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Invité Afrique

Burkina: Zéphirin Diabré (UPC) entend former un gouvernement de réconciliation nationale

Audio 05:09
Zéphirin Diabré, président de l'UPC, l'Union pour le progrès et le changement au Burkina Faso.
Zéphirin Diabré, président de l'UPC, l'Union pour le progrès et le changement au Burkina Faso. Fan club de Zéphirin Diabré/Facebook
Par : Bineta Diagne
13 mn

Les élections présidentielles et législatives se tiennent ce dimanche 22 novembre au Burkina Faso. RFI donne la parole à chaque candidat à la présidentielle et reçoit ce mercredi l’opposant Zéphirin Diabré, 61 ans. Le leader de l’UPC (Union pour le Progrès et le Changement) se présente pour la seconde fois à la magistrature suprême : il était arrivé 2ème en 2015, avec 29,65% des voix. Ancien ministre du Commerce de 92 à 94, puis ministre des Finances jusqu’en 1996 sous Blaise Compaoré, Zéphirin Diabré propose de former un gouvernement de réconciliation nationale, s’il est élu. Il est en ligne de Ouagadougou.

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Rfi : Zéphirin Diabré, sur le plan sécuritaire, si vous êtes élu, qu’est-ce que vous comptez faire de mieux en matière de lutte contre le terrorisme ?

Zéphirin Diabré: D’abord, sans aucun doute, apporter une différente approche, puisque nous sommes des êtres différents, celui qui a la charge du pays actuellement et moi, et donc sans aucun doute sur les questions d’organisation de l’armée, de stratégie, de motivation. Il y aura une nouvelle approche. Nous avons publié un livre blanc, dans lequel il y a un certain nombre de propositions.

Par exemple, la mise en place d’un corps de garde-frontière, pour nous assurer que des infiltrations de terroristes puissent être prévenues à l’avance, des moyens pour motiver davantage et équiper nos Forces de défense et de sécurité, la création d’un collège de guerre pour avoir une vision beaucoup plus stratégique sur ces questions et j’en passe.

Mais sans aucun doute, la différence fondamentale qu’il y a entre moi et ceux qui nous gouvernent, c’est la question de savoir si cette lutte contre le terrorisme peut être gagnée uniquement sur le plan militaire. J’observe, par exemple, ce qui se passe en Afghanistan avec les talibans. Je vois que les Américains et leur armée, qui est la plus puissante du monde, avec tous les moyens dont ils disposent, n’ont pas réussi à éradiquer le phénomène en vingt-trente ans de combats. Ils en sont revenus à des discussions avec les parties en présence. Donc l’option d’identifier parmi ceux qui nous attaquent, des femmes et des hommes avec lesquels on peut nouer un dialogue, est une option que je n'écarte pas.

Est-ce que cela veut dire que vous pourriez, dans votre démarche, dialoguer avec des groupes armés et sur quels points ?

Oui, mais justement, si on ne commence pas la démarche, on ne sait pas quelles sont leurs revendications. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Qu’est-ce qu’ils attendent de nous ? Et qu’est-ce nous pouvons attendre d’eux et que l’on peut concéder ? Ce sont des questions qu’il faut évaluer. Mais pour le faire, il faut que l’on ait une démarche de dialogue, qui permettra d’abord de savoir qui nous avons en face. Là, j’ai le sentiment que l’on a plusieurs groupes en face de nous et que tous ces groupes n’ont pas les mêmes revendications. Il y a forcément, dans certains de ces groupes, des revendications qui sont gérables.

Si par exemple, un groupe me dit que son engagement dans ce combat repose sur l’idée que leur zone, leur territoire, leur région est abandonnée, je leur fais une offre de développement avec un plan d’urgence. Je pense qu’il va mener le combat. Si nous avons une approche de cette nature, cela permettra d’identifier, peut-être, parmi tous ces groupes qui nous attaquent, ceux avec qui on peut avoir un dialogue. Pour d’autres avec lesquels on ne pourra pas avoir ce dialogue, la solution militaire va continuer. Mais dans tous les cas, si on arrive à casser leur front, c’est un plus pour nous et pour nos armées.

Mais le fait de dialoguer avec des groupes armés, est-ce que ce n’est pas une manière, un signe de faiblesse finalement, de la part des autorités en place ?

Demandez cela aux Français qui ont dialogué avec des groupes armés de l’Algérie, est-ce que c’est un signe de faiblesse ? Ils les ont qualifiés de terroristes et après il y a eu les Accords d’Evian. Donc c’est une option. Je ne dis pas que c’est la seule. Pendant que nous continuons l’option militaire, il faut que l’on voie si l’on peut identifier des gens avec lesquels ont peut discuter.

Si vous êtes élu, est-ce que vous accepterez la main tendue par l’ancien président Blaise Compaoré, qui souhaite offrir ses services pour lutter contre les groupes jihadistes ?

Bien entendu. Si je suis élu, je mettrai en place un gouvernement de réconciliation nationale, dans lequel toutes les grandes composantes de notre vie politique seront présentes, y compris le MPP, parce que j’estime que chacun peut apporter quelque chose. Le président Blaise Compaoré a dirigé ce pays pendant presque trois décennies. Il a une expérience, il a des connaissances, il a peut-être aussi des contacts qui peuvent nous être utiles. Il n’y a pas de honte à faire en sorte que, quelqu’un qui a servi son pays à ce niveau-là, puisse lui apporter ce concours-là. L’optique que nous avons choisie, c’est « vérité, justice, réconciliation ». Je m’en tiens à cela.

Vous parlez de « vérité, justice, réconciliation »… Si vous êtes élu, est-ce qu’un procès sur les présumés assassins de Thomas Sankara aura lieu ?

Ça, c’est quelque chose qui est déjà engagée par la justice et qui a atteint un certain stade. Je crois que l’essentiel dans cette question, c’est que les gens veulent connaître la vérité. Et deuxièmement, j’ajoute qu’il faut tout faire pour n’humilier personne et se rappeler que des hommes et des femmes qui ont occupé un certain nombre de fonctions méritent certains égards. Pour ce qui me concerne, il n’y a aucun problème à respecter cette manière de faire, sans bien entendu, m’ingérer dans le déroulement de la justice.

Un mot sur la stratégie adoptée par l’opposition... L’été dernier, plusieurs figures de l’opposition se sont réunies autour d’un accord. L’idée étant de soutenir l’un des candidats de l’opposition qui passe au second tour. Mais est-ce qu’il n’y a pas, derrière cette stratégie, un risque d’émietter les voix au profit du président sortant, dès le premier tour ?

Nous avons examiné toutes les hypothèses et l’une des hypothèses qui est séduisante, est celle d’un candidat unique. Mais nous nous sommes rendu compte que sa mise en œuvre aurait été difficile, parce que la coopération et la collaboration était très récente. L’électorat, forcément, n’aurait pas suivi. Donc la meilleure stratégie est que l’on ait plusieurs candidatures, que chacun dans la zone, où les zones où il est fort, fasse le maximum de voix, ce qui bien entendu affaibli le parti au pouvoir, et qu’au second tour on se rassemble derrière celui qui sera au second tour.

Vous promettez, dans votre programme de campagne, une lutte acharnée et froide contre la fraude et la corruption électorale, qui sera appliquée dès la campagne pour les municipales de l’année prochaine. Est-ce à dire que le scrutin actuel vous semble aussi fiable et transparent ?

Il y a deux choses dans le scrutin. Il y a la mécanique du scrutin lui-même et il y a l’environnement. D’abord, l’environnement est corrompu et pollué. Parce que, ceux qui sont là, qui sont observateurs et qui sont témoins, vous diront qu’ils constatent que l’argent est en train de jouer un rôle très néfaste. Il y a beaucoup d’argent qui circule. Il y a beaucoup d’argent qui est distribué aux grands électeurs, aux chefs coutumiers et aux groupes sociaux… En fait, le régime en place est en train d’acheter le vote. On dit, par exemple, qu’ils prennent même les numéros des pièces d’identité, des cartes d’électeurs, avec des promesses de leur transférer de l’argent par un opérateur quelconque, à quelques jours de l’élection. Donc cela pollue la démocratie.

Deuxièmement, il y a toute la procédure du vote. Nous sommes en Afrique. Tout le monde sait très bien que, ceux qui organisent les élections, mettent tout en œuvre pour les gagner. Donc il y a des opérations d’intimidation, de fraude, qui ont lieu ici et là… L’essentiel, pour nous est que l’on puisse faire en sorte que leur fraude n’entache pas la sincérité des résultats. Mais tout cela nous interpelle sur l’urgente nécessité de bâtir notre démocratie sur des démarches beaucoup plus sincères.

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