Reportage France

Les effets du variant anglais dans un service de réanimation

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Une infirmière soigne un patient infecté par le Covid-19 dans l'unité de réanimation dédiée de l'hôpital Purpan de Toulouse, le 4 février 2021. (Photo d'illustration)
Une infirmière soigne un patient infecté par le Covid-19 dans l'unité de réanimation dédiée de l'hôpital Purpan de Toulouse, le 4 février 2021. (Photo d'illustration) AFP - GEORGES GOBET

En France, le Premier ministre annonçait la semaine dernière l'entrée du pays dans la 3e vague de l'épidémie de Covid. Une 3e vague marquée par l'apparition du variant anglais. Si c'est dans la nature d'un virus d'évoluer, cette nouvelle forme inquiète à plusieurs titres ; elle modifie le profil des patients et pèse encore d'avantage sur les systèmes de santé, déjà en tension depuis un an. Illustration dans l'un des services de réanimation du CHU de Toulouse, dans le Sud-Ouest. La région est plus épargnée que d'autres par l'épidémie, mais le variant anglais pourrait changer la donne.

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Dans les couloirs, seuls les bips des moniteurs ou presque viennent rompre le silence. On est loin de la ruche décrite par le personnel, il y a un an lorsqu'il faisait face à un virus inconnu. Chacun sait aujourd'hui comment travailler en toute sécurité. Camille Vieilhescaze est infirmière. Elle se prépare à entrer dans la chambre d'une patiente, qui vient de passer trois semaines dans un coma artificiel. « Elle est consciente, nous raconte cette infirmière à propos de sa patiente. Elle dit qu'elle a des souvenirs un peu vagues où elle a été plongée dans le coma. Elle a pu voir exceptionnellement hier son époux et sa fille. C'était très émouvant. »

Le profil de cette patiente  était encore exceptionnel il y a quelques semaines. « C'est une jeune femme d'une cinquantaine d'années avec très peu d'antécédents, nous dit Béatrice Riu-Poulenc, la chef du service. Sur la première et la deuxième vague, il y avait des patients de 50 ans mais ce n'était pas la majorité. Désormais, la moyenne des patients ont entre 55 et 65 ans. »

Comme ailleurs, les trois quarts des patients de cette troisième vague sont atteints par le variant anglais. En évoluant, le virus semble toucher des personnes plus jeunes mais aussi provoquer des formes plus graves. « Entre le début des symptôme et la forme grave, il s'écoule normalement sept jours. On a l'impression que le rythme s'est accéléré avant le septième jour, constate le docteur Riu-Poulenc. Quand on fait des scanners, on a l'impression d'avoir des formes plus graves. Ce qui implique que nous ayons plus souvent recours à l'intubation avec ventilation artificielle. La durée de séjour est passée à trois semaines de réanimation. C'est ce qui sature nos services de réanimation. »

Au service de réanimation, les visites sont extrêmement limitées et d'avantage depuis quelques semaines. Le variant anglais serait plus contagieux. Lorsqu'un patient est admis, il n'est plus rare que toute sa famille soit malade au lieu d'un ou deux membres. Pour Lola Rokaert, infirmière, le contact avec les parents des patients est le plus difficile à gérer. « Ils ne peuvent pas voir leurs proches ce qui génère une anxiété supplémentaire. À partir d'un certain nombre de semaines d'hospitalisation, selon décision médicale, on autorise les visites. Dans les cas les plus graves, pour qu'ils puissent au moins leur dire ‘Au revoir’, on autorise la présence des familles. »

Lors des deux premières vagues, le taux de mortalité dans les services de réanimation de la région était de 15%. Les chiffres semblent prendre encore cette direction.

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