Aujourd'hui l'économie

«Printemps arabes»: le grand recul de l’économie

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Le Caire, le 31 décembre 2011. Coptes et musulmans se retrouvent sur la place Tahrir, d'où la révolte contre le régime de Hosni Moubarak a commencé, pour commémorer le souvenir de tous ceux qui ont été tués au cours de la répression.
Le Caire, le 31 décembre 2011. Coptes et musulmans se retrouvent sur la place Tahrir, d'où la révolte contre le régime de Hosni Moubarak a commencé, pour commémorer le souvenir de tous ceux qui ont été tués au cours de la répression. © Reuters/Amr Abdallah Dalsh

Le manque de perspectives économiques a joué un rôle moteur dans les « printemps arabes ». Dix ans plus tard, les maux qui ont conduit aux révolutions sont toujours là. Le chômage, la corruption, les inégalités se sont même aggravées.

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Le désenchantement rime toujours plus avec appauvrissement. En 2011, huit millions des habitants des pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord vivaient avec moins de 1,9 dollar par jour, c'est le seuil de pauvreté défini par la Banque mondiale. Depuis 2018, ils sont 28 millions à vivre dans cette grande précarité. Plus du triple. Une situation qui s’explique, bien sûr, par la pression démographique ; la population a explosé, mais pas seulement. La donne économique, ou plutôt la maldonne qui a poussé la jeunesse à se révolter n'a quasiment pas changé en dix ans. D'après une enquête réalisée par Yougov, une majorité des habitants considère que sa situation s'est dégradée, et cela dans tous les pays balayés par le souffle des « printemps arabes ».

En 2011, c’est le désespoir « économique » qui a poussé ce jeune Tunisien à s’immoler dans la ville de Sidi Bouzid

Il est une victime du chômage, de la pauvreté, de la corruption, des inégalités de traitement. Des facteurs récurrents dans tous les pays qui se sont enflammés. Quelques jours avant le début de la « révolution de jasmin », la Banque mondiale publie un rapport louant la réussite de l'économie tunisienne. Les chiffres de croissance sont trompeurs. La pauvreté est sous-évaluée de 20% et la libéralisation encouragée par la Banque mondiale est un leurre : elle a profité au clan au pouvoir. Dix ans après, le clan Ben Ali a disparu, mais en Tunisie comme dans le reste du monde arabe, la redistribution des cartes en faveur de cette jeunesse désespérée se fait attendre. Le chômage des jeunes a empiré. Il touchait le quart de la population, c’est 34% maintenant, selon l’Organisation internationale du travail.  

Ces pays ont aussi subi plusieurs chocs qui ont aggravé les choses, à commencer par la guerre

La guerre a totalement détruit la Syrie, le Yémen et une grande partie de la Libye. Deuxième choc : le terrorisme. Il a pénalisé le tourisme en Égypte et en Tunisie. Et puis le choc pétrolier en 2014.  C’est une brusque contraction de la rente pour les pays pétroliers, Algérie, Libye ou Irak. Pour les autres, la facture à l'importation est plus légère, mais il y a aussi un impact négatif. L'aide en provenance des États du Golfe commence à baisser, comme les transferts de la diaspora. Dernier choc en cours : celui de la pandémie. Ces chocs consécutifs ou simultanés aggravent l'endettement et privent les États des ressources nécessaires pour réformer leur pays.

Est-ce une question de moyens financiers ? 

Une question de volonté politique. La Banque mondiale et le FMI ont, tour à tour, lancé des appels à la réforme, en expliquant qu'il faut absolument sortir de ce contrat social qui fabrique des perdants. Difficile de croire que les dirigeants actuels entendent ce message, ils ont tout fait pour conserver leur pouvoir politique et économique. Certains experts s'attendent à de nouvelles révoltes, d'autres prévoient de nouvelles vagues de migration. D'après une enquête publiée cet automne, 42% des jeunes de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, rêvent de quitter leur pays.

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