Les dessous de l'infox, la chronique

Affaire Daillet, le complotisme anti-système et les rapts d’enfants

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Le procureur français de Nancy François Perain lors d'une conférence de presse, à Nancy, dans l'est de la France le 18 avril 2021.
Le procureur français de Nancy François Perain lors d'une conférence de presse, à Nancy, dans l'est de la France le 18 avril 2021. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP

Cette semaine a connu un nouveau rebondissement dans l’affaire du rapt de la petite Mia. Un mandat d’arrêt international a été émis contre un Français exilé en Malaisie, soupçonné d’avoir tout organisé à distance. Sur les réseaux sociaux, Rémy Daillet opère à visage découvert. Son profil est celui d’un individu inspiré des thèses conspirationnistes en pleine recrudescence depuis le début de la pandémie.  

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Précisons tout d’abord que l’enquête est en cours et que Rémy Daillet à ce stade est un suspect. Si l’on en parle ici aujourd’hui c’est que l’un des auteurs du rapt, aujourd’hui entre les mains de la justice française, l’incrimine comme étant celui qui a financé et organisé « l’opération Lima », sorte d’intervention commando mise sur pied pour enlever la fillette.

Acteur ou inspirateur ? Le fait est que sur internet, il se targue de pouvoir rendre à leurs parents des enfants selon lui « kidnappés » par l’État, puisque c’est ainsi qu’il interprète le « placement social » de certains enfants. La grand-mère de Mia avait en effet obtenu la garde de sa petite fille, à la suite d’une procédure légale.

Le procureur de la République de Nancy pointe du doigt la radicalisation d’un groupe de personnes, y compris la mère de Mia, partageant le même discours anti-étatique, en lutte contre la « dictature sanitaire ». Figure de proue au sein de cette mouvance, le rôle exact de Rémy Daillet est à éclaircir.  Des recherches en sources ouvertes sur internet permettraient déjà de tracer ses activités de collecte de fonds à travers une cagnotte en ligne, pour financer des enlèvements (cagnotte depuis fermée par le site). 

Contre l’état, contre l’école

Sur le site conspirationniste « La vérité sans les masques », on trouve un curriculum vitae de Rémy Daillet qui ne propose pas seulement de rendre à leurs parents les enfants placés par les services sociaux, mais envisage aussi de « rendre la France au peuple ». À travers divers blogs, il pratique des séances de coaching, proposant aux parents de retirer leurs enfants de l’école, présentée comme un lieu dangereux aux mains des pédophiles et des labos. Sur son site internet anti-système, il plaide « pour un coup d’État populaire », s’en prenant aux puissances de l’argent, aux vaccins, à la 5G, aux masques et au confinement. Il coche toutes les cases du conspirationnisme réfractaire aux mesures de lutte contre la pandémie. 

Il n’y a pas dans les écrits et les vidéos de Rémy Daillet de citation explicite de QAnon, cette mouvance issue de l’ultradroite américaine, mais il partage la même obsession des « pédosatanistes » et se réfère lui aussi à Donald Trump, qui aux yeux des adeptes de QAnon est censé sauver l’Amérique des agissements d’une élite globaliste pédophile.

Il annonce, dans la même veine, un « événement extraordinaire, sur le point de se produire » : le renversement du pouvoir, qu’il se propose de conduire lui-même en France. Il ne cite pas non plus ouvertement la petite Mia et l’opération visant à l’enlever au domicile de sa grand-mère, mais il défend le geste présenté comme une restitution à la mère, et il explique à longueur de vidéo comment financer ce type d’activité, grâce à des fonds placés offshore pour échapper au fisc.

Ceux qui commentent ses appels à la mobilisation contre l’État n’hésitent pas cependant à faire référence aux théories de QAnon et aux événements qui ont marqué la dernière présidentielle américaine.

Activisme sur internet et velléités de passage à l’acte 

Ce phénomène QAnon observé à la loupe par les chercheurs du centre d’étude Graphika depuis plusieurs années, montre une « infodémie » qui se répand sur le net, où l’on voit les mêmes théories se propager dans des communautés éloignées sur fond d’idéologie anti-état, anti-système, anti-sciences, anti-vaccins, mais pro-armes à feu. Pour sa part, le procureur de Nancy qui a déjà procédé à la mise en examen de cinq hommes pour « enlèvement en bande organisée d’une mineure de moins de quinze ans et association de malfaiteurs », évoque une « communauté d’idées radicales ».

Cette affaire relève d’un phénomène de mondialisation du complotisme, exacerbé sur les réseaux depuis plusieurs années et tout particulièrement depuis le déclenchement de la crise sanitaire mondiale, avec des velléités de passage à l’acte, rares, mais similaires, d’un bout à l’autre de la planète.

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