient à une prophétie biblique annonciatrice, selon eux, du retour de Jésus sur Terre, comme l’explique le chercheur André Gagné.

André Gagné : « Israël est extrêmement important pour les évangéliques car pour eux, Israël est le peuplé élu de Dieu. Ils se basent sur des textes de l’Ancien Testament pour arriver à cette conclusion. Et c’est pour ça qu’il y a un soutien indéfectible à Israël et un soutien face à ses ennemis comme l’Iran, par exemple. Car dans la pensée évangélique, ceux qui bénissent Israël seront bénis par Dieu et ceux qui maudissent Israël seront maudits par Dieu. Ils rentrent dans une alliance avec Israêl pour s’assurer que Dieu continue de bénir les États-Unis. Par ailleurs, il y a aussi toute une lecture eschatologique autour d’Israël, toute une idéologie de la Fin des Temps, et de ce qu’ils croient être annonciateur de la seconde venue du Christ sur Terre pour établir un royaume éternel. Ils font une lecture géopolitique de ce qu’ils voient comme étant des prophéties bibliques. Et en même temps, ils sont en fait très antisémites, parce que ce fantasme eschatologique s’inscrit aussi dans la perspective de convertir les Juifs à la religion chrétienne. Parce que selon leur lecture des prophéties bibliques, les Juifs, dans les derniers jours, reconnaîtront Jésus Christ, comme leur Messie ».

Et selon André Gagné, c’est toute l’administration Trump qui est influencée par de cette droite religieuse américaine, avec des hommes comme Mike Pence, un vice-président qui se définit lui-même comme chrétien, conservateur et républicain dans cet ordre.
Mais aussi Mike Pompeo, secrétaire d’État et lui aussi évangélique convaincu.

André Gagné : « Mike Pompeo dit lui-même qu’il mène sa politique en s’appuyant sur la Bible. Il consulte régulièrement la Bible. La Bible est son livre de chevet. Lors d’une rencontre dans une église en 2015, il disait attendre avec impatience ce qu’on appelle « l’enlèvement » de l’Église, ce qu’on appelle « the rapture » dans les milieux évangéliques. C’est un texte que l’on retrouve dans une des épitres du Nouveau Testament et qui explique qu’un jour, le Christ va revenir chercher les siens sur Terre pour les emmener avec lui, c’est « the rapture ». Et cet « enlèvement de l’Église » est vu par certains évangéliques, comme un signe de la Fin des Temps. Mike Pompeo le dit sans s’en cacher, il croit à cette prophétie. Et il est le secrétaire d’État américain. Il est certain que ça façonne sa politique ».

Mais au-delà de sa politique étrangère, ce qui vaut à Donald Trump le soutientindéfectible des évangéliques, c’est aussi sa politique anti-avortement. En 4 ans, le président aura nommé pres de 300 juges fédréaux à vie, des juges conservateurs et jeunes capables de transformer durablement la société américaine.

Donald Trump : « On a des juges qui sont très jeunes. Ils sont pour là pour au moins 40 ans !  L’extrême gauche essaie de remplacer la religion par l’État et Dieu par le socialisme. Nous, on croit en la liberté religieuse et dans le droit à la vie ».

André Gagné : « Le parti démocrate est caractérisé comme étant sous emprise satanique ou démoniaque. C’est une manière de dire que ce parti n’est pas capable de gouverner le pays. Et on veut cette rhétorique émerger chez des pasteurs influents qui ont des milliers d’adeptes. Du coup, il y a une atmosphère de crainte et de peur qui se crée dans ces groupes ultra-conservateurs qui se disent qu’il faut se défendre, qu’il faut prendre les armes s’il le faut. Et on a la Constitution avec nous pour conserver nos armes et nous défendre. La rhétorique utilisée est une rhétorique de guerre, de mobilisation, de conflit spirituel. Et cette démonisation de l’adversaire ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Et il ne faudrait pas s’étonner de finir par les voir se ranger du côté de ceux qui entameraient des actions violentes ».

Et avec la nomination probable d’un troisième juge conservateur par Donald Trump à la Cour Suprême, le droit à l’avortement n’a jamais été aussi menacé depuis sa légalisation, avec l’arrêt Roe V Wade en 1973. Dans cette bataille de l’avortement, le parti démocrate est présenté par les pasteurs évangéliques proches du président comme le parti anti-Dieu, un discours qui creuse encore un peu plus la division entre deux Amériques, explique André Gagné.

En attendant, tous les États-Unis sont suspendus aux bulletins de santé du médecin de Donald Trump, depuis l’annonce de son test positif au coronavirus. Le président a sans doute contracté la maladie, lors de la cérémonie de présentation sans masque à la Maison Blanche, de sa candidate pour la Cour Suprême, Amy Coney Baret. Une cérémonie à laquelle sa conseillère spirituelle a participé sans masque elle aussi. Sur internet, Paula White organise depuis des prières pour le président américain et la pasteur de la Maison Blanche l’assure, Donald Trump guérira du coronavirus par la force de la prière.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.