Reportage Afrique

Soudan: au barrage de Roseires, les craintes pour la sécurité et le bon fonctionnement des installations [1/3]

Audio 02:35
Le barrage de Roseires a été construit en 1966. Il est situé à 120 kilomètres seulement en aval du barrage de la Renaissance.
Le barrage de Roseires a été construit en 1966. Il est situé à 120 kilomètres seulement en aval du barrage de la Renaissance. © RFI/Abdulmonam Eassa

La tension monte entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie alors que cette dernière est déterminée à entamer au mois de juillet la seconde phase de remplissage du Grand Barrage de la Renaissance (GERD) en amont du Nil Bleu. En l’absence d’un accord contraignant, Khartoum et Le Caire ont adressé une lettre au Conseil de sécurité des Nations unies dénonçant une décision unilatérale qui mettrait en péril « la paix et la stabilité dans la région ». Le Soudan, en première ligne, craint pour la sécurité et le bon fonctionnement de ses propres installations hydroélectriques. Et notamment celles du barrage de Roseires, en travers du Nil Bleu, dans le sud-est du pays, qui est situé à une centaine de kilomètres à peine en aval du barrage éthiopien. Sans échange d’information hydrologique, les équipes soudanaises à Roseires sont dans l’incertitude.

Publicité

De notre envoyé spécial dans le Nil Bleu,

Des millions de mètres cubes d’eau s’engouffrent chaque jour dans les turbines du barrage de Roseires. En plus de l’électricité, son immense réservoir de 105 kilomètres de long permet d’alimenter en eau les projets agricoles et les stations d’eau potable jusqu’à la capitale.

Le directeur Abdallah Abdelrahman, ne cache pas son inquiétude. « Nous n’avons aucune information sur ce qui va nous arriver dessus. Il y aura 74 milliards de mètres cubes d’eau qui vont être stockés là-haut, en Éthiopie, et on ne sait pas quelle quantité d’eau va passer par ici, ni quand, ni comment. Les variations d’eau qui vont être déversées auront un impact sur nos installations. Nous avons besoin des informations hydrologiques de l’amont. Combien vont-ils retenir ? Combien vont-ils relâcher ? Pour qu’on puisse anticiper ici à Roseires », déclare-t-il.

L’an dernier, au mois de juillet, l’Éthiopie avait fermé les vannes de son barrage, du jour au lendemain. Alors que la seconde phase du remplissage est imminente, les ingénieurs soudanais ont donc pris leur précaution. « Cette année on n’a pas relâché autant d’eau que nous aurions dû. Nous avons décidé de retarder d’un mois l’ouverture de nos vannes pour retenir de l’eau. On s’adapte en prévision des complications liées au remplissage barrage de la Renaissance », ajoute Abdallah Abdelrahman.

Des négociations au point mort

Le Soudan a toujours été plutôt favorable au projet éthiopien. À long terme, il lui permettrait de se fournir en électricité peu chère, mais aussi de maîtriser ses ressources en eau et d’éviter les inondations violentes. Mais à court terme, Khartoum craint pour sa sécurité si Addis-Abeba ne s’engage pas à partager ses informations techniques.

Mustafa al-Zubair fait partie de l’équipe de négociation soudanaise qui vient de proposer un accord partiel. Pour lui, « S’il y avait de la volonté politique, ils pourraient nous donner ces informations très rapidement. On aurait pu signer un accord il y a longtemps. Aujourd’hui, l’Éthiopie est confrontée à des problèmes internes, mais nous aussi. Nous avons donc proposé un accord partiel pour ne pas repartir de zéro, mais nous avons mis nos conditions. Cet accord doit être contraignant, sinon il ne sert à rien », dit Mustafa al-Zubair

Selon le ministère de l’Irrigation soudanais, 90 % des questions techniques ont déjà été réglées lors des négociations précédentes. Mais l’Éthiopie refuse de s’y engager sur le papier. Les négociations sont au point mort, laissant craindre une escalade dans la région alors que Khartoum se rapproche de plus en plus de l’Égypte. 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail