Chronique des matières premières

Le chêne, l’arbre qui manque à l’Europe mais qui plaît à la Chine

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Le chêne est très convoité sur le marché mondial mais peu de pays en produise.
Le chêne est très convoité sur le marché mondial mais peu de pays en produise. © CC0 Pixabay/Csaba Nagy

L’appétit de la Chine pour le chêne et en particulier le chêne français a pris les scieries de court. Des solutions d’urgence sont à l’étude.

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Les scieries européennes n’ont qu’une question aujourd’hui : où trouver du chêne ? À l’automne dernier, elles n’ont pas renouvelé suffisamment leur stock au moment des ventes qui se font traditionnellement à cette période : elles n’ont pas pensé une seconde que la demande de bois atteindrait les sommets actuels. Après trois années peu dynamiques en termes de vente, le réveil est donc brutal.

Le chêne est très convoité sur le marché mondial, mais peu de pays en produise. La récolte française a été décevante l’année dernière. Et comme on parle du deuxième producteur européen, l’impact n’est pas négligeable. Autre souci du moment, face à la très forte demande intérieure, les États-Unis, premier producteur mondial de chêne ont décidé de moins exporter.

La Chine achète pour sa consommation intérieure

Le premier consommateur mondial, la Chine en pâtit. Or l’Empire du Milieu achète comme jamais du chêne, en ce moment. Plus que l’année dernière, mais aussi plus que les deux années précédentes. En dix ans, les ventes françaises à la Chine ont été multipliées par dix. La Chine achète de plus en plus pour sa consommation intérieure, et plus seulement pour transformer et réexporter. Elle cherche donc à sécuriser ses approvisionnements avec des prix agressifs et les acheteurs européens, et français en particulier, n’ont pas anticipé cela.

Pour Antoine d’Amécourt, le président de Fransylva principal syndicat des exploitations privées de forêt, le mode de commercialisation du bois et du chêne en particulier sont à revoir. Un quart du chêne est vendu aux enchères. Ce qui fait que le prix augmente souvent au-delà de ce que les scieries sont prêtes à mettre. Le prix du chêne est aujourd’hui le même qu’en 1980, mais quand le bois est accaparé par des négociants ou des importateurs chinois, il peut s’envoler. Pour Fransylva la solution passe par plus de transparence.

Une pétition pour limiter l’exportation de chêne brut

D’autres organisations elles ont signé une pétition pour demander l’intervention de l’État à qui elle reproche d’avoir laissé s’installer depuis 10 ans un commerce toxique… une allusion à l’exportation de grumes de chênes, sans limites, vers la Chine. Faut-il interdire l’exportation de bois brut comme l’a fait le Gabon l’année dernière pour encourager la transformation locale… ? En France, le débat sur la nécessité d’une régulation des exportations par l’Etat fait rage dans la filière bois.

Pour répondre au désespoir des scieries, et de ceux qui travaillent le chêne, une vente inédite va être organisée cet été. Les experts français ont identifié du bois qui pouvait être coupé avant la prochaine vente de l’automne. La condition pour l’acheter sera de le transformer au moins une fois en Europe. Exit donc les importateurs asiatiques et les spéculateurs qui surfent sur un marché aux abois.

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