Nigeria: quel avenir pour le mouvement de contestation

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Manifestation contre les violences policières à Lagos, le 12 octobre 2020.
Manifestation contre les violences policières à Lagos, le 12 octobre 2020. REUTERS/Temilade Adelaja

Le Nigeria, géant de l’Afrique avec ses quelque 200 millions d’habitants a été secoué, en octobre 2020, par 3 semaines de manifestations au départ contre les violences policières, et notamment les agissements de la SARS, brigade spéciale de répression des vols, accusée de racket, kidnapping, torture et d’exécutions extra-judiciaires.

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Le 12 octobre 2020, le président Muhammadu Buhari annonce sur twitter la dissolution de la SARS, mais cela ne suffit pas à stopper la fronde. Au fil des jours, la contestation -pacifique- se transforme en critique ouverte contre la corruption généralisée, la vie chère, l’insécurité, la mauvaise gouvernance, bref contre le pouvoir en place.
C’en est trop pour les autorités : le 20 octobre 2020, l’armée et la police ouvrent le feu sur un sit-in d’un millier de manifestants au péage de Lekki à Lagos. Bilan de ce qu’on appelle désormais le bloody Tuesday :  au moins 10 morts, selon Amnesty International... Les vidéos font le tour du monde, les condamnations internationales pleuvent ; de Londres à Pretoria en passant par Accra, la diaspora nigériane se mobilise, de même que les stars de la musique : Wizkid, Burnaboy, Davido, Beyoncé ou Rihana.
Le président Muhamadou Buhari mettra 2 jours avant de s’exprimer à la TV. Il annonce une réforme de la police, prévient qu’il n’autorisera personne à mettre en péril la paix et la sécurité de l’État, et regrette d’avoir été trop faible pendant ces 2 semaines de contestation. Dans la rue, la sidération fait place à la colère qui se propage dans le pays... pillages, incendies, émeutes, répression, couvre-feu, arrestations... Les violences ont fait au total, depuis mi-octobre 2020, près de 60 victimes au total et des centaines de blessés...
Où en est l’enquête sur la fusillade de Lekki ? Pourquoi le pouvoir a-t-il choisi la manière forte plutôt que le dialogue avec des manifestants résolument pacifiques ? Stoppé dans son élan, le mouvement de contestation peut-il repartir ? Sous quelle forme ? Des figures ont-elles émergé de la révolte ? Le régime Buhari est-il fragilisé, voire menacé ? 

Avec :
- Elodie Apard, directrice de l’IFRA (Institut français de recherche en Afrique) à Ibadan au Nigeria de 2016 à 2020, chercheure associée au LAM « les Afrique dans le Monde » à Sciences-Po Bordeaux. Va publier en décembre 2020 Transnational islam, une co-édition IFRA/African studies center de l’université de Leiden aux Pays-Bas
- Marc Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’IRD. Auteur de Une guerre perdue. La France au Sahel chez Lattès. A publié une note en ligne Boko Haram et les limites du tout répressif au Nigeria
- Laurent Fourchard, directeur de recherche au CERI de Sciences-Po Paris. Auteur de Trier, exclure et policer, Vies urbaines en Afrique du Sud et au Nigeria, Presses de Sciences Po. 
 

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