Reportage Afrique

Que contient l’accord de Niono au Mali? [2/4]

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Nama Traoré, président des chasseurs de la région de Ségou au Mali, en avril 2021.
Nama Traoré, président des chasseurs de la région de Ségou au Mali, en avril 2021. © RFi/David Baché

RFI vous propose cette semaine une série de quatre reportages sur l'accord de cessez-le-feu inédit conclu le 14 mars pour une durée d'un mois entre les jihadistes de la katiba Macina, liés à al-Qaïda au Maghreb islamique, et les chasseurs Dozos qui les affrontaient pour tenter de protéger certains villages, notamment celui de Farabougou, dans le cercle de Niono (région de Ségou). L’État malien, qui a mandaté les négociateurs, doit encore se prononcer d’ici la fin de la semaine sur un point précis de cet accord.

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De notre envoyé spécial,

Cela n’a pas été facile. Mais pour mettre un terme à plus de six mois d’affrontements meurtriers, les chasseurs traditionnels dozos du cercle de Niono acceptent certaines exigences des jihadistes de la katiba Macina – affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans d’Iyad Ag Ghaly, lui-même – liée à al-Qaïda au Maghreb islamique.

Des concessions sur lesquelles revient Nama Traoré, le président des chasseurs de la région de Ségou. « Le fait que les jihadistes viennent prêcher dans nos mosquées avec leurs fusils, c’est une forme de menace pour les populations. C’était donc difficile pour nous mais, malgré tout, nous l’avons accepté. Tout comme le fait de pardonner. De tourner la page sur tout ce qui s’est passé. Certains d’entre nous ont tout perdu, y compris leur propre famille : femme, enfants… Oublier cela est difficile. Mais nous avons accepté de pardonner, pour la paix et le vivre-ensemble. »

Les chasseurs Dozos valident aussi l’obligation pour les femmes de porter le voile dans les zones contrôlées par la katiba Macina, ainsi qu’un partage des décisions de justice traditionnelle entre les oulémas locaux et les jihadistes eux-mêmes – notamment pour les cas de discrimination contre la communauté peule, le conflit entre jihadistes et Dozos s’étant superposé à d’anciens conflits intercommunautaires.  

De leur côté, les jihadistes acceptent que les chasseurs Dozos circulent avec leur tenue traditionnelle et leurs armes dans tout le cercle de Niono, et s’engagent à libérer leurs prisonniers. « Lors de la rencontre finale, les jihadistes étaient satisfaits. Alors ils ont mangé, bu du lait, et offert deux boucs : un pour les chasseurs Dozos, un pour le Haut Conseil islamique, pour dire combien ils étaient satisfaits de la rencontre. », raconte Oumar Bouaré, intermédiaire entre les médiateurs du Haut Conseil islamique et la katiba Macina.

Mais un point reste en suspens : le cas devenu emblématique du village de Farabougou, soumis par les jihadistes à un blocus presque total depuis six mois, en dépit de la présence de militaires maliens stationnés à l’intérieur du village. Les jihadistes exigent que ces soldats quittent Farabougou. L’accord prévoit pour cela un délai d’un mois.

« C’est le Haut conseil qui a demandé cette échéance d’un mois, pour transmettre la demande des jihadistes (au gouvernement, ndlr) sur le départ des militaires de Farabougou. Parce que l’accord de Niono a été conclu entre les chasseurs Dozos et les jihadistes. Les militaires n’en font pas partie », affirme Moufa Haidara, chef de la médiation menée – à la demande des autorités de Transition – par le Haut Conseil islamique du Mali.

La décision est à présent entre les mains des autorités de Transition. Préserver le cessez-le-feu en retirant les soldats de Farabougou ? Ou affirmer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire ? Le dilemme est réel. La réponse attendue d’ici la fin de la semaine.

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