Chronique des médias

Les femmes revendiquent leur place sur le terrain du sport

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La journaliste Marie Portolano sur le plateau de l'émission Canal Football Club sur Canal+, le 27 mars 2016. (Photo d'illustration)
La journaliste Marie Portolano sur le plateau de l'émission Canal Football Club sur Canal+, le 27 mars 2016. (Photo d'illustration) AFP - FRANCK FIFE

Deux tribunes ont été signées par des femmes journalistes et des étudiantes en journalisme à propos du sexisme dans les programmes de sport à la télévision.

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« Femmes journalistes de sport, nous occupons le terrain ! ». C’est par ces mots que plus de 150 journalistes et étudiantes en journalisme ont cosigné dans Le Monde, le 21 mars, une tribune pour dénoncer « l’infériorisation des femmes dans les rédactions sportives ». Dans ce texte, on retrouve bien à l’œuvre les mécanismes d’invisibilisation qui amènent à sous-traiter un genre faute de laisser aux femmes la possibilité de s’en emparer

Seulement une femme sur dix parmi 3 000 journalistes sportifs et, selon le CSA, par plus de 13% de temps de parole dans « le domaine du sport à la télé » et guère plus de 18% du temps d’antenne. Comment s’étonner après que les sports féminins soient relégués au second plan ? Ce sont les hommes qui jugent le sport, suivant des critères, avec des valeurs et parfois un humour qui leur sont propres. « Les chiffres montrent que les hommes embauchent des hommes qui parlent des hommes », écrit le collectif, et « plus on monte dans la hiérarchie, plus on a de chances de trouver le dahu plutôt qu’une femme ».

Cet encadrement essentiellement masculin est aussi ce qui explique que des comportements sexistes, et parfois même des agressions sexuelles, aient pu se produire dans des émissions sportives. C’est ce qu’entendait montrer un documentaire de Canal+ intitulé « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », signé Marie Portolano, ancienne de Canal+ en partance pour M6.

Dans ce documentaire, diffusé dimanche, deux séquences fortes ont été censurées par la direction de la chaîne. La première montrait une journaliste, Isabelle Moreau, fondre en larmes en revoyant une scène de l’émission Canal Football Club, en 2011, où la vedette Pierre Ménès l’embrassait de force sur la bouche. La deuxième est encore plus grave, elle montrait ce même Pierre Ménès expliquer qu’il referait aujourd'hui ce qu’il avait fait en 2016 à la réalisatrice Marie Portolano : lui soulever sa jupe devant le public. 

Devant cette censure de Canal+, destinée à protéger son commentateur vedette, plus de 200 élèves en école de journalisme ont appelé au boycott des bourses de la chaîne et à cesser toute collaboration de leur école. Certes, les journalistes sportifs ne sont pas les seuls à s’être autorisés ces comportements déviants. L’ancien présentateur du 20 heures de TF1, Patrick Poivre d'Arvor, est lui-même l’objet d’une plainte pour viol. Mais c’est sans doute dans le monde du journalisme sportif qu’on trouve le plus le sentiment qu’ici, ce sont les hommes qui font la loi. Une loi qui commence par les moqueries condescendantes et vont parfois jusqu'à l’agression. 

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