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L’invasion des criquets pèlerins

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Le criquet pèlerin fait son retour en Afrique de l'Est alors qu'en 2020, il a déjà fait des ravages dans cette partie du continent entrainant une insécurité alimentaire pour des millions d'habitants (Image d'illustration).
Le criquet pèlerin fait son retour en Afrique de l'Est alors qu'en 2020, il a déjà fait des ravages dans cette partie du continent entrainant une insécurité alimentaire pour des millions d'habitants (Image d'illustration). © AFP/Luis Tato

Une véritable épidémie de criquets pèlerins dévaste l’Afrique de l’Est pour la deuxième année consécutive. L’insecte volant se reproduit de manière exponentielle et des dizaines de millions de criquets dévorent les champs cultivés pour l’alimentation humaine. 

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On croirait entendre la pluie qui tombe. Il s’agit en réalité d’un nuage de criquets pèlerins qui s’est abattu sur un champ de culture, et qui dévore tout sur son passage. Un essaim de criquets pèlerins compte plusieurs millions d’individus et, l’an dernier, au plus fort de la crise qui a frappé l’Afrique de l’Est, on a observé un essaim en vol aussi grand que le Luxembourg.

Les premiers signes de cette terreur aérienne et cyclique dans la région remontent à 2018, après le passage de deux cyclones, qui provoquent une montée d’humidité sur la péninsule arabique, propice au développement de Schistocerca gregaria, appelé aussi « la sauterelle tigre »... En quelques mois, les criquets rejoindront l’Afrique de l’Est jusqu’au Kenya. À leur naissance, les larves sont dépourvues d’ailes, et se contentent de progresser sur le sol. Dans le désert, les criquets pèlerins sont solitaires. Mais la catastrophe s’annonce lorsqu’ils adoptent un comportement grégaire et forment des essaims nomades de millions d’individus, capables de se déplacer de plusieurs dizaines de kilomètres en une journée pour trouver leur nourriture.

Des criquets voraces quand ils sont des milliards

« Ils sont voraces ! Ils mangent à peu près l’équivalent de leur poids chaque jour, détaille Cyril Piou, chercheur au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, impliqué à Montpellier dans la lutte contre les ravages du criquet pèlerin sur l’agriculture. Deux grammes, ce n’est pas grand-chose quand ils sont une dizaine, mais quand ils sont des milliards ce sont des millions de tonnes qui peuvent être consommées. »

Un seul essaim de 1 kilomètre carré peut engloutir en une journée l’équivalent de la consommation de 50 000 êtres humains. Un comportement « catastrophique » pour l’agriculture, « lorsqu’ils arrivent sur des champs dont les plantes sont juste au début de leur croissance. La végétation est alors complètement rasée et la culture sera perdue pour la saison en cours », poursuit Cyril Piou. Depuis 2020, les alertes aux crises alimentaires se sont ainsi multipliées de la Corne de l’Afrique jusqu’au Kenya. 

Aucun prédateur ne peut en venir à bout

Pour le criquet pèlerin, l’un des grands migrateurs du règne animal, l’union fait la force et protège des prédateurs incapables d’ailleurs de réguler une population à la croissance exponentielle lorsque les conditions sont réunies. « Aucun prédateur n’arrive à aller aussi vite que lui, relève Cyril Piou. Les dynamiques de population des criquets pèlerins sont explosives. Chaque génération multiplie par 3 ou 4 les effectifs, et jusqu’à 20 fois en très bonne situation. » Sachant qu’une femelle pond une centaine d’œufs, elle engendre (en théorie ; toutes les larves ne survivent pas) une descendance de 400 individus. Une épidémie exponentielle de criquets pèlerins – ça ne vous rappelle rien ? On en est ainsi aujourd’hui à la huitième génération depuis l’invasion de la Corne de l’Afrique. Et le criquet pèlerin a toujours une longueur d’avance.

Le 6 février 2021, le secrétaire général des Nations unies lançait un énième appel à la mobilisation internationale. « Je demande à la communauté internationale de répondre avec rapidité et générosité pour assurer une réponse efficace et contrôler l’invasion tant que nous en avons encore la possibilité », déclarait António Guterres à la tribune de l’Union africaine, à Addis-Abeba, en Éthiopie, l’un des trois pays en danger avec la Somalie et le Kenya, alors que les criquets pèlerins s’approchent de l’Ouganda et du Soudan du Sud.

Un nuage chimique contre le nuage de criquets

L’ONU a besoin d’argent pour financer la lutte contre « la sauterelle tigre ». Une lutte chimique, dans l’urgence. Hormis un biopesticide basé sur un champignon, l’essentiel des moyens utilisés repose sur l’utilisation massive de produits industriels. « On donne à des avions ou à des hélicoptères les coordonnées d’un essaim qui est posé le soir, raconte Cyril Piou. Le matin, assez tôt, avant que l’essaim redécolle, on va réaliser un épandage chimique à large spectre qui va tuer beaucoup d’autres espèces que les criquets pèlerins, des oiseaux, d’autres animaux à sang-froid. C’est donc ensuite un immense problème environnemental, puisque la quantité de pesticides larguée est énorme. »

C’est une lutte de longue haleine. « Ce n’est pas une dynamique qu’on peut casser en quelques jours », constate le spécialiste du criquet pèlerin. Le combat contre les criquets repose sur la réactivité d’un réseau d’observateurs en train d’être développé en Afrique de l’Est. Une application mobile a été mise en place pour signaler en temps réel la progression des essaims. Les pays d’Afrique de l’Ouest possèdent déjà un réseau mis en place, avec le soutien du Cirad, après la dernière crise alimentaire provoquée par l’invasion de criquets pèlerins entre 2003 et 2005. Il n’y en a pas eu depuis. Parce qu’il vaut mieux prévenir qu’affronter un mur.

 

« Quelle est la plus petite fleur au monde ? »

Elle est si petite qu’on a du mal à la voir… Et la plante qui la produit ne mesure elle-même que 2 millimètres au maximum. Wolffia, c’est le nom de ce genre qu’on appelle aussi lentille d’eau. À la surface de l’eau, sans racine, petite, mais costaud. Elle a aussi la croissance la plus rapide au monde et donne naissance à une nouvelle plante toutes les 36 heures. Une plante invasive, et comestible, qui contient presque autant de protéines que le soja. D’après des chercheurs, on pourrait vaincre la famine contre un plat de lentilles d’eau.

 

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