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L'Europe doit intégrer le Maghreb dans son plan de relance, selon l'Institut Montaigne

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La stabilité du Maghreb est un impératif pour l'Europe, plaide l'Institut Montaigne, ce laboratoire d'idée français.
La stabilité du Maghreb est un impératif pour l'Europe, plaide l'Institut Montaigne, ce laboratoire d'idée français. © REUTERS/Francois Lenoir

Pour Hakim El Karoui, chercheur associé à l’Institut Montaigne, l’Union européenne doit intégrer les pays du Maghreb dans son plan de relance, et ce afin d’éviter une crise économique aux conséquences désastreuses.

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Pour le chercheur Hakim El Karoui, « ce que l’on ne voit pas, c’est que l’on est imbriqué aujourd’hui avec le Maghreb. Et d’une certaine manière, la grande frontière européenne est en train de se déplacer de la Méditerranée au Sahara. »

Selon lui, les dirigeants européens doivent encore intégrer cette nouvelle donne géopolitique. Ce qui se produit sur une rive de la méditerranée a des répercussions quasi immédiates sur l’autre rive. 

« Quand on voit l’imbrication économique qu’il y a entre les pays du Maghreb et les pays européens, notamment les trois du Sud, Espagne, Italie et France, on ne comprend pas que le plan de relance européen - 750 milliards d’euros, la moitié en dons et la moitié en prêts - ne concerne pas ces pays. Parce qu’ils sont liés économiquement à l’activité européenne, et en même temps leur stabilité économique, sociale, mais du coup, politique, peut avoir un impact immédiat sur ce qui se passe en Europe », explique le chercheur.

Risque de déstabilisation sociale

Hakim El Karoui décortique dans son rapport les situations financières de trois pays Maroc, Algérie, Tunisie. Il en déduit que ces pays n’ont ni les ressources budgétaires, ni les possibilités de création monétaire que les pays du Vieux Continent. Or le choc économique post-pandémie faire courir un risque de déstabilisation sociale.   

« Ces pays-là sont des pays à revenu intermédiaire, ils n’ont pas pu faire comme les pays européens, c’est-à-dire créer de la monnaie sans limites. Et donc, ils se retrouvent aujourd’hui avec 8 %, 10 %, 12 % du PIB en moins dans leur économie. Il faudrait que les européens, à la fois poursuivent leur soutien à la zone (qui existe), mais comprennent qu’il y a là un phénomène conjoncturel et qu’il faut aider ces pays à passer ce phénomène conjoncturel avec des dons. Et les dons, c’est 1 à 2 % du montant total du plan de relance et cela correspondant à peu près à la taille des économies. Il s’agit moins de faire plaisir aux pays maghrébins que de répondre à l’intérêt des Européens. »

Une déstabilisation des économies maghrébines en raison de la crise entraînerait des risques politiques, migratoires et in fine pour l’Europe des risques sécuritaires, juge Hakim El Karoui. La politique de dons qu’il préconise n’est pas insurmontable pour les riches économies européennes.

À eux trois, Maroc, Algérie et Tunisie ont tout au plus besoin d’une vingtaine de milliards d’euros pour sortir de la mauvaise conjoncture actuelle. De plus, l’Europe enverrait un signal fort à ces partenaires qui sont de plus en plus courtisés par les puissances émergentes, Chine et Turquie en tête.

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