Invité Afrique

Jean-Pierre Lacroix (ONU): « L’objectif de la Minusma au Mali est avant tout politique »

Audio 04:58
Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des opérations de maintien de la paix, dans les studios de Mikado FM, la radio de la Minusma à Bamako au Mali.
Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des opérations de maintien de la paix, dans les studios de Mikado FM, la radio de la Minusma à Bamako au Mali. © Serge Daniel/Radio Mikado FM
11 mn

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de Paix de l'ONU achève une visite de six jours au Mali. Jean-Pierre Lacroix, arrivé au Mali peu après la mort de trois casques bleus tués par des engins explosifs manipulés par des terroristes, a rencontré les autorités de la transition politique malienne et a effectué une visite de terrain dans plusieurs localités du nord du Mali... Faut-il rendre plus robuste le mandat des casques bleus au Mali et dans et le Sahel ? Faut-il engager le dialogue avec les terroristes ? Où en est l'application de l'accord de paix d’Alger ? Quid de la cohabitation des soldats de la paix en Centrafrique et d'autres forces notamment russes. Jean-Pierre Lacroix  répond aux questions de Serge Daniel.

Publicité

RFI : Est-ce qu’il ne faut pas rendre plus robuste le mandat de la Minusma au Mali ?

Jean-Pierre Lacroix : Le mandat des casques bleus est robuste. La question c’est, d’abord, de continuer à améliorer l’outil que constituent, pas seulement les capacités militaires, mais les missions dans leur ensemble, dont l’objectif, je le rappelle, n’est pas militaire d’abord. Il est d’abord politique. Les casques bleus c’est un instrument pour aider à atteindre cet objectif qui est politique, avec la protection des civils qui est évidemment une de nos préoccupations quotidiennes, de nos objectifs quotidiens.

À Bamako, à Niamey, à Ndjamena… On ne comprend pas pourquoi, avec tous les moyens de la Minusma -les terroristes n’ont pas d’hélicoptère, ils n’ont pas de blindés- pourquoi on n’arrive pas à les vaincre ?

Au Mali et plus généralement au Sahel, il n’y a pas que la Minusma. Il y a des forces qui ont le mandats explicite, ce qui n’est pas le cas de la Minusma, d’aller chercher proactivement les terroristes pour les neutraliser, notamment la force Barkhane et aussi, maintenant, la force du G5 et plus récemment Takouba. Toutes ces actions et toutes ces forces obtiennent des résultats qui sont non négligeables. Simplement, la zone est immense. Je vous rappelle que l’ensemble du Sahel, c’est 5 millions de kilomètres carrés. Le Mali, à lui seul, c’est deux fois et demie le territoire français.

En Centrafrique il y a la Minusca. Des témoins -des sources fiables- parlent de plus en plus de présence de mercenaires russes qui sont de plus en plus nombreux. Je ne dirais pas qu’ils tutoient, mais ils côtoient quand même la Minusca. Est-ce que l’ONU n’est pas gênée par cette présence, en dehors de tout mandat, de tout mandat en violation de l’embargo sur les armes, par exemple ?

La République centrafricaine est un pays souverain. Le gouvernement est tout à fait en droit de passer des accords bilatéraux avec des partenaires. Je crois que, ce qui est important de dire, surtout au lendemain de la tenue des élections, c’est que la Communauté internationale en République centrafricaine est totalement unie. Elle a soutenu la tenue des élections, elle a pris note des résultats et reconnu que ces élections étaient légitimes. Elle a unanimement condamné les efforts des groupes armés, pour entraver ce processus électoral et semer la violence, au détriment de la population civile qui avait déjà beaucoup souffert. Elle a aussi condamné, plus spécifiquement, la responsabilité de l’ancien président Bozizé, dans ses actions de déstabilisation. Donc il y a une très forte unité de la Communauté internationale.

Ici, au Mali, vous avez rencontré, au cours de votre séjour, les responsables de la transition politique, qui sont là pour dix-huit mois. Il reste quatorze mois. Est-ce que vous pensez que l’on peut tenir les élections dans quatorze mois ? C’est tenable ?

Je crois que c’est important de tenir ces délais. Bien sûr, c’est ambitieux, mais il y a toujours une vertu propre dans les délais ambitieux. Cela met la pression et permet de faire avancer les choses, probablement à un rythme plus soutenu. Donc ce qu’il faut, à mon avis, en tant que partenaire, c’est de nous mobiliser pour tout faire, pour que ces objectifs ambitieux soient tenus.

Vous revenez d’un voyage de terrain. Vous avez parlé forcément des accords de paix d’Alger, avec des groupes armés qui sont impliqués dans le processus. L’application de l’accord est quand même poussive sur le terrain. Est-ce que vous avez passé des messages ou pas ?

Ce que j’ai constaté, c’est qu’il y a une volonté commune de travailler, un engagement des autorités de la transition, très clair, en faveur de la mise en œuvre de l’accord de paix. Oui, il y a eu des retards, bien sûr, mais il y a eu certaines avancées. Il ne faut pas non plus le négliger. Je pense notamment au déploiement d’éléments des forces armées maliennes reconstituées, dans certaines zones du nord. Mais il faut aller beaucoup plus loin, naturellement, avec non seulement le renforcement d’actions en matière de sécurité et avec le DDR -Désarmement, Démobilisation, Réintégration- mais aussi les actions de nature socioéconomique et les réformes institutionnelles. C’est tout un ensemble, évidemment, qui doit avancer, maintenant.

La paix dans le Nord, est-ce qu’il faut la négocier avec les jihadistes ou pas ?

D’abord, c’est à la responsabilité des autorités maliennes de le définir, de le déterminer. Cela pose beaucoup de questions et notamment la question de savoir s’il y a des groupes, ou des éléments de groupes jihadistes ou terroristes, qui peuvent être amenés, ou encouragés, ou vouloir venir à la table des négociations.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail