Chronique des matières premières

Les nouvelles ambitions du coton égyptien

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Des balles de coton au Caire, en Égypte. (Photo d'illustration)
Des balles de coton au Caire, en Égypte. (Photo d'illustration) Getty Images - Marco Vacca

Fin février, le président égyptien a appelé à produire plus de coton local. Objectif, redonner à l'Égypte une place dans la cour des grands alors que la production a baissé de 50% dans le pays ces dix dernières années.

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L'Égypte peut faire mieux, car elle a déjà fait beaucoup mieux même si c'était un autre siècle. À la fin du 19e siècle, le coton local était réputé sur la planète entière, grâce à l'impulsion d'un industriel français Louis Alexis Jumel, séduit par un spécimen de coton aux fibres extra-longues qui poussait dans un jardin du Caire. Mais la concurrence du coton à fibre courte moitié moins cher a relégué l'Égypte à un statut de producteur mineur.

Pour ne parler que de ces dix dernières années, la production a baissé de moitié et les surfaces cultivées également. Les prévisions du département américain à l'agriculture (USDA) pour la nouvelle récolte égyptienne sont de 215 000 balles sur 65 000 hectares. Soit encore 30% de moins que l'année dernière.

Un marché local complexe

La faiblesse du coton égyptien c'est d'abord le rendement... Les semences ont été mélangées sans scrupule pendant des années, explique un négociant italien, ce qui a inévitablement affecté les récoltes.

Aujourd'hui, l'Égypte exporte toujours une grande partie de son coton de luxe, mais pour ses filatures elle importe la variété Upland, plus courante, importation de Grèce, des États-Unis, du Soudan, du Bénin ou encore du Burkina Faso. 512 000 balles ont été ainsi été achetées à l'étranger lors de la dernière saison, selon les statistiques américaines toujours.

« Le coton égyptien, c'est un marché très difficile », résume notre expert italien. « À cause de la corruption, dit-il, et d'une réglementation restrictive qui limite, pour des questions de semences, les pays autorisés à vendre leur coton à l'Égypte ».

Les filatures syriennes d'Égypte un nouvel acteur qui compte

Face à cet état des lieux, le pays a lancé une nouvelle stratégie Coton en 2017, réaffirmée la semaine dernière par les annonces de la présidence. La présence de nouvelles filatures installées par des Syriens fuyant la guerre n'y est peut-être pas pour rien. Ces usines comptent parmi les plus performantes du pays. La pression de leur propriétaire pour avoir plus de coton local, mais aussi du coton indien dont l'importation est encore interdite, est forte. 

La hausse des prix ces derniers mois de la qualité Pima cultivées aux États-Unis, et qui rappelle celle d'Égypte, n'est certainement pas passée inaperçue au Caire. La tentation de profiter de la manne financière est grande d'autant que pour l'instant la demande est toujours plus forte que l'offre. Le coton de très haute qualité que l'Égypte est capable de produire ne représentant que 3% du coton cultivé dans le monde.

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