Aujourd'hui l'économie

Jusqu’où le Liban va-t-il s’enfoncer dans la crise?

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En un an, la monnaie libanaise a perdu 90% de sa valeur. Au marché noir, il faut à présent débourser 1 500 000 livres libanaises pour obtenir 100 dollars.
En un an, la monnaie libanaise a perdu 90% de sa valeur. Au marché noir, il faut à présent débourser 1 500 000 livres libanaises pour obtenir 100 dollars. © AFP - JOSEPH EID

Cela fait plus d’un an que le Liban endure la pire récession de son histoire et ses habitants n’en voient toujours pas le bout. En un an, la monnaie a perdu 90% de sa valeur.

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Depuis une dizaine de jours, des Libanais se battent dans les supermarchés pour acheter du lait en poudre ou de l’huile à un prix subventionné.

Des scènes courantes depuis que la monnaie a franchi, début mars, un nouveau palier à la baisse, soit 10 000 livres pour 1 dollar au marché noir. Mais aujourd’hui, sa valeur s’est encore plus dépréciée : il faut désormais débourser 15 000 livres pour obtenir un billet vert.

En quelques jours, la valeur du salaire minimum mensuel est passé de 67 à 45 dollars. Bien peu de Libanais disposent de ce revenu. Dans ce pays de huit millions d'habitants, dont un million de réfugiés, quatre personnes sur dix sont sans emploi. Une sur deux en situation de pauvreté. Le produit intérieur brut s’est rétréci d’un quart en une année. 

La livre libanaise a perdu 90% de sa valeur en un an

Le marché des changes est devenu le curseur et le moteur de cette descente aux enfers. Pour ce petit pays du pourtour méditerranéen qui importe son alimentation, son carburant, cela signifie que tout est devenu hors de prix. Les prix de l’alimentation ont quintuplé. Les Libanais supportent aujourd’hui des privations bien plus graves que celles qu’ils ont connues au plus fort de la guerre civile, rapporte un confrère de L’Orient-Le Jour, le quotidien francophone de Beyrouth.

Les réserves de change, les caisses de l’État sont en train de s’épuiser. À ce rythme, d’ici la fin du mois, il n'y aura plus de quoi subventionner les produits de base et peut-être même plus de quoi les importer.

Sur les réseaux sociaux, les Libanais dénoncent le détournement de ces produits subventionnés

Le Labneh, destiné aux Libanais dans le besoin, a été entraperçu sur les rayons des magasins ivoiriens, du café Najjar au Gabon ou encore du fromage Picon au Nigeria ou au Koweït, photos à l’appui. Même si cette contrebande n’est pas prouvée, pas quantifiée, c’est un phénomène très connu des Libanais. L’essence et les médicaments sont les marchandises importées les plus détournées, entre autres, chez le voisin syrien, lui aussi exsangue. Ces trafics prospèrent grâce à la corruption qui gangrène toute l’économie depuis des décennies.

Comment sortir de cette spirale sans fond ?

La solution est politique. Cela fait plus d'un an que les Libanais réclament la fin du système confessionnel, clientéliste qui a mis le pays à genou. Mais les partis au pouvoir refusent de répondre à la demande de la société civile. Depuis la catastrophe de l'explosion du port de Beyrouth cet été, ces partis ne parviennent même pas à former un gouvernement. La solution à court terme passe bien sûr par l’intervention des bailleurs : le FMI, la Banque mondiale et les donateurs traditionnels du pays du Cèdre, sous la houlette de la France. Ils conditionnent le déblocage de l'aide à l'adoption de réformes que les partis, là aussi, refusent. Dans l'urgence, les bienfaiteurs doivent trouver des moyens d’aider le Liban sans entretenir le système. Ce n’est pas gagné. La Banque mondiale veut, par exemple, aider directement les plus nécessiteux. Encore faut-il un fichier fiable des populations visées et non des listes établies selon des critères clientélistes.

En bref

La fortune de l'ancien président Donald Trump a fondu, selon l'agence Bloomberg. Pendant son mandat, la valeur de ses actifs s'est réduite de 700 millions de dollars, surtout à cause du Covid-19 qui a paralysé ses hôtels et son golf. Il reste milliardaire avec une fortune estimée à 3,2 milliards de dollars.

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