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Présidentielle au Congo-Brazzaville : Guy-Brice Parfait Kolélas candidat de l'Union des démocrates humanistes

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Guy-Brice Parfait Kolelas, opposant au président Sassou et candidat à la présidentielle 2021, à Brazzaville le 17 mars 2016.
Guy-Brice Parfait Kolelas, opposant au président Sassou et candidat à la présidentielle 2021, à Brazzaville le 17 mars 2016. MARCO LONGARI / AFP

Au Congo-Brazzaville, la présidentielle, c'est dimanche prochain. Face au chef de l'État sortant, Denis Sassou-Nguesso, six candidats se présentent. Parmi eux, il y a le député Guy Brice Parfait Kolélas. Candidat malheureux à la présidentielle de 2016, pourquoi pense-t-il qu'il a plus de chances cette fois ? Quelles seront ses premières mesures s'il est élu ? Le candidat de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) répond aux questions de Florence Morice.

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RFI : Vous êtes arrivé officiellement deuxième à la présidentielle de 2016. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez plus de chances de l’emporter cette fois-ci ?

Guy Brice Parfait Kolélas : Parce qu’en réalité, le président Sassou-Nguesso n’était même pas arrivé deuxième, ni premier. Nous avions les véritables résultats et ils le savent très bien.

Et qui était premier, selon vous ?

Il y avait un deuxième tour entre le général [Jean-Marie Michel] Mokoko et moi.

Vous dites que les résultats étaient truqués ?

Les résultats étaient bel et bien truqués et ils le savent très bien. La preuve, j’avais introduit un recours à la Cour constitutionnelle.

Pourtant, à la différence d’autres figures de l’opposition, vous avez fini par accepter ces résultats. Est-ce que vous le regrettez aujourd’hui ?

Non, je ne regrette rien. J’avais pris acte, je n’ai pas accepté. La Cour constitutionnelle venait de proclamer les dits résultats, la plus haute juridiction, il n’y avait plus de recours. Mais je n’avais pas accepté.

Mais, est-ce que cette fois, selon vous, les conditions sont réunies pour un scrutin transparent et crédible ?

Le scrutin n’est toujours pas transparent mais nous, nous comptons sur le fait que tous nos délégués seront dans les bureaux de vote. À partir de ce moment-là, nous comptons sur les procès-verbaux qui sortiront des bureaux de vote parce que, là où le pouvoir triche, c’est quand les procès-verbaux sortent des bureaux de vote, vont à la Commission locale d'organisation des élections, puis vont à la Céni (Commission électorale nationale indépendante). C’est là où ils trichent. Mais nous, dès que les procès-verbaux sortiront des bureaux de vote, nous saurons si nous avons gagné. En 2016, c’était bien ça, nous nous étions entendus, que la commission technique que nous avions mise en place devait proclamer les résultats. Et ce ne fut pas fait. J’avais été pris de court alors que j’avais mes résultats. Que j’avais introduit à la Cour constitutionnelle finalement. La Cour constitutionnelle n’avait même pas pris connaissance de ces résultats. Ils avaient été encerclés par la force publique pour lire des résultats qui sortaient d’ailleurs.

Et si, cette fois encore, la Cour constitutionnelle vous donne tort, que ferez-vous ?

(rires) Ça, ce sont des stratégies, ça ne se dévoile pas.

Pour certains dans l’opposition, il y avait un préalable pour participer à cette nouvelle élection, la libération des deux candidats de 2016, toujours emprisonnés, André Okombi Salissa et Jean-Marie Michel Mokoko. Qu’en pensez-vous ?

Je n‘en pense rien. C’est leur point de vue. Tout ce que je sais, c’est que dès que je gagne, je les libère, je les sors de prison. Vous croyez qu’en restant à la maison, en ne partant pas voter, le président Sassou va les libérer ? Sincèrement, en toute sincérité ?

Donc, si vous êtes élu, vous les libérerez ?

Bien sûr. C’est pour cela que je me présente entre autres, pour apporter un changement dans notre pays, entre autres la libération des prisonniers politiques, les prisonniers d’opinion, les prisonniers de droit commun qui auront passé au moins la moitié de leur peine en prison ; ils seront tous libérés. Ce n’est pas en restant chez soi, en criant fort, qu’ils vont sortir. Non. C’est une aberration.

Sur le plan économique, monsieur Kolélas, si vous êtes élu, comment ferez-vous pour résorber la dette du Congo-Brazzaville dont le Fonds monétaire international (FMI) dit aujourd’hui encore qu’elle est insoutenable ?

Nous avons un problème de crédibilité à la tête de la nation. Le pouvoir actuel n’est plus crédible aux yeux des bailleurs de fonds. Je crois qu’en apportant un peu de crédibilité, les choses iront bon train. On n’arrive même pas à appliquer les 48 mesures que le FMI nous a dictées. Cela montre à suffisance, que c’est un pouvoir défunt. Il faut simplement appliquer les 48 mesures. Les audits des entreprises telle que la SNPC [Société nationale des pétroles du Congo], les comptes offshores qui ont été cachés à gauche, à droite, c’est tout cela qu’il faut remettre sur le tapis. Puis, renégocier la dette avec les traders. Qu’avons-nous fait avec cet argent ? C’est un problème de crédibilité.

Le président sortant vante son bilan environnemental. Il promet aussi de diversifier l’économie congolaise pour permettre un accès à l’emploi aux jeunes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le PCT [Parti congolais du travail] a pris le pouvoir depuis 1968. Si, pendant toutes ces années, plus de 40 ans, il n’a pas pu diversifier le Congo, le pays, l’économie congolaise, ce n’est pas en 5 ans de plus qu’il va les diversifier. De qui se moque-t-on ?

Un mot sur votre département le Pool, monsieur Kolélas. Trois ans après la signature d’un accord de paix [23 décembre 2017 à Kinkala, accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités avec les représentants de Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntumi], est-ce que le département vous semble durablement pacifié ?

L’accord de cessation des hostilités qui a été signé dans le Pool... nous n’étions pas signataires de cet accord. Donc, je ne connais ni le contenu, ni les attentes déçues ou pas de cet accord. Donc, pour moi, le Pool est à reconstruire. Dès que je suis élu, je vais mener un plan Marshall pour la reconstruction du Pool, je vais réinsérer tous les ex-combattants qui traînent encore et qui reviennent dans le Pool. Le Pool, j’y étais pendant cette campagne, mais il est complètement délabré, détruit. Donc, beaucoup de choses sont à refaire.

Le pouvoir avait pourtant promis la reconstruction et la réinsertion des anciens combattants ?

Rien n’a été fait. Ce sont des promesses non tenues. Il faut réinsérer les ex-combattants. Je les ai vu végéter dans le Pool, je sors du Pool. Je les ai écoutés. Et cela m’inquiète, tout comme la population du Pool est inquiète.

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