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Invité Afrique

Burkina Faso: «L'insécurité n’a pas joué contre le président sortant», selon le politologue Abdoul Karim Saidou

Audio 05:15
 Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè sortant, réélu dès le 1er tour de la présidentielle. Ici, en meeting à Dori, au Burkina Faso, le 10 novembre 2020.(Illustration)
Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè sortant, réélu dès le 1er tour de la présidentielle. Ici, en meeting à Dori, au Burkina Faso, le 10 novembre 2020.(Illustration) © AFP - OLYMPIA DE MAISMONT

Malgré un bilan décrié, notamment en matière sécuritaire, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu à la tête du Burkina Faso avec plus de 57 % des suffrages, dès le premier tour. Comment expliquer ce succès ? Pour notre invité, Abdoul Karim Saidou, politologue à l’université Thomas Sankara de Ouagadougou, ce sujet n’a pas été primordial pour tous les Burkinabè. En laissant ouverte la possibilité d’un retour au pays de Blaise Compaoré, le président sortant a, selon lui, su conserver les voix de nombreux sympathisants de l’ancien chef de l'État.

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Le président Roch Marc Christian Kaboré est élu pour un second mandat dès le premier tour, est-ce une surprise pour vous ? 

Oui je pense qu’il y a quand même une surprise dans la mesure où il y avait d’autres candidats qui n’étaient pas autorisés à se présenter à l’élection présidentielle de 2015, je veux surtout parler du candidat de l’ancien parti au pouvoir, le CDP, Eddie Komboïgo; et vous avez également Zéphirin Diabré qui était déjà candidat en 2015 qui avait obtenu plus de 30%, et donc avec les forces politiques en présence, on pouvait quand même s’attendre à un second tour.

On pouvait s’attendre à un second tour dites-vous, alors comment pouvez-vous expliquer cette victoire dès le premier tour, ce coup K-O ? 

On sait que dans le contexte africain, les partis au pouvoir ont toujours leur longueur d’avance sur les autres, ils ont la possibilité d’utiliser les politiques publiques à des fins électorales, ils ont accès à un certain nombre de ressources, sur le plan juridique, sur le plan financier. On peut également trouver d’autres éléments explicatifs au niveau de l’opposition. Au CDP par exemple, il y a eu beaucoup de tractations pour pouvoir désigner un candidat, ce qui a créé donc des divisions qui expliquent d’ailleurs pourquoi l’ancien Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo a pu se présenter également à cette élection. Donc il y a une sorte de fragmentation qu’on a observée au niveau des partis d’opposition. 

Sur le plan sécuritaire, le premier mandat de Roch Marc Christian Kaboré a été difficile, pourtant cela ne semble pas avoir joué contre lui ? 

Oui, apparemment ça n’a pas joué contre le président sortant. Vous savez que dans le contexte burkinabé, il n’y a pas toujours de lien direct entre la performance d’un gouvernement et puis les comportements électoraux. Il y a d’autres types de rationalités au niveau des électeurs, notamment des types de rationalité liés à l’identité, au clientélisme, Etc... A cela il faut ajouter aussi le fait que l’électorat est quand même concentré dans la région du centre, donc les régions qui sont frappées par l’insécurité sont des régions où l’électorat est très faible comparé à l’électorat qu’on a par exemple dans les Hauts-Bassins ou au niveau du centre.

Vous voulez dire que pour de nombreux Burkinabé, le péril terroriste semble un peu lointain ? 

Oui c’est un peu lointain, c’est un phénomène qu’on observe dans certains pays comme le Mali ou le Niger. Certes l’insécurité peut être considérée comme le thème clef de cette campagne, l’insécurité, la réconciliation, les deux vont ensemble, mais quand on regarde également les données des sondages qui sont réalisés, on constate qu'il y a beaucoup d’autres préoccupations, telles que l’accès à l’eau potable, l’accès aux infrastructures, au logement, qui intéressent les citoyens. Et le fait aussi que l’élection n’ait pas pu se tenir dans beaucoup de bureaux de vote dans le Sahel et dans l’Est du pays, peut expliquer pourquoi on n'a pas véritablement senti l’effet de l’insécurité dans les comportements électoraux.

D’ailleurs le chef de l’État a mis en avant certains éléments de son bilan, est-ce que des mesures ont convaincu des électeurs ? 

Je crois que le président sortant a mis l’accent sur un certain nombre de réalisations, telle que la question de la gratuité des soins pour les femmes, les enfants de 0 à 5ans  qu’il a lui-même présentée comme un des acquis clefs de son mandat. Il y a d’autres réalisations par exemple dans le domaine des infrastructures, la construction des routes, des pistes rurales, mais à cela aussi il faut ajouter toutes les stratégies clientélistes qui ont été mises en œuvre par le parti au pouvoir et même d’autres partis d’opposition, notamment la subvention des CNI au profit des populations qui a été fait de façon très ciblée, distribution d’argent, distribution de biens matériels, avant et pendant la campagne électorale, qui permet d’expliquer pourquoi ce sont trois grands partis qui sont les plus nantis sur le plan financier, qui sont arrivés en tête de ce scrutin.

Eddie Komboïgo est donc donné deuxième devant Zéphirin Diabré dans cette élection, il semble donc bien que dans une partie de la société le discours nostalgique de Blaise Compaoré porte encore ? 

Oui, c’est un discours qui porte, je pense que c'est ce qui peut expliquer pourquoi d’ailleurs tous les candidats favoris ont tenu en tout cas un discours dans ce sens-là. Même le président Roch Marc Christian Kaboré a pris l’engagement qu’après son investiture, il va prendre les dispositions pour organiser un forum de réconciliation nationale et créer les conditions du retour de l’ancien président. On a également entendu cela de la part de Zéphirin Diabré, et de ce point de vue-là, on peut considérer que le retour de l’ancien président, la réconciliation nationale, d’une façon générale, a été un élément important au niveau des électeurs mais également au niveau des candidats. Il n’y a pas de position vraiment dogmatique sur la réconciliation, la position de Roch Marc Christian Kaboré consiste à dire « on est d’accord pour que ceux qui sont à l'extérieur puissent rentrer, mais faut qu’il y ait la justice. »  Mais à mon avis;, il y a vraiment une approche très instrumentale de la réconciliation. Si Roch Marc Christian Kaboré se rend compte que le retour de Blaise Compaoré va mettre à mal sa légitimité, c’est clair qu’il va maintenir sa position actuelle qui consiste à dire que si Blaise Compaoré doit rentrer, il faut qu’il réponde de ses actes devant la justice. Mais s'il a l’impression que le retour de Blaise Compaoré va renforcer son parti, va renforcer sa position politique, là les choses vont s’accélérer, donc je crois que ce sont les intérêts politiques qui orientent les discours, les stratégies des acteurs par rapport à la réconciliation nationale. 

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